Guérilla

elle court masquée

Peu connues jusque-là, les grenades de désencerclement sont entrées dans la mélodie de l’info, depuis que les manifestations ont pris des formes de guérilla urbaine. Madeleine, l’un de ces éléments incontrôlables que les forces de l’ordre tentent de mater, est touchée près de l’œil ; sa colère ne fait que croître.

Quelles sont les limites de l’engagement ? Jusqu’où se battre pour rendre le monde meilleur ? Madeleine est de cette génération de combattantes, insoumises à l’ordre social, et Jean-Baptiste Bonnet en fait ici un portrait tout en tension, face à un frère qui a fait le choix de collaborer avec le système.

Jusqu’où se cantonner dans la passivité, pour préserver sa tranquillité ?

ZONES

de Jean-Baptiste Bonnet (2018 - 23')

Madeleine vit aux Sources, une maison communautaire perdue dans la campagne. À 30 ans passés, elle n’a qu’une certitude : le Bois Brûlé ne deviendra pas une déchetterie nucléaire.

>>> un film produit par Noodles Production

Point de rupture

INTENTION
Fille blessée à la tempe

par Jean-Baptiste Bonnet

Zones est un film qui fixe un point de rupture. Entre un frère et une sœur, entre un monde et un autre.
Autour de Notre Dame des Landes, du barrage du Testet, d’un transformateur électrique dans le Tarn, dans de nombreux lieux en France et en Europe, de nouvelles formes d’engagement sont apparues. Le film est une fenêtre ouverte sur ces territoires. Il nous tenait à cœur de les montrer comme nous les connaissons : des lieux de vie, de fête, de rencontres et de lutte.
Le groupe des Sources s'oppose à un projet de construction de déchetterie nucléaire. Un enjeu écologique majeur et une situation inspirée par ce qui se passe à Bure en Lorraine. De rencontres en rencontres, nous y sommes allés. L’affaire du centre d’enfouissement polarise complètement la vie locale de cette zone rurale : la très grande majorité des habitants sont contre cette construction qui va de toute évidence pourrir leur terre et, depuis des années, ils se mobilisent de différentes façons. C’est cette mobilisation citoyenne que nous voulons montrer en filigrane. À Bure, au cœur de la constellation d’organisations qui s’opposent au projet, il y a la maison de la résistance, une vieille ferme retapée par un collectif, qui est devenue le point de rendez-vous incontournable de la lutte locale.


D’un autre côté, ce projet de centre d’enfouissement de déchets nucléaires s’implante dans un territoire miné par le chômage. Très conscients de cet enjeu, les promoteurs du projet jouent sur ce qui est la corde sensible de la population et promettent de relancer la vie économique de la région.
Nous voulions que le film documente par éclats cette vie locale. Si elle n’est pas frontalement le sujet du film, elle en est le décor et le terreau. Une toile de fond en mouvement permanent avec au premier plan : Madeleine.
Le film prend le pouls de sa colère, l’accompagne dans son obstination brutale à aller au bout, sans l’enfermer dans un système de jugement moral. Elle a décidé que le cadre régulier ne lui permettrait pas d’atteindre ses objectifs, elle désobéit. Pour elle, la loi n’est pas un obstacle. Ce qui la fait trembler, c’est la présence de son frère là où elle ne l’attendait pas. C’est là que le film a lieu, entre la détermination et la tendresse du personnage.
Pascal, lui, est en train de devenir père. Il a sa maison, il y a fait des travaux pour que la chambre de sa fille soit la plus belle. Tous ses efforts sont concentrés pour que sa famille puisse vivre dans les meilleures conditions possibles. Il n’est pas activement pour la construction de cette déchetterie nucléaire dans le bois qui était le terrain de jeu de son enfance, pourtant il y contribue. Ça ne l’amuse pas mais du fait même de son travail il participe à l’établissement d’un monde qu’il réprouve. A-t-il choisi ? C’est ailleurs qu’il a fait ses choix. Aujourd’hui, il est tenu par des obligations qui lui laissent bien peu d’espace de manœuvre. Il avance.


