Danse bretonne et chant breton

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La Bretagne danse et chante. Tantôt elle respecte les traditions, tantôt elle les bouscule. Avec toujours cette féroce envie de sons, de pulsation et de vie. Retrouvez ici 12 films qui interrogent la danse bretonne et le chant breton sous un angle différent.

Mon costume glazik

Depuis 1948, la troupe des Rossignols ne cesse de faire parler d’elle : champions en titre de danse bretonne, ils ne se définissent pourtant pas comme un cercle celtique. Mariant danse bretonne, danse contemporaine, théâtre et arts de la rue, leur pratique artistique évolue et se remet constamment en question.

Les costumes portés par la troupe sont à l’image de son travail. Ils véhiculent des messages. Ils ont chacun une manière de magnifier le corps, de le rendre désirable ou intimidant.

Il est question, entre les protagonistes de Mon costume glazik, danseurs comme chorégraphes, de passer de l’état sauvage à la civilisation. De mêler tradition et modernité, de ramener la mémoire des usages au contemporain. Toutes choses qui nous passionnent ici.

Il est question aussi de collégialité dans une troupe ou d’esprit de meute. Et encore et toujours, d’attention, d’exigence, de rigueur… toutes choses qui conduisent à l’avènement d’une œuvre...

Fleuves

Si vous êtes un habitué des fest-noz, vous connaissez sûrement Fleuves, un trio dont les influences se retrouvent dans la musique bretonne, mâtinées de rock et d’électro. Un mélange qui les a conduit jusqu'aux scènes de musiques actuelles. Ils ont ainsi fait danser sur des pas de gavottes et de plinn le public des Vieilles Charrues ou des Trans Musicales.

Sur scène le groupe est connu pour soulever de terre son public dans des fest-noz électrisés comme des concerts rock. Aux harmonies traditionnelles bretonnes chantées par la clarinette de Robic se mêlent les synthés tout en subtilité de Dubois, le tout structuré par la basse de Dayou.

KuB a non seulement eu le privilège d'un entretien à domicile par ceux qui font l'identité de Fleuves mais aussi d'une répète où l'on voit le groupe peaufiner sa musique

Une nuit en Bretagne

En Bretagne et dans le monde, les observateurs dénombrent environ un millier de fest-noz par an. Ce n’est donc pas les occasions qui manquent pour les amateurs de danse, les chanteurs et les musiciens de se retrouver. Une nuit en Bretagne / Un nozvezh e Breizh raconte une nuit imaginaire à travers quatre fest-noz, pour mettre en scène les choses telles qu’elles se vivent.

Le fest-noz est une représentation, celle d’un peuple solidaire, collectiviste et désintéressé par le profit.

Le principe du fest-noz : danser avec tout le monde et non chacun dans son délire. Partager une pulsation bras dessus, bras dessous, s'envisager comme faisant partie d’un tout, d'une fête, d'une liturgie païenne qui mobilise les forces communes, un moyen de soutenir des causes, des luttes, tous ensemble !

Pour Sébastien Le Guillou le fest-noz est donc éminemment politique, ce qui n’empêche pas son film de regorger de bouffées musicales et de guirlandes humaines à vous soulever de terre...

Folklore musical en Basse-Bretagne en 1939

Ce film précieux montre des images de fêtes tournées en 1939 lors de la première enquête ethnographique portant sur la musique en Basse-Bretagne, par Marie Barbara Le Gonidec. En fait de musique ce sont plus largement les arts et traditions populaires que saisissent ces prises de vue : manières de danser, de se vêtir, rapport entre les hommes et les femmes, les jeunes et les vieux… dans des cours de fermes, des centre-bourgs, des prairies où se déroulent des noces, des pardons. C’est toute une époque, que l’on voit et que l’on entend, avec un troublant sentiment d’immersion et de vérité. Une époque où les Bretons de Paris s’en revenaient au village avec leurs costumes trois pièces, des robes longues et leurs moyens financiers qui allaient progressivement ringardiser la rigueur et la frugalité des Bretons du terroir...

