Nous

NOUS Olivier Hems

Seul

Nous est le récit d’une histoire singulière et bouleversante. Mais au-delà de l’histoire, c’est le mode narratif qui laisse pantois. Car Nous est un passionnant exercice de style cinématographique, une exploration de la frontière incertaine entre documentaire et fiction. Sorti en 2008, le court métrage d’Olivier Hems a connu un fulgurant parcours dans des festivals, en France et à l’étranger, raflant une dizaine de prix. Il a surpris. Il surprendra longtemps encore, tant il sollicite notre capacité à nous projeter dans une histoire en miette, celle d’un homme disparu dont la mémoire est reconstruite par un subtil collage de fragments d’images et de sons.

NOUS

un film de Olivier Hems (2008 - 11')

Tandis que défilent des images amateur de vacances insouciantes, une voix off nous raconte un fait divers macabre.

Un officier de police enregistre le procès-verbal de sa perquisition dans l'appartement d'un homme qui n'a pas donné signe de vie depuis des mois. Sa voix nous livre la description minutieuse de ce qu'il observe, jusqu'à la découverte d'un corps sans vie. Comment cet homme a-t-il pu se laisser mourir sans que personne ne s'inquiète de son sort ? L'officier de police commence à s'interroger sur la solitude extrême de cet homme devenu squelette, et à fouiller dans son passé pour y trouver des explications. La voix ne semble pas prêter attention à ce nous voyons à l'écran : des images amateur tournées en Super 8 montrant une famille en vacances au bord de la mer, une femme filmée sur la plage.

>>> un film produit par Gilles Padovani, .Mille et une. films.



PALMARÈS

Plus de 40 sélections en festival dont Rotterdam, Tribecca – New York, Brooklyn, Palm Springs, Sydney, Melbourne, Valence, Toronto, Montréal, Milan, Rio de Janeiro, Liège, Bruxelles, Brest, Vienne, Vendôme, Cinessone, Douarnenez…
Programme «Lycéens au cinéma» Région Bretagne et Région Centre
Prix du meilleur court métrage (festival Alternativa de Barcelone)
Grand prix (festival philosophique de Cracovie)
Prix de la direction artistique (festival Coltopotere de Bergame)
Prix de la région Rhône-Alpes (festival de Villeurbanne)
Grand prix et prix Beaumarchais (Rencontres européennes de Vannes)
Prix du jury (festival de Limoges)
Prix du meilleur court métrage (Festival international du film policier de Liège)
Prix spécial du Jury (Colcoa – Los Angeles)
Prix 2010 Court du Polar (Lyon)


LA FICTION AU SECOURS DU DOCUMENTAIRE

GÉNÈSE DU FILM

L’entretien qui suit se trouve sur le site de l’Université populaire des images, par Ciclic, dans un dossier construit par Raphaëlle Pireyre qui recèle entre autres l’analyse d’une séquence du film

NOUS Olivier Hems
photogramme extrait du film

propos d'Olivier Hems

extraits d'un entretien réalisé par Hussam Hindi et Mirabelle Fréville pour Clair Obscur et le dispositif Lycéens et apprentis au cinéma en Bretagne

Un jour, je reçois un article, envoyé par une amie. Je voulais en savoir plus. Je connaissais le journaliste. Grâce à lui, j´ai rencontré le lieutenant de police qui avait perquisitionné dans l´appartement. Il croyait que je voulais faire un film à sensation. Pour me tester, il m´a mis sous le nez les photos du squelette. Nous avons passé l´après-midi ensemble, où j'ai découvert l'immense solitude de Jean Galto.
Ensuite, je suis allé sur place. C´était un petit immeuble à la périphérie de la ville. Le facteur continuait de mettre du courrier dans sa boîte aux lettres. Je trouvais la situation tellement absurde. Je n´ai pas pu entrer chez Jean Galto. Il y avait des scellés sur la porte. Quand j´ai vu les lieux, je me suis dit : je ne filme pas ici. C´était intuitif. Dans
Nous, on peut dire que la fiction vient au secours du documentaire. Comme je ne pouvais pas tourner sur place, j´ai fabriqué des images.