Ainsi, le film saisit Madeleine et Pascal à un moment crucial de leur engagement : la défense du Bois Brûlé, la naissance d’une petite fille. À partir de là, presque à leur insu, leur relation déraille, la mécanique des évènements les éloigne. Une dérive qui se fait presque contre leur gré : seulement, ils ont chacun leurs obstinations, leurs emportements, leur humanité. Et de coup de force en malentendus, le lien finit par rompre.
Ce qui nous intéresse c’est que la rupture n’est pas d’abord idéologique : le maillage du politique et de l’affectif les rend indiscernables l’un de l’autre. Si Pascal ne veut pas entendre parler de la lutte de Madeleine, c’est peut-être autant pour se préserver que pour protéger leur lien. Pour lui, l’important c’est d’ouvrir sa porte à sa sœur quand elle en a besoin, prendre soin d’elle si elle est blessée, le reste est accessoire. La vie est déjà suffisamment compliquée comme ça. Madeleine ne parvient pas à tenir tête à cette complexité : après avoir saboté ses outils de travail, elle se retrouve à accueillir Pascal aux Sources. Tandis que tous les amis de Madeleine sont réunis pour fêter l’occupation prochaine du chantier, Pascal fête la naissance de sa fille avant de repartir au boulot. Deux mondes qui, l’espace d’une nuit dansent autour du même feu.
Et à la fin, ce qui reste à Madeleine et Pascal, ce sont des souvenirs d’enfance, dernier territoire commun : un porte clé offert en cadeau, des jeux aux Bois Brûlés, la peur des loups qui rôdent dans forêt. Les loups de l’enfance sont devenus grands.

Jean-Baptiste Bonnet

BIOGRAPHIE
portrait réalisateur Jean-Baptiste Bonnet

Diplômé en photographie de l’École des Gobelins à Paris, Jean-Baptiste Bonnet a été chef-opérateur pour une dizaine de documentaires de création et d’essais documentaires, diffusés notamment par Arte, France Télévisions et le Centre Georges Pompidou. Il a réalisé Censure, un clip diffusé en avant programme à la Quinzaine des Réalisateurs, ainsi que Italo et le nouveau monde, le portrait d’un cinéphile, diffusé sur CineCinema. Zones est son premier court métrage de fiction.
En 2018, Jean-Baptiste crée Habilis Productions, société de production de documentaires. Il produit et co-réalise avec Laurine Estrade, Algérie elle et lui, un documentaire sonore diffusé par la RTBF, sur la jeunesse et les amours brisés des soldats de la Guerre d’Algérie. Il prépare actuellement un documentaire audiovisuel de 52mn, Ici rugissaient les lions, dont le tournage est prévu en 2020.
En parallèle de ses activités de réalisateur et de producteur, Jean-Baptiste est consultant en scénario pour diverses structures de productions comme Why Not Productions, Lionceau Films, Synechdoche ou Arte France Fictions.

Écocitoyenneté

REVUE DU WEB

FRANCE CULTURE >>> Les pieds sur terre : À côté du village de Bure dans la Meuse, dans une des régions les plus désertiques de France, on prévoit d'enfouir nos pires déchets nucléaires. Sur place, des opposants s'installent pour relayer les anciens et mener la bataille du nucléaire.

OUEST FRANCE >>> L’écriture à quatre mains a donné naissance à une trame orientée sur la lutte écologique, pépinière dans laquelle d'autres s'y forment : familiales, luttes des classes ou d'opinions.

VERTIGO >>> À travers le monde, de plus en plus de personnes et de communautés se mobilisent collectivement contre des injustices sociales, écologiques et économiques. Les injustices environnementales de divers ordres et le manque ou l’absence de véritable démocratie contribuent à faire évoluer les visions et les pratiques en matière de citoyenneté dans le monde entier.

CRÉDITS

avec Marie Nicolle, Pascal Loison, Isabelle Sempéré, Nicolas Guillemot, Alice Millet
réalisation Jean-Baptiste Bonnet
scénario Jean-Baptiste Bonnet, Laurine Estrade
assistant réalisation Vincent Prades
image Lucie Mercier
son Pierre Bompy, Pierre Albert Vivet

montage Jean-Baptiste Bonnet, Marine de Contes
montage son Charlotte Butrak
mixage Frédéric