Le grand BaZH.art #30

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BLACK BOHEMIA

par Antoine Tracou (2019 - 7')

À l'occasion du centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale, l'Orchestre Symphonique de Bretagne rend hommage aux hommes et femmes engagés dans les conflits qui ont marqué le monde. Black Bohemia est un concerto qui raconte l’épopée des poilus de Harlem, ces deux mille soldats afro-américains qui s'engagèrent aux côtés des Français.
C’est aussi l'occasion d'exposer un pan méconnu de l’histoire, qui vit débarquer le jazz en Europe. Parmi les 99 musiciens du bataillon des Harlem Hellfighters, certains sont devenus célèbres, d'autres ont laissé leur vie sur le champ de bataille. Les 725 survivants sont rentrés aux États-Unis pour poursuivre un autre combat : celui de la lutte contre la ségrégation.

L'été 2018, une longue escale avec ma péniche au port fluvial de la petite Madeleine à Hédé m'a fait voisin de quai du bureau flottant où Guillaume Saint James compose.


Il mettait alors au point la partition de Black Bohemia et je venais de temps en temps découvrir des bribes de son travail en cours, qui puise dans les racines du jazz et du compositeur James Reese Europe. Il s'est également imprégné des lettres poignantes envoyés par ces soldats à leurs familles.

J'ai choisi d'accompagner l'Orchestre Symphonique de Bretagne à Brest lors de la représentation du 17 novembre 2018 au Quartz, car l'histoire de ces soldats afro-américain dans la Grande guerre y commence, le 1er janvier 1918. Une façon de boucler cette boucle centenaire.

LA BRETAGNE DU NOIR

par Christophe Rey (2019 - 6')

Est-ce son climat humide et venteux, sa culture celtique, son culte des âmes perdues en mer ? La Bretagne inspire les écrivains par ses vacances à la mer, ses lobbies agricoles, ses autonomistes, ses syndicats de pêcheurs et le caractère buté de ses habitants. Mais au-delà des cartes postales, elle constitue par sa dimension historique et sociale un fantastique creuset pour le crime sur papier. Plus qu’une terre de contraste, la Bretagne est une terre d’opposition.


Terre de paysans et de marins, sa culture reste partagée entre l’identité française et régionale ; une agriculture et une industrie prises en étau entre le progrès technologique et la sauvegarde de l’environnement et des traditions prises entre effet de mode et enracinement profond. Ce qui explique la multitude de festivals et de salons du polar en Bretagne, c'est l'émergence au début des années 90 d’un goût pour le polar régional.
Jean François Coatmeur et Hervé Jaouen ont ouvert la voie en donnant une résonance nationale à leur univers sombre dans lequel la Bretagne est un vrai personnage. Au début des années 90 l’association de Jean Failler et Alain Bargain pour le lancement de la série Mary Lester a ouvert la brèche dans laquelle se sont engouffrés éditeurs et auteurs de polars, parfois un peu faciles. Cette littérature de gare joue sur le cliché régional au détriment de l’intrigue ou de la force des personnages.
Je fais le choix de présenter ici une littérature noire plus ambitieuse, plus conséquente, plus dense et plus impliquée, à travers trois auteurs qui portent une solide identité bretonne et un univers artistique fort : Yvon Coquil, Gérard Alle et Denis Flageul.


Les trois auteurs rencontrés :

Yvon Coquil – Ancien ouvrier des chantiers navals de Brest, Yvon Coquil porte fortement en lui cette identité brestoise, Ici, on n’est ni Français, ni Breton, on est portuaire ! , mais il incarne surtout sa culture ouvrière et syndicaliste, ce monde de l’arsenal auquel il offre une humanité souvent ironique et touchante.
L’arsenal de Brest c’est un peu comme le Moyen-Âge. Les ouvriers qui sortent du centre de formation interne se prennent pour une espèce d’aristocratie, comme s’ils avaient fait Saint-Cyr. Leurs collègues qui n’ont pas suivi cette formation mais qui ont intégré l'entreprise, on dit qu’ils viennent de la DASS, pensez d’une tare ! Viennent ensuite les ouvriers de la sous-traitance et en dernier lieu, loin derrière, les serfs, nous autres, les intérimaires. Et devinez à qui on réserve le sale boulot ? Sur l’échelle des espèces on est entre l’escargot commun et le vers de vase.
S’il a toujours vécu à Brest, une partie de sa famille est originaire du centre Bretagne et Yvon Coquil connaît bien cette tradition du récit conté qui animait les veillées et faisait peur aux enfants. Le polar est un conte moderne où le méchant est souvent puni à la fin. Donc en quelque sorte, on rend le monde meilleur !