La fête du chant traditionnel à Bovel

Du temps de la tradition orale, les chants se transmettaient de bouche à oreille. Chanter, c’était non seulement s’exprimer mais aussi entretenir la mémoire des textes et des mélodies. C’était avant la radio, les CD, les podcasts, qui ont mis en conserve et à disposition les infinies déclinaisons de l’art vocal et musical.

À Bovel chaque année, se réunissent des chanteurs qui raniment des chants dont on ignore parfois l’origine, venus jusqu’à nous grâce à leur pratique et au travail de collectage et de conservation. Le reportage d’Hervé Portanguen les montre à l’œuvre, notamment par la pratique du répons, où un soliste est repris par le chœur, manière de se rafraîchir la mémoire tout en faisant communauté...

Fusion

Le passage du pianiste de jazz franco-serbe Bojan Z en Bretagne pour insuffler à de jeunes musiciens le goût de l’improvisation était l’occasion rêvée de provoquer la rencontre avec le chanteur breton Erik Marchand connaisseur de longue date de la musique des Balkans. Ce concert exceptionnel réunit deux artistes aux parcours personnels des plus riches. Grâce à leur culture, située entre jazz, musique savante occidentale et musiques populaires, ces deux musiciens sont capables de pousser très loin l’improvisation. Va donc pour un kan ha diskan (chant populaire breton) des plus originaux, mêlant la sobre modalité bretonne aux virtuoses arabesques d’Europe Orientale...

Chanter, déchanter, parler, se taire

Lors l'une veillée à la crêperie du Corps de garde de Malestroit, des paysans bretons chantent de vieux airs que bien des Acadiens et des Québécois reconnaîtront. Yan Plumier et Philippe Durand parlent avec émotion de la cause bretonne dont ils sont d’ardents défenseurs. Le film a été tourné en Haute Bretagne où, bien qu'on se dise Breton, on ne parle que le français.

L’on retrouve ici le travail ethnologique de collectage de la tradition orale incarnée par une génération qui avait vécu la pratique du chant comme faisant partie du quotidien ordinaire. Jusque dans les années 70, l’on chantait à table et aux champs. Mais la télévision a tué le chant, maintenant on écoute les vedettes.

Ces deux films enchainés expliquent pourquoi les peuples opprimés et colonisés deviennent des minorités et se réfugient dans leurs traditions musicales pour sauvegarder leur identité. Bien que la musique bretonne soit un exemple de survie face à une majorité de langue française, elle ressemble singulièrement à la quête des francophones d'Amérique, noyés dans un univers anglo-saxon...

Krismenn

Krismenn avait déjà rappé en breton avec Alem, notamment aux Vieilles charrues de New York. Mais avec son album, il passe d’une tentative intéressante à une expérience concluante.

Un choc même, car le breton n’avait jusque-là pas fait irruption avec cet aplomb-là, à cet endroit-là, et cette transgression le déleste d’un coup de son statut de monument en péril. Du hip-hop mâtiné de post-folk, le tout chanté en breton… Tout au long de ce premier album, dont le titre signifie en français s’habituer à l’obscurité, Krismenn montre de belles capacités vocales, du flow le plus âpre au chant le plus doux. Les paroles en breton semblent couler de source et, loin de heurter l’oreille, la séduisent et la stimulent, d’autant plus que les parties instrumentales, alliant souplesse rythmique et finesse acoustique, en accentuent encore la musicalité.

Enveloppant ses poèmes de climats musicaux qui n’ont rien à envier à ceux d’un Bashung, Krismenn prouve ici que le breton s'insère dans le contemporain. Son concert donné aux Trans Musicales l’amène à passer un nouveau cap, comme il en témoigne au micro de KuB...

