L'emprise

s'il sait que je suis la il me tue - banner.

Par des travaux comme ce film, le climat de violence que font régner certains hommes dans leur famille sort de l'invisibilité. Derrière le décompte macabre des féminicides se cache une brutalité ordinaire, qui opère par cycles, avec des montées en tension qui se résolvent par des coups.

En 2023, la réalisatrice Brigitte Chevet, fine observatrice de la condition féminine et des questions de justice, s’est installée dans le service de consultation dédié aux violences conjugales à l’hôpital de Saint-Malo. Ce qui frappe dans ces entretiens c’est la présence subliminale du persécuteur, omniprésent dans l’esprit de ces femmes maltraitées et cependant aimantes. Les bleus au corps vont de pair avec des bleus à l’âme, l’homme ne pouvant supporter sa compagne que sous contrôle, soumise au chantage, harcelée, culpabilisée. Face à ce déluge de haine, les médecins et assistantes sociales tentent de rassurer, de poser des limites et une méthode pour éviter le pire. Mais parfois la menace est trop forte pour ne pas avoir recours aux autorités.

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FILM

S’IL SAIT QUE JE SUIS LÀ, IL ME TUE

de Brigitte Chevet (2023 - 52’)

Dans un bureau de l’hôpital de Saint-Malo, des victimes de violences conjugales se confient. Une parole rare, bouleversante. Les premiers pas d’une renaissance possible. L’urgentiste Jean-François Bouet a créé cette consultation pionnière en 2015. Aujourd’hui, toute une équipe travaille à ses côtés, pour tenter de libérer ces femmes de l’enfer domestique. Ce film dévoile le cheminement de soignants face à ce problème de santé publique.

>>> un film produit par Aligal Production et Squawk

INTENTION

La banalité des violences

médecins à l'écoute - s'il sait que je suis là il me tue

par Brigitte Chevet

Ces paroles de femmes sont la matière la plus essentielle de ce documentaire : récits de coups, d’humiliations, de lente dérive, de coupure du monde réel. À travers les mots de ces personnes, nous découvrons un nouveau continent. Celui des femmes frappées, injuriées, harcelées, contrôlées, jalousées, isolées, violées ou dévalorisées... par leur compagnon. Contrairement à un préjugé tenace, elles ne font pas toutes partie des cas sociaux. Selon Jean-François Bouet, tous les milieux sont touchés. La seule différence, c’est que les bourreaux les plus aisés font plus attention. Ils laissent moins de traces compromettantes.
Beaucoup de ces femmes auraient pu être mes voisines, sœurs, tantes, amies ou cousines. Elles sont intelligentes, éduquées, lucides sur leur situation. Je pourrais être assise à leur place.


On parle enfin des féminicides, mieux pris en compte médiatiquement. Mais, derrière ces crimes, il y a la banalité des violences, cachées derrière les portes closes du foyer. Il n’y a pas que les bleus que l’on cache, ou un œil au beurre noir que l’on maquille. Les pratiques sexuelles imposées, le cyberharcèlement, les paroles dénigrantes sont aussi des violences, qui entraînent des conséquences sur la santé physique ou mentale de ces femmes et celle des enfants.
À travers les récits transparaissent des schémas récurrents. Comment leur conjoint ont fait d’elles un objet à leur disposition. Elles ont en commun leurs ambivalences, leurs hésitations, un manque de défense qui peut étonner. Pourquoi ? On retrouve la coupure progressive avec les proches, la famille ou les amis, la dépendance économique, les enfants qu’il faut épargner. Ce sont elles qui sont frappées, mais ce sont elles qui ont honte, pas leur bourreau.
Les mains tremblent, triturent un mouchoir, une alliance, un masque, un agenda. La voix se brise, s’étouffe ou déraille dans les aigus. Les jambes tressautent, leur corps est tendu à l’extrême. Et au bout de l’échange, parfois, cette prise de conscience salvatrice : ce n’est pas normal, ce que je vis. Il n’a pas le droit de faire cela.
À peine 1 % des consultants sont du genre masculin. Nous en voyons un par an environ. C’est encore plus difficile pour eux de venir nous voir. Il y a des femmes qui frappent, oui, mais c’est vraiment une infime minorité. Au sein de la population générale, 10% des femmes ont été, sont ou seront concernées par ces violences. Chaque année, au sein de l'hôpital de Saint-Malo-Dinan, les patientes hospitalisées sont questionnées. Avez-vous été victime de violences, ou l’êtes-vous actuellement ? Cette étude montre que plus de la moitié d'entre elles ont subi des violences au cours de leur vie, ou en subissent au présent. Qu’elles soient psychiques ou physiques, ces violences pèsent sur leur santé.
Le premier objet de ce film a été d’écouter leur parole se libérer, se déployer, ce que nous avons tant de mal à faire, collectivement.

BIOGRAPHIE

Brigitte Chevet

Brigitte Chevet réalisatrice

Brigitte Chevet est une réalisatrice installée à Rennes depuis plusieurs années. Après une formation en langues puis en journalisme, elle quitte le reportage d'actualité pour le travail en profondeur. Elle se tourne d’abord vers le magazine télévisé, puis le documentaire. Enquêtes écologiques avec Mourir d’amiante en 2005 puis Brennilis, la centrale qui ne voulait pas s’éteindre ; films en immersion avec À vous de juger et Les rumeurs de Babel ou histoire des femmes avec Jupe ou pantalon ?, Odette du Puigaudeau et Femmes au volant ; elle aime varier à la fois les sujets et les genres documentaires, histoire de mourir moins bête.

En parallèle, elle intervient dans des formations d’audiovisuel à l’université et au lycée.

REVUE DU WEB

Violence conjugale

OUEST-FRANCE >>> Rencontre avec la réalisatrice Brigitte Chevet pour la projection de son dernier documentaire, S’il sait que je suis là, il me tue.

FRANCE INFO >>> Les adolescentes et les jeunes femmes, des victimes qui passent sous les radars.

FRANCE INTER >>> Rencontre en 5 épisodes avec Isabelle Steyer, une avocate qui a passé sa carrière à défendre des femmes victimes de violences conjugales.

FRANCE CULTURE >>> Donner la parole aux hommes violents. Pas toujours simple. Mathieu Palain a relevé le défi en s’immergeant dans un groupe de parole dédié à des hommes coupables de violences conjugales.

COMMENTAIRES

    CRÉDITS

    réalisation, image et son Brigitte Chevet
    image et sons additionnels Georgi Lazarevski, Émilien Bernard

    montage Claude Le Gloux, Marion Boé
    musique Maxime Hervé

    coproduction Squawk et Aligal Production
    avec la participation de TVR, Tébéo et Tébésud
    avec le soutien de la PROCIREP-ANGOA, de la Région Bretagne, du CNC et de la fondation Kering

    Artistes cités sur cette page

    Brigitte Chevet Les rumeurs de babel

    Brigitte Chevet

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