Détruire - reconstruire

vue sur mer de la villa - Festival Lyncéus

Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils sont culottés, intelligents…
Ils passent un été costarmoricain dans une villa de rêve qui surplombe la mer, à déployer leur art du théâtre. Tout cela sous l’œil attentif du réalisateur Sylvain Bouttet, qui n’en perd pas une miette.
Au fil des jours, on avance avec ces acteurs, dans leur soif de créer quelque chose à partir de ce qu'ils sont, de ce qu'ils ressentent, de ce qui les entoure.

Les questions qu’ils soulèvent sont capitales. Il faut changer le monde (c'est entendu). Pour cela, il faut en passer par des ruptures, sans crainte de détruire ses habitudes, détruire ses certitudes, pour reconstruire. Un débat d’idées s’installe, fécond, qui produira des œuvres théâtrales, politiques.

Voici le jour et nous y croyons donne le sentiment de partager les moments précieux d’une intelligence collective à l’œuvre, incarnée par une génération de filles et de garçons déjà dotés d'une expérience de la scène doublée d'une conscience aiguë des enjeux actuels.

VOICI LE JOUR ET NOUS Y CROYONS

FILM

par Sylvain Bouttet (2018 - 76')

Des comédiens en résidence, un mois. C'est le travail en cours d’une jeunesse persuadée que le théâtre est politique. À la fin ils rendent leur copie sur la place publique. Le film scrute cette jeunesse, en profitant de ce moment privilégié. Il tire le portrait d'un groupe qui questionne l'avenir, qui se questionne avec la force de sa fragilité.
Le décor : une station balnéaire bretonne. Les personnages : un collectif de théâtre. Le contexte : une période électorale complexe (les Présidentielles 2017). Le thème : reconstruire. L'objectif : imaginer le réel.

La jeunesse ferait-elle peur ?

INTENTION
Lyncéus et autres comédiens lors de la préparation Festival Lyncéus

Le malaise n’est pas nouveau, mais plus qu’une incompréhension entre générations, nous assistons aujourd’hui à un décalage, une sorte de cohabitation : la jeunesse apparaît exclue et sans lien direct avec l’ensemble d'un corps social qui n’aurait à léguer qu’une longue liste d’angoisses.
Au nom d'une certaine idée de la protection. La jeunesse ferait-elle peur ?
Le printemps 2017 est particulièrement révélateur de ce basculement : peur de l'avenir, de l'autre, de la finitude. Des angoisses existentielles, naturelles, que l'absence de discours relaie en boucle sans recul ni perspectives. Deux élections sidérantes ont eu lieu. Pendant ce temps, le petit monde du Lyncéus travaille, principalement dans une maison mise à disposition, une grande demeure sur la falaise. La vie s'y organise en fonction des tâches quotidiennes et du travail de création à mener en parallèle. Le collectif s'immerge là pour restituer son travail dans le cadre du Lyncéus Festival dont la quatrième édition a lieu en juillet 2017.
Le thème choisi est reconstruire, le collectif faisant le constat que tout est à refaire, toujours.


Sébastien met en scène le texte écrit l’hiver 2016 par Antonin : Les murs d'argile, inspiré de l'histoire de Babylone. Fanny en sera une des interprètes. François finalise l'idée de son projet de film, les carnets d'Élisa, à partir du récit d'une jeune femme récemment rencontrée à Binic. Enfin Lena montera Écho, un spectacle déambulatoire improvisé avec dix amateurs. Tous les cinq se retrouvent dans un hangar industriel, sur la plage ou en forêt pour finaliser ces projets, la grande demeure étant le point de ralliement et de repos.
La question de la reconstruction, centrale, sera présente en filigrane dans chacune de leurs créations et exposée en permanence au groupe élargi : quelques temps de discussion, cadrés par le groupe, seront mis en place au cours de ce mois de juin pour que chacun s'exprime et réponde de façon intime. Exercice de funambule.
Enfin pendant trois jours la troupe restitue ses créations sur la plage de Binic, la falaise, le quai, dans la Z.I. ou la forêt, le temps du festival. Elle animera parallèlement des débats avec le public autour du thème reconstruire.
Mon travail tente d'éclairer autrement le politique, grâce à la démarche artistique de la bande de Binic. En creux émerge le portrait d'une jeunesse bien vivante.
À mes yeux, une photo réussie est une réduction du monde. Le moment de déclenchement et le cadre choisis isolent une partie du réel. Un certain talent et la chance font que ce fragment de vie prend corps et devient porteur de sens. L’infime se développe, se révèle. Fixée, la vie s'écoule et s'offre au regard de l'autre. Un temps arrêté amorce un mouvement.
C’est ce que je cherche en suivant le travail cette troupe, composée de jeunes femmes et de jeunes hommes. Ils ont moins de trente ans, revendiquent leur place dans la société et nous questionnent sur elle.

Poser un autre regard sur l'engagement.
Le groupe du Lyncéus nous propose de nous arrêter un moment. Ici, maintenant. De nous (re)sensibiliser à notre histoire commune. De la mettre en résonance avec l'intime. D'imaginer des possibles à portée de main. Le film capterait cette volonté de réfléchir ensemble à un avenir non anxiogène. Apanage de la jeunesse, cette capacité d'y croire est palpable dans les spectacles du collectif. Qu’ils soient le résultat de mises en scène de pièces contemporaines dramatiques ou de ses propres créations. J'ai notamment pu assister au travail du Lyncéus sur un des auteurs vivants les plus joués dans le monde, Lars Norén, qui n'y va pas par quatre chemins sur la radicalité des comportements (voir 20 novembre et cette prise d'otage réelle, désespérée, de sa classe par un lycéen allemand, sorte d'Éléphant de Gus Van Sant en condensé). D'autres travaux des comédiens comme Les murs d'argile qui seront créés cette année à Binic, proposent un regard plus global sur la société d'aujourd'hui, en mettant alors les ressorts dramatiques de la mythologie au service d'une lecture critique de notre quotidien bien réel.
Filmer la vingtaine de personnes au total, qui se questionneront sur cette fameuse idée du reconstruire au travers de discussions et de restitutions sur le plateau de l'espace public de Binic n'est pas une gageure. J'aurai quelques passeurs. Dans le désordre : Sébastien le metteur en scène, Antonin l'auteur, Fanny une des interprètes. Puis Lena qui, si elle ne joue pas dans la pièce principale, participera au bon déroulé de tout ce grand chantier notamment en (se) posant comme souvent les bonnes questions au quotidien. Sans oublier le regard aigu de François qui s'imprègnera de toute cette énergie pour en sortir un film solitaire. Un foisonnement de vie dont il faudra que je saisisse des temps forts, des temps-morts, comme le pouls d'un cœur qui bat. Lena met aussi en scène une improvisation à dix comédiens amateurs, en forêt, épaulée par le danseur et chorégraphe Thierry Thieu Niang et la photographe Isabelle Vaillant à l'univers étrange.