Gérard Alle - Né en région bordelaise, il garde de ses vacances chez sa grand-mère finistérienne le goût de raconter des histoires et l’amour de la Bretagne. Tour à tour facteur, boulanger, céramiste, comédien, restaurateur, journaliste, rédacteur en chef ou documentariste, Gérard Alle se consacre depuis plus de dix ans à sa passion : l’écriture. Contestataire né, il trouve en Bretagne, dans les lobbies de l’agroalimentaire, matière à un premier roman Il faut buter les patates. Il y dénonce une mafia agricole qui s’appuie sur le lobbying entre producteurs de cochons et de volailles, coopérative agricole, politiciens, maires et préfet confondus, banquiers et médecins, pour blanchir la réputation des nitrates. Dans cette fiction qui semble étrangement proche de la réalité, le maire de cette ville moyenne du centre Bretagne crée un grand festival rock, pour à la fois satisfaire son désir de gloire, mais surtout pour écraser la contestation côté ploucs. … Tu remarqueras que, comme par hasard, pour les fêtes organisées par des salauds, il fait toujours beau… Toujours. C’est normal, puisque Dieu aussi, il est de droite. À travers ce polar fermier, comme il le définit lui-même, Gérard Alle dépeint une Bretagne de petites gens qui ont raté le départ et plient sous la domination des puissants.
Il faisait un temps noir. Il faisait un pays noir. Il aurait pu être roux ou bien vert, gris, vert-de-gris, gris-bleu, mais là franchement il était noir. D’un noir pas franc, d’un noir qui ne se dit pas, d’un noir ardoise (…) Dans ce pays, rien ne dure que la dure réalité noire.

Denis Flageul – Professeur de lettres et de théâtre à la retraite, metteur en scène pour le Théâtre du Ha-Ha et parolier des Casse-Pipe, Denis Flageul est également l’un des initiateurs du Festival Noir sur la ville de Lamballe, et de la série Léo Tanguy. Même s’il est l’instigateur de cette série d’enquêtes ; l’univers de Denis Flageul est plus tourné vers le roman noir, cette littérature qui s’attache à la complexité humaine et la noirceur de l’âme ; un peu comme chez Simenon où de simples gens, ordinaires, sont broyés par des évènements qui leurs échappent.
Dans un triangle reliant St Malo, Paimpol et Ploërmel, le cœur de ses histoires, souvent tirées d’un fait divers, s’attache à des personnages plutôt paumés, qui essaient de s’en tirer mais que la fatalité finit toujours par faire sombrer. Dans Pêche interdite, c’est un jeune marin pêcheur qui découvre 35 kilos de cannabis. Là encore, l’histoire finira mal… Dehors la bruine tourbillonne dans l’aura des projecteurs et des lampadaires. Tout reluit. Les flaques sur le quai, les cirés des hommes, les ventres des poissons dans leurs cercueils de polystyrène… La nuit sent la poiscaille (…) Il fait passer le sac de sa main droite à sa main gauche… Au fond, sous ses fringues de boulot, son passeport pour ailleurs. Un billet pour loin. Loin de l’eau, du vent, du froid, des odeurs.
Dans Jagu, un ex taulard cherche à se faire oublier en revenant dans ses Côtes d’Armor natales. Mais un amour de jeunesse aura raison de ses bonnes résolutions. Chez Denis Flageul, comme chez les Rita Mitsouko, les histoires d’amour finissent mal… En général.

AVENIR DE CONSTRUCTION

par Hervé Portanguen (2018 - 8')

En 2016, l'ensemble de silos industriels datant dans années 50 situé au nord de la gare de Vannes a été démoli. Ému lui par ce paysage industriel et sa déconstruction, Jean Baptiste Cautain a suivi le chantier de près. Pour constituer une forme de mémoire imagière et orale de ce site, cinq mois durant, le graveur est allé à la rencontre des ouvriers, des anciens travailleurs de l’usine mais aussi des riverains. En est ressortie une série de gravure et d'entretiens, présentée lors de l'exposition Avenir de construction et à retrouver sur la page KuB dédiée.

ET QUI HANTE

LECTURE PUBLIQUE
Philippe Languille Lecture publique - Et qui hante LGB#30

Et qui hante de Brigitte Mouchel, aux Éditions Isabelle Sauvage.
Un extrait lu par Philippe Languille, à retrouver sur la page Lecture publique de KuB.

CRÉDITS

BLACK BOHEMIA
par
Antoine Tracou
avec Guillaume Saint James

LA BRETAGNE DU NOIR
par Christophe Rey
avec Yvon Coquil, Gérard Alle et Denis Flageul

AVENIR DE CONSTRUCTION
par
Hervé Portanguen
avec avec Jean-Baptiste Cautain

ET QUI HANTE
par Pierre-François Lebrun
lu par Philippe Languille

LA PROD DU GRAND BAZH.ART

Le grand BaZH.art est coproduit par
Simone & Raymond Productions
France 3 Bretagne
en partenariat avec KuB

avec la participation deTVR,Tébéo et Tébésud
et le soutien de la Région Bretagne et du CNC

présentation Alexandre Pesle
co-réalisation Stéphanie Elbaz et Chloé L’Affeter
production Stéphanie Elbaz
rédactrice en chef Chloé L’Affeter

directeur de production Cédric Bertret
graphiste Arnaud Pham Gia
concepteur décor et lumière Gérard Thomas
musique originale Jean-François Prigent

ESPACE PARTICIPATIF

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