Passage de relais

tireuse bière Patronne

Un dimanche à la veille de Noël, par le hasard des rencontres, l’équipe de KuB s’est retrouvée dans la salle surchauffée d’un bistrot de la campagne morbihannaise pour une veillée chantée. Une trentaine de personnes étaient attendues, elles furent quatre-vingts, au coude à coude, à se repasser le flambeau des heures durant, chacun y allant de sa chanson, tantôt en breton tantôt en gallo ou en français, des chansons lestes, de désir et d’amour, des chansons mélancoliques sur la disparition et les meurtrissures de la guerre.

Quelque chose d’essentiel s’est joué-là, la survivance d’une tradition orale qui nous éclaire sur ce qu’étaient nos aïeux. Des anciens étaient présents, interprètes de ces chants au temps où ils faisaient partie de la journée de travail et des soirées sans télévision.

D’autres, plus jeunes, étaient là, oreilles grandes ouvertes, pour enregistrer paroles et mélodies, mais aussi la manière de capter l’attention du public et de l’entraîner dans ce que l’on appelle aujourd’hui une création participative.

Beaucoup d’émotion donc, et bien des choses à apprendre d’un temps révolu.

Une page en coédition avec

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VEILLÉE CHANTÉE (2020 - 16')

Les piliers du Bobay

Ils sont la mémoire de la tradition orale, intimement liée à la vie dans les villages avant leur modernisation.
Danielle Le Goueff, la patronne du Bobay, Yves Le Cam et Lucienne Riguidel, fidèles participants… tous ont vécu une vie agrémentée par le chant.
HOMMAGE

André Drumel

On le sentait à bout de force, mais toujours si présent dans son chant. André Drumel est venu à la veillée chantée que nous avons filmé, accompagné à chaque instant par sa femme Irène. Ce fut sa dernière participation.

Né en 1935, André Drumel fut un chanteur d’exception. On trouvait chez lui tout ce qui caractérise l’art du chant traditionnel vannetais : gammes non-tempérées, phrasé sans cesse renouvelé, timbre riche et lumineux. Mais il y a plus, il y a cet art de faire de chaque interprétation un moment unique, un espace-temps de recueillement, où l’auditeur se trouve suspendu à son chant. Apparaît alors un horizon, une humanité qui nous semble inatteignable autrement. Toujours disponible, d’une humilité déconcertante, André, en compagnie d’Irène, a accueilli chez lui nombre d’apprenants en tous genres. Tous en ressortaient intiment persuadés d’avoir vécu une expérience rare.

PRÉSENTATION

Porteurs de mémoire

par Vincent Morel

Extrait de Dastum, n°213 (p. 31-35)
Vincent Morel est à retrouver dans la Revue du web

Parmi les lieux de pratique dédiés aux expressions issues de la tradition orale, la veillée tient, aux côtés du fest-noz, une place plus discrète mais tout aussi essentielle. Elle constitue pour d’innombrables amateurs de chant et de conte l'occasion de s’exprimer devant une assemblée. Le foisonnement de ces veillées, leur vitalité actuelle et la diversité des formes que recouvre le terme méritent qu’on s’y arrête. Tentative d’état des lieux.

Le terme de veillée (beilhdeg en breton, ou encore filaj en vannetais) recouvre un grand nombre de réalités assez différentes les unes des autres, mais quelques notions communes sont toujours présentes en filigrane : convivialité, rencontre, partage, proximité... Traditionnellement, le terme de veillées désignait en milieu rural des rassemblements plus ou moins larges, à l’échelle d’un seul foyer ou d’un village, lors des longues soirées d’hiver qu’on cherchait ainsi à occuper.

En beaucoup de lieux, et notamment dans les grands villages, les habitants de plusieurs foyers voisins se rassemblaient et passaient ce temps, selon les cas, à des travaux manuels et de patience (réparer des outils, faire des paniers, filer, etc.), à des jeux, à des conversations, mais aussi à chanter et à raconter. On pouvait même danser dans certains cas, comme lors des longues soirées ou nuits passées à ramaouger le pommé dans le nord de l’Ille-et-Vilaine. Dans tous les cas, il s’agissait de rassemblements réguliers entre des gens proches et dans lesquels les expressions de la culture orale (chants et contes notamment) n’étaient qu’un des aspects, plus ou moins développé selon les cas. Jamais une telle veillée n’était destinée à écouter une personne unique désignée à l’avance. Les participants de ces veillées étaient libres de prendre tour à tour la parole ou le chant quand le cœur leur en disait, hors de tout programme établi, et si certains bénéficiaient d’une réputation particulière de bons chanteurs ou de bons conteurs, jamais on ne réservait à des personnes spécialisées la possibilité de dire ou de chanter.