Circulation de la parole
S'ils n'ont pas encore l'expérience des anciens, les membres du Lyncéus ne sont pas non plus des néophytes. On les entend rarement s'exprimer, hormis sur des plateaux, et pas de télévision. Qui sont-ils ? Que proposent-ils qui puisse répondre aux préoccupations immuables, actuelles, immédiates ? On se creuse la tête, on énonce des problématiques et on les travaille ensemble, pour nous et pour les autres. Être témoin de la réflexion d’un tel groupe permet de parler des questions contemporaines sous un angle qui aiguise le regard. Les thèmes sont actuels : ivresse du pouvoir, corruption, mensonge, rêve d'une vie meilleure... Ma place est entre le comédien dans son rôle d'un coté, puis le comédien qui redevient cet individu trentenaire de l'autre. Le fait d'être immergés dans un temps de réflexion, même en dehors des répétitions, abolit la barrière du jeu. L'acteur y redevient un anonyme, mais fort de ce qu'il donne et apprend en permanence. Il se nourrit de son personnage, puis de la cogitation commune, notamment dans ces temps d'échanges imposés où il faut bien se mettre en danger. Exercice difficile même pour un professionnel du théâtre, exercice tombant à pic pour un réalisateur en quête de paroles éclairantes. Être là et prêt à filmer.
En fin de compte le dispositif est simple : les comédiens interprètent des situations chargées de sens, c'est le propre du théâtre exigeant, débusquer la vérité, l'essence des êtres. Puis ils changent de monde, reviennent à nous. La caméra est là dans les deux cas, abolissant l'espace du plateau, de la fiction, de l'intime et du collectif. Elle enregistre le cœur qui bat. Le résultat est un portrait informel et révélateur d'une génération. Ni étude sociologique ni reportage sur une pièce de théâtre, ni captation d'un spectacle. Une photo à un instant T.
Le portrait de groupe est à l'origine de la photographie, medium que j'ai pratiqué des années. La jeunesse boit nos paroles et elle a tout à nous apprendre. La temporalité du film a été celle des élections et du festival en gestation, jusqu'au blues final du démontage (et des résultats).

LYNCÉUS

LE COLLECTIF

par Sylvain Bouttet

Lyncéus. est une troupe de jeunes artistes, la plupart passés par le Conservatoire national supérieur d'art dramatique.
En leur compagnie, j'ai sous les yeux un condensé d'énergie, de questionnements, de rire et d'angoisse : le monde de la jeunesse et de ses rêves. Comédiens de théâtre, de cirque, écrivain, réalisateur ou compositeur... chacun improvise à sa manière et met en commun le fruit de son travail. Ensemble, ils forment un collectif à l'ambition élevée : questionner le monde pour qu'il se remette en question.
Deux filles et trois garçons *. Ils ont à peine trente ans, se sont rencontrés à Paris, originaires de Pontivy, Annecy, Paris ou St-Brieuc. Régulièrement en résidence ou en tournée, ils mènent aussi leurs propres projets avec d'autres comédiens complices. Une fois par an ils posent leurs sacs dans les Côtes d'Armor, à Binic. Toujours pour travailler, cette fois sur le thème reconstruire. Un mois de résidence puis trois jours de festival. Leur credo : Voici le jour et nous y croyons (A. Gide).


La première fois, c'était Lena. Intimidante pour plusieurs raisons. Doctorante (thèse soutenue rue d'Ulm), actrice en lice pour un César du second rôle, metteur en scène déjà, reconnue. Fuyante aussi : l'air déjà ailleurs. Puis Sébastien. Présent, même dans le silence. Élégant, lunaire. Naturel ? Professionnel ? Les deux. Antonin ensuite. Un air trop jeune pour tenir des propos si sérieux sur l'engagement. Une connaissance littéraire et politique exponentielle ! Et Fanny. Explosive, entre fauve et caméléon. Évidemment, elle fait aussi du cirque. Enfin François. Peut-être le plus secret. Pas acteur d'ailleurs : réalisateur. Partage ses doutes quand il est en confiance. Ou pour la susciter. Un peu comme moi. Bien que tous différents, Lena et ses amis partagent cette capacité à exprimer la réflexion, l'émotion, par le geste, par la parole. Force de l'acteur. J’ai saisi cette chance : filmer une certaine jeunesse, cultivée et inquiète de l'état du monde, de jeunes adultes qui le mettent en mots. Presqu'en direct, devant mon objectif, mais à l'opposé du discours live qui finira par tous nous noyer.

*

Sébastien Depommier : acteur éblouissant, il passe à la mise en scène avec le spectacle principal de Binic 2017 : Les murs d'argile.
Antonin Fadinard quand il n'interprète pas un de ses rôles, il écrit. Partout. Toujours. Notamment la pièce Les murs d'argile.
Fanny Sintès dont l’objet est de questionner la stabilité, l’équilibre, la permanence et de toujours rebondir, pratique aussi le cirque. Interprète dans Les murs d'argile.
François Hébert réalisateur sorti de la Fémis. Il écrit comme si l'avenir était devenu stérile...
Lena Paugam joue et met en scène des pièces de théâtre contemporain exigeantes, cette fois-ci ce sera Écho.

SYLVAIN BOUTTET

BIOGRAPHIE
Bouttet Sylvain réalisateur portrait du vide à la maison

Né en 1960 à Dinard, Sylvain Bouttet est d’abord un photographe qui travaille sur l’humain.
Il est publié dans Chasse-Marée, Voiles et Voiliers, Photo-Reporter... Lauréat du prix Olympus-Tamron, de la Guilde de l’Aventure et finaliste du prix Ilford.
Il est également réalisateur-cadreur de documentaires : Love est sélectionné en 2010 à Documentaire sur Grand Écran, En permanence au Cinéma du Réel 2008 et reçoit le prix spécial du jury Traces de Vies. Au total, il a tourné une trentaine de films dont Fin de moi(s), Une enfance en absence, Quand on est mort, c'est pour combien de dodos ? Un jour, la rue, Planète Zanzan, Vies en chantier, La marée était en vert, Le voyage de Jacky (Molard), Un homme à la mer, Ça tourne à la campagne, ou encore Le vide dans la maison et Nous n'irons plus à Varsovie, (coréalisé avec Gérard Alle).

Résidence avec vue sur mer

REVUE DU WEB

OUEST-FRANCE >>> Après trois jours de présence à travers la ville, le Lyncéus festival baissera son rideau ce 1er juillet 2018 sur un concert de la sublime Nolwenn Korbell. Trois jours sous un soleil estival qui a illuminé toutes les représentations de la jeune troupe d'artistes et de comédiens.

LA PRESSE D’ARMOR >>> Les artistes ont bravé les intempéries et la température de l’eau pour tourner plage de l’Avant-Port leur teaser sous les yeux ébahis des passants.

OUEST-FRANCE >>> Entretien : la comédienne Flore Babled se lance avec bonheur dans la mise en scène avec cette pièce Contre lundi, présentée dans le cadre du Lynceus Festival.

LA PRESSE D’ARMOR >>> Par son dynamisme et la qualité de ses propositions artistiques, le Lyncéus Festival est un véritable événement de théâtre et d’innovation. Souhaitant prolonger ce temps fort de la création en Côtes-d’Armor, La Roche-Jagu accueille deux des pièces de théâtre contemporain.

OUEST-FRANCE, Anne KIESEL >>> Ce festival, implanté à Binic-Étables-sur-Mer, propose des spectacles écrits et mis au point au cours d'une résidence avec vue sur mer. Le lieu est magique. Un manoir sur les hauteurs de Binic, riche d'une vue à couper le souffle. Une brume de chaleur voile délicatement la baie de Saint-Brieuc. Le paysage maritime s'alanguit dans une touffeur d'été.

CRÉDITS

avec Anthony Audou, Antonin Fadinard, Claire Chastel, Damien Zanoly, Fanny Sintès, Fernanda Barth, Loïc Renard, Matthieu Dessertine, Pauline Bolcatto, Pauline Cheviller, Pierre Giafferi, Sébastien Depommier, Vassili Bertrand, Zoé Schellenberg, Isabelle Vaillant, Lena Paugam, Thierry Thieu Niang, Xavier Maurel, Marie Charles, Régis de Martrin-Donos, Adrien Guiraud, Benoît Gardent, Jeanne Lepers, Julien Gallée-Ferré, Kristina Chaumont, François Hébert

images et son Sylvain Bouttet
montage Sylvain Bouttet, Katia Manceau
musique de Yann Barreaud

le montage de VOICI LE JOUR ET NOUS Y CROYONS
a été réalisé avec le soutien de KuB

à partir du documentaire
LA BANDE À BINIC

produit par Aligal production
avec le soutien de
France Télévisions et du CNC
et la participation de
la Région Bretagne

Artistes cités sur cette page

Bouttet Sylvain réalisateur portrait du vide à la maison

Sylvain Bouttet

lena paugam comédienne

Lena Paugam

ESPACE PARTICIPATIF

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