Bretonneries pour Kodachrome

Qu’est-ce que le folklore et que peut-on en faire ? Les formes de vie sociale des pays bretons (noces, moissons, pardons, danses et jeux) hier reniées, sont aujourd’hui exhumées et transformées en objets de spectacle, livrées en pâture aux touristes audiovisuels qui déferlent chaque été sur la Bretagne ; à cinq cents kilomètres de Paris, on trouve à portée de l’objectif des indigènes en chupenn et bragou bras qui baragouinent fort curieusement. Quand on ne peut se payer un safari photo au Kenya, on peut toujours aller en Bretagne…

Noces bretonnes du pays Pourlet, pardon de la Clarté à Perros-Guirec, fête de la moisson près de Pontivy ; partout des centaines de figurants, de costumes d’époque, des musiques du terroir, des chants en langue vernaculaire, des décors naturels, des premiers rôles admirablement tenus par des artistes locaux. La spontanéité des auteurs-réalisateurs amateurs fait le reste : des films indicibles qui font le succès des douces soirées d’hiver entre amis !

Mais dans Bretonneries pour Kodachrome, c’est le folklore qui est dans la ligne de mire du cinéaste : face à face de la tradition faite main et de la modernité par la machine, des beaux spécimens costumés et de la prise de vue ; avec les caméras telles des armes luisantes et vrombissantes braquées sur l’objet à fixer.

Le réel ? Pas sûr...

Yann-Fañch Kemener

Yann-Fañch Kemener a consacré sa vie au chant et à la langue bretonne. C’est l’une des voix les plus connues en Bretagne.

Enfant d’une famille rurale et pauvre, il grandit dans un environnement et une culture d’avant la modernité. Au lieu de les fuir, il les épouse, cultive sa langue maternelle, le breton, chante la gwerz et le kan ha diskan à la suite de sa mère et de ses aïeux. À 20 ans, il s’engage sur la voie de l’ethnomusicologie, va de ferme en ferme enregistrer les anciens, consigner les paroles des chansons… Pour finir, il devient l’un des plus grands connaisseurs du patrimoine chanté breton dont il est à la fois le conservateur et l’interprète.

Son chant s’est éteint au printemps 2019. Une foule d’amis et de voisins l’a accompagné dans l'église de Sainte Tréphine où il avait été baptisé. Yann-Fañch Kemener était un homme enraciné dans la terre et la roche de ce pays, sa voix légère et virevoltante, précise et palpitante, avait le don d’élever l’auditeur, de l’entraîner dans une danse qui confinait à l’exercice spirituel. Un homme puissamment connecté aux autres, qui a fait passer la mémoire d’un peuple dans le temps présent...

Barba Loutig

Les chants polyphoniques du quatuor vocal féminin-taquin Barba Loutig n’ont que faire des convenances ! Loeiza Beauvir, Anjela Lorho-Pasco, Elsa Corre et Lina Bellard donnent de la voix et du cœur, mènent la danse, à la hussarde ! Polyrythmies, tambours et tambourins… la faim de style et d’énergie musicale justifie les moyens ! Issus de traditions populaires de différentes régions de Bretagne, les chants de Barba Loutig sont en breton et en français et mêlent les influences musicales de quatre chanteuses de la péninsule

Veillée chantée

Un dimanche à la veille de Noël, par le hasard des rencontres, l’équipe de KuB s’est retrouvée dans la salle surchauffée d’un bistrot de la campagne morbihannaise pour une veillée chantée. Une trentaine de personnes étaient attendues, elles furent quatre-vingts, au coude à coude, à se repasser le flambeau des heures durant, chacun y allant de sa chanson, tantôt en breton tantôt en gallo ou en français. Des chansons lestes, de désir et d’amour, des chansons mélancoliques sur la disparition et les meurtrissures de la guerre. De l’émotion et de la chaleur.

Quelque chose d’essentiel s’est joué-là, la survivance d’une tradition orale qui nous éclaire sur ce qu’étaient nos aïeux. Des anciens étaient présents, interprètes de ces chants au temps où ils faisaient partie de la journée de travail et des soirées sans télévision.

D’autres, plus jeunes, étaient là, oreilles grandes ouvertes, pour enregistrer paroles et mélodies, mais aussi la manière de capter l’attention du public et de l’entraîner dans ce que l’on appelle aujourd’hui une création participative...

COMMENTAIRES

  • 23 Octobre 2020 14:12 - Anne

    Super génial