Bien sûr, cette pratique des rassemblements en veillées, comme beaucoup d’autres contextes d’expression des traditions orales, a rapidement disparu dans la première moitié du 20e siècle avec l’arrivée de cette culture de la modernité et des médias, entraînant dans l’oubli de larges pans de la tradition orale qui n’avaient guère de contextes de rechange pour trouver à s’exprimer, notamment les grands contes merveilleux et les complaintes ou gwerzioù.


Le renouveau des années 1950

L’histoire détaillée du renouveau de ces veillées reste à écrire, mais on peut tenter de poser quelques jalons. Tout d’abord, il semble bien que, dès le milieu des années 1950, les premiers festoù-noz nouvelle formule ont en fait beaucoup à voir avec des veillées puisque les chants ou même les jeux y côtoient la danse. Mais bientôt, les deux formules viennent à se distinguer nettement. Parmi les premières veillées quelque peu médiatisées et ayant connu un gros succès, citons les veillées du Trégor lancées par Roger Laouénan et où Maria Prat tient un rôle prépondérant. Constatant le renouveau du fest­noz en Centre-Bretagne, et estimant que cela ne fonctionnerait pas en Trégor où les gens préféreraient le conte et la chanson, Roger Laouénan lance ces soirées de variétés, exclusivement en breton dialectal. Ces soirées prennent alors la forme de spectacles et font la part belle au théâtre et aux sketches autant qu’à la chanson et au conte. Elles sont animées par une troupe d’acteurs réguliers et elles relèvent à vrai dire sans doute plus du théâtre que de la veillée. Avec les années 1970 et le développement de la collecte apparaissent d’autres formes de veillées, portées essentiellement par les collecteurs et associations de collecte. Du cadre familial ou villageois et privé d’où elle vient à l'origine, mais où elle avait à peu près disparu, la veillée devient alors publique et fonctionne de plus en plus par une démarche volontariste d’organisateurs passionnés, individus ou associations. Ainsi, de nombreux collecteurs commencent simplement par rassembler des porteurs de mémoire dans des lieux conviviaux pour faciliter la collecte, créer une ambiance favorable au déclenchement de la mémoire et de l’envie de chanter ou de raconter. Ils s’aperçoivent aussi rapidement que ces rassemblements présentent un autre intérêt : sensibiliser les jeunes générations à la valeur de ce patrimoine oral, à l’intérêt de le recueillir, et même de le reprendre à son compte !

Veillées prestations

Dans bien des cas, cette seconde motivation prendra le dessus et amènera les organisateurs à modifier le principe de la veillée. On va voir de plus en plus souvent des veillées prestations, souvent dans des salles des fêtes, annoncées par voie de presse et d’affichage, avec un micro au bout de la salle et les rangées de chaises en face. Généralement, le présentateur est aussi le collecteur et l'initiateur de la veillée. Il connaît les porteurs de mémoire du pays, il s’est arrangé pour en faire venir le plus possible et il passera toute la veillée à présenter les chanteurs ou conteurs, à les inviter à venir au micro, mais aussi à proposer ce même micro à qui le veut dans la salle, ce qui permet parfois de bonnes surprises et la découverte de nouveaux informateurs. Dans ce type de veillée, l’échelle demeure très locale, les anciens et les plus jeunes se mêlent et se rencontrent, le public découvre ou redécouvre ses talents locaux, et bien des gens venus uniquement pour écouter finissent par se retrouver au micro ! Si on est passé de la veillée conviviale autour du feu à la salle des fêtes avec micro, quelque chose demeure incontestablement, quelque chose comme le plaisir de pratiquer ensemble, de partager une culture dans laquelle on se reconnaît et dans laquelle tout le monde peut s’exprimer, chacun à son niveau, sans jugement négatif de quiconque sur la qualité de la prestation. Si on est bien passé à une situation dans laquelle un public fait face à ceux qui s’expriment, la frontière entre les deux reste très perméable et chaque personne dans le public est à même de passer de l’autre côté. Ce type de veillée s’est beaucoup développé dans les années 1990 et même depuis 2000. La plupart des ex-antennes de Dastum (aujourd'hui pôles associés Dastum) en ont organisé un peu partout. Citons notamment les veillées de Dastum Bro-Dreger et de Dastum Bro-Leon qui rassemblent régulièrement de 200 à plus de 500 personnes ! Ces veillées sont organisées régulièrement par ces structures dans des communes rurales qui changent à chaque fois. À l'inverse, les filajeu du pays vannetais, qui peuvent aussi être organisés par exemple par des cercles celtiques locaux ou d'autres associations encore, sont souvent organisés une fois par an, mais toujours dans la même commune. Côté gallo, on pourrait citer les Assemblées du pays de Ploërmel du début des années 1980, mais aussi certaines sélections pour des concours comme la Truite du Ridor ou la Bogue d'Or qui, malgré la présence de la notion de concours, restent assez proches de ce type de veillée dans le déroulement et dans l’esprit.

Veillée de pays

De ce type de veillée on arrive parfois à une autre étape qu’on pourrait appeler la veillée de pays pédagogique. Il s’agit également de veillées prestations qui, à première vue, ressemblent aux précédentes mais dans lesquelles l’organisateur a prévu un programme, ou au moins des intervenants à l’avance. Il s’agit de veillées qui peuvent s’adresser à des publics non locaux et qui ont pour vocation de faire découvrir une culture à des gens qui n’en font pas partie, sinon de loin... Ces veillées sont par exemple organisées dans le cadre de festivals. Le meilleur exemple en reste certainement les veillées de pays organisées par Dastum dans le cadre du festival rennais Les Tombées de la Nuit pendant toute la décennie 1990. Chaque soir, pendant une semaine, une veillée de type chaises-micro-scène était consacrée à un terroir ou à une thématique et faisait intervenir indifféremment des jeunes, des anciens, mais aussi des professionnels, pourvu qu’ils soient spécialistes ou représentatifs de la tradition évoquée ce soir-là. La conception du contenu de chaque veillée était généralement confiée à une association partenaire, souvent les pôles associés de Dastum, c’est-à ­dire généralement à des collecteurs connaissant bien leur terrain. Si par leur contenu et le type d’intervenant elles ressemblent beaucoup aux veillées évoquées précédemment, la liste des intervenants est en revanche close, le ton de la présentation n’est plus le même et le lien entre le public et les chanteurs ou conteurs n’est plus de même nature.

Veillées spectacle

Venons-en maintenant à la veillée spectacle ou avec affiche. Entendons par là avec quelqu’un à l'affiche. Il s'agit là encore d’une veillée prestation : on annonce par voie de presse et d'affiche la date et le lieu de la veillée, mais aussi, c'est ce qui est très différent, le nom du ou des intervenants. C'est notamment le cas pour de nombreuses veillées contes, souvent animées par un ou quelques conteurs, ou un conteur et un chanteur. Une telle veillée peut être à l’initiative d’une association qui travaille sur le patrimoine oral bien sûr, mais aussi d’un festival, d’un bar, d’un office du tourisme, d'une collectivité locale, d'une MJC, d'une école, etc. Dans ce cas, il va de soi que c’est la personne à l’affiche qui s’exprime pendant toute la soirée, sur scène ou dans un espace apparenté à une scène, et que le public, assis en face, vient pour l'écouter, et non pas pour prendre la parole. On ne vient pas pour pratiquer mais pour écouter, découvrir, ou encore consommer... Ce type de veillée met en avant la qualité personnelle, artistique, de l'interprétation. À noter une nouveauté qui renouvelle le genre : les kan ba'r bistro lancés récemment dans un bar de La Chapelle-Neuve (22). Un chanteur bretonnant annoncé à l’avance vient à l'heure de l'apéro et chante une ou quelques chansons de temps en temps, tout en laissant les conversations reprendre régulièrement, comme dans un bistrot normal.

Retour à l’informel

Enfin pour terminer ce panorama qui est loin d’être exhaustif (il faudrait aussi parler des veillées à ambiance maritime, des bœufs musicaux dans des cafés ou des veillées à domicile), il faut signaler le renouveau récent d’un type de veillée plus informel. Il s’agit de veillées organisées le plus souvent dans des cafés, à l’initiative de passionnés de collecte ou simplement de chant, dans lesquelles il n’y a pas d’affiche, pas d'espace réservé mais où tout le monde est assis autour d’une table (généralement entre vingt et quatre-vingts personnes), personne n'est mis en avant, il n'y a pas de programme établi. Le rendez-vous est donné par voie de presse, d’affichette, par mail et par bouche à oreille. Souvent, le rendez-vous est régulier (premier vendredi de chaque mois par exemple).

Ce principe de veillée a retrouvé de la vigueur à partir du succès des fameuses veillées Chez Léonie organisées par l’Épille et qui ont fait des petits un peu partout en Ille-et-Vilaine mais aussi en Morbihan et jusqu'en Sud Finistère. Le succès de ces veillées tient généralement au mélange des générations, donc à un travail préalable de collecte, à la présence à proximité d’ateliers de chant réguliers et à un lieu convivial et accueillant. Les anciens qui, incités par les collecteurs, font un travail parfois soutenu de remémoration et les jeunes qui apprennent en ateliers ont un égal besoin d’occasions régulières pour s’exprimer, pour pratiquer. Une égale envie aussi de se découvrir les uns les autres. Ces veillées où tout le monde se présente à égalité sont le lieu idéal pour se lancer, pour oser, et pour les anciens de retrouver leur répertoire, mais aussi leur savoir­-faire. Souvent, le collecteur, chanteur ou conteur qui est à l'initiative de ces veillées joue le rôle de l'animateur discret qui invite, qui pousse les plus timides, qui veille à ce que le chant et la parole tournent. Ce rôle devient inutile quand un nombre important d’habitués fréquentent régulièrement la veillée.

Pour conclure, remarquons que toutes ces veillées sans affiche fonctionnent vraiment bien tant qu’il existe un certain équilibre entre la présence d’anciens porteurs de tradition et celle de jeunes, d’apprenants. Dès lors que les anciens viennent moins, souvent par suite d’une diminution de la collecte, l’ambiance change nettement et on ressent parfois l’impression d’une audition. C’est alors qu’on mesure à quel point les anciens ont autre chose à transmettre qu’un répertoire ou même un savoir-faire. Ils portent avec eux une façon de vivre le chant ou le conte, une façon d’être qui donne un véritable sens à tout ce patrimoine. Aux nouvelles générations de s’en inspirer pour redonner par elles-mêmes un sens à ces répertoires et à ces pratiques.

Et nul doute qu’il faut pour cela encourager la multiplication de ces veillées, sous toutes leurs formes car toutes ont quelque chose à apporter. Toutes sont utiles, les unes comme lieux de pratique pour les passionnés, les autres pour toucher de nouveaux publics. Et surtout, elles sont un terreau où des centaines, voire des milliers de chanteurs et conteurs amateurs, mais aussi parfois des professionnels qui viennent pour le plaisir, continuent de cultiver et de faire vivre une culture populaire qui ne soit pas réduite aux scènes de concert.

REVUE DU WEB

Chanter et transmettre

LA MEULE >>> Danielle du Bobay, c’est comme ça qu’on l’appelle. Depuis 1983, elle y tient un bar de campagne comme on en trouve peu. Paradis du bouliste ou du beloteur, institution du chasseur, lieu de rencontre entre amis, certains le décrivent même comme un lieu faisant partie du patrimoine mondial de l’UNESCO.

BLOG DE PAUL MOLAC >>> Férue de chants traditionnels depuis l’enfance, Léonie Brunel connait d’innombrables chansons. Elle les a apprises et partagées, sa vie entière, avec amour et générosité. Elle a chanté pour ses amis, des publics variés, dans les festivals de chants et, aujourd’hui, dans un CD coédité par Dastum et L’Épille.

L'OUEST EN MÉMOIRE >>> Vincent Morel sillonne la campagne bretonne à la recherche des chants d'antan. Berthe, Marie et les autres lui transmettent leurs chansons oubliées. Ses enregistrements collectés sont ensuite confiés à Dastum qui conserve ce patrimoine oral.

COMMENTAIRES

  • 24 Octobre 2020 13:29 - patrick Prado

    Bonjour a tous, je viens de regarder "veillée chantée" tres intéressant et tres bien fait. Bravo encore pour votre travail. Il y a quelques années, j'ai assisté a des soirées proches de ces veillées dans le pays de Baud, mais je n'ai rien enregistré a l'époque. Il s'agissait de rencontres de fin d'hiver entièrement en breton ou étaient mis en scene et joués les événements et les personnages de l'hiver dans le village. C'était tres drôle, je n'y comprenais rien, mais tout le monde rigolait en reconnaissant les personnages , jamais ridicules, les "vedettes" de village. Ces scènettes étaient écrites, apprises par coeur et jouées par les gens eux mêmes . Un vrai bonheur. Si vous retrouvez des traces anciennes, ou peut être encore actuelles, de ce théâtre paysan et rural qui se renouvelait chaque années, ce serait fondamental pour la transmission de cette culture. Merci .
    A greiz ma c'halon
    Patrick Prado

  • 22 Octobre 2020 19:20 - THOMAS

    il y en a certains qui on du connaitre LE VISCLEN(grand champ) mon grand père y tenait le BAR ET LA FORGE je me souvient que le jeudi 2 personnes venait chanter et sonner alan stivell , gilles cervat y venais souvent .super sympa GRAMPS CHAMPS mais il faut pas trop le dire car il faut qu il reste un BOURG joyeux et bon y vivre sans les ennuis de la grand ville MERCI A TOUS ET FAITENT ATTENTION A VOUS ;

Artistes cités sur cette page

Charles Quimbert Bobay.jpg

Charles Quimbert

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