Tournage

Pour filmer à la place d'un amateur, à la place du mort, j´ai essayé de trouver un équilibre. Ne pas faire n'importe quoi et, en même temps, ne pas m´installer dans un confort de tournage. Confier l´image à un caméraman, comme je pensais le faire au départ, n'aurait pas été logique. J´avais l´image de ce squelette assis sur le clic-clac. Je voulais l'humaniser, le rapprocher de nous. Interprété par Hervé Mahieux, Jean Galto filme la vie : des proches qui le regardent, lui sourient, viennent vers lui, alors que sa mort défile en pointillé avec la voix off.


Physiquement, il apparaît plusieurs fois dans le film. On voit son ombre, ses pieds. Lorsque le policier mentionne son âge, il est en gros plan. Je voulais ce gros plan, ce choc, Jean Galto remplaçant, l´espace d´un instant, l´image que l´on s´était faite de son squelette.


Interprétation

Aucun comédien ne connaissait l´histoire de Jean Galto au moment du tournage. On est parti en vacances. Gilles Padovani, mon producteur, a eu l´idée de louer une maison. Il y avait quelque chose qui se rapprochait du film, finalement. Ils ont tous endossé leur rôle de vacanciers décontractés sans effort. Pour la voix off, le comédien Marc Barbé a accepté très rapidement que l´on se rencontre pour répéter. J´avais décidé de ne pas lui donner d´indications de jeu.


Une seule chose m´importait : le rythme du texte. Donc je lui demandais : en marchant, en marchant plus vite, assis, debout, contre le mur, allongé...

Par expérience, je sais que si on essaie de faire coller les images à la voix off, c´est la catastrophe. Le texte était écrit avant le tournage, mais je l'ai mis de côté. J´avais des idées de plans, une sorte de boîte à outils que j´ouvrais au gré du tournage. La forme du procès-verbal a évolué. On a donné de l´épaisseur au lieutenant de police qui, peu à peu, n´est plus insensible à ce qu’il voit.


Postproduction

En montage, on procède de façon empirique. On essaie, on se trompe, on recommence. Mais à partir du moment où le réalisateur et la monteuse travaillent dans le même sens, on ne perd pas de temps. J´avais une idée du résultat final. Gisèle Rapp-Meichler affinait le montage en fonction du texte. J'améliorais le texte en fonction de l´image. Nous avons travaillé en pensant au rythme, à l´énergie des plans, aux mouvements contraires, aux ruptures. Mais surtout, ne pas chercher à illustrer.


Le son a été le moment le plus délicat. Alexandre Hecker, le monteur son, a fait preuve de beaucoup d´abnégation. On ne parvenait pas à trouver une unité. Nous étions tous les deux partisans de la sobriété. On a fini par distinguer deux sortes de sons : ceux qui sont justifiés car liés à l´activité du policier (dictaphone, et tous les petits bruits autour de lui) et d´autres qui ne le sont pas : les tintements de mâts au début du film et l´ambiance de plage. Ce sont pour moi des réminiscences du passé, l´inconscient de Jean Galto, peut-être. Là, on n´est plus dans le montage, mais dans la création sonore.


NOUS Olivier Hems

Le temps de la pellicule

On a employé une pellicule utilisée par les particuliers avant l´arrivée de la vidéo et qui n´existe plus aujourd'hui : un format Super 8 appelé Kodachrome 40 Asa. Ce type de pellicule permet un décalage temporel, il crée de la nostalgie, de l´émotion. Il y a le temps du passé. Ce sont ces images fugaces de bonheur, le temps de la sensation, de ce qui est révolu. Et puis il y a aussi le temps présent avec le lieutenant de police. C´est le temps impartial, le temps inacceptable aussi. Les deux ne fonctionnent pas du tout de concert au début. Le spectateur doit mener sa propre enquête à l´intérieur du film. Il peut nouer des liens entre les personnages qui apparaissent à l´image, peu à peu. Jusqu'à ce que l´image et le son se rejoignent, lors de la lecture de la lettre. Les images Super 8 permettent de dilater le temps. Le film semble appartenir à un passé très lointain, sans rapport avec la mort de Jean Galto. Et pourtant il y a un rapport qui est terrifiant, je trouve. Il crée un vide, une incompréhension. À partir de là, on reconstitue le puzzle.


L’implication du spectateur

par Jean-Marc Génuite

Dès l’ouverture, le film affiche la nature singulière de sa proposition esthétique dans la manière dont il interpelle ses spectateurs en jouant sur le hiatus narratif et temporel qui s’instaure entre la bande image et la bande-son. En se développant en contrepoint l’une de l’autre, les deux composantes du récit semblent animées de leur logique et de leur réalité propres. Ainsi, les paroles énoncées par la voix du policier dans le hors champ sonore ne légendent nullement les images, elles n’en offrent aucun commentaire. Pourtant, un véritable dialogue s’instaure entre les images muettes qui défilent à l’écran et cette voix sans corps qui va les habiter et les charger d’une intensité dramatique qu’elles ne contenaient pas.


Cette façon de donner corps à une fiction soulève plusieurs interrogations. Que dire par exemple de la nature de l’implication du spectateur ou encore de la place du cinéaste ? À quel genre d’expérience de cinéma nous invite à participer un tel récit ? La forme cinématographique qui se déploie devant Nous s’élabore dans l’écart qui s’ouvre entre ses deux sources narratives et génère une forte « impression de réalité ». Cette perception, le cinéaste parvient à la susciter en mimant la « forme documentaire » dans l’élaboration de ses images et de sa bande-son. Ainsi, le choix de mettre à l’écran un film tourné en super 8 que le cinéaste a d’ailleurs lui-même réalisé avec ses propres amis participe pleinement de l’illusion documentaire, Olivier Hems jouant sur la connotation d’authenticité associée à ce support.

Les choix esthétiques et narratifs adoptés par le cinéaste, outre qu’ils entretiennent une ambiguïté quant au statut du récit, nous obligent à nous interroger sur la place que le réalisateur souhaite ménager à « ses » spectateurs. N’est-ce pas finalement le « sujet spectateur » que le film « met » en scène, que le cinéaste place au cœur même de son dispositif de mise en scène ?

Au regard de la relation qu’il tente de nouer entre l’œuvre et « ses » spectateurs, la position d’Olivier Hems conserve une certaine ambivalence. Alors qu’il pratique « la direction de spectateur » chère à Hitchcock et « travaille » la réception de son film, sa démarche ne peut en aucun cas se réduire à un acte de manipulation émotionnelle. Elle incarne davantage une manière d’impliquer le spectateur dans la composition même du récit, une façon de le faire participer à la production du sens. À l’instar du policier menant son enquête, il est activement invité à « imaginer » l’identité de cet « homme comme tout le monde » qui a disparu. Tout au long du film, l’espace fictionnel lui-même va se nourrir des images mentales et affectives qui habitent chacun d’entre « nous ». Images qui seront amenées à rencontrer, croiser ce que le cinéaste nous donne à entendre et à voir.

Le trajet de l'image

Entretien vidéo avec Olivier Hems, réalisé par Bartlomiej Woznica et Jean-Marc Génuite

Prod Kyrnéa et Passeurs d’images


OLIVIER HEMS

BIOGRAPHIE
Olivier Hems Nous

Né en 1967, Olivier Hems se définit comme un réalisateur autodidacte. Après une expérience de journaliste, notamment à Ouest France, il est entré dans le monde du cinéma comme assistant-décorateur d'un film de Jacques Rivette. Il est connu pour ses films Si loin du crime (2005) , Résistance aux tremblements (2006) et Nous (2008).

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Artistes cités sur cette page

Olivier Hems Nous

Olivier Hems

ESPACE PARTICIPATIF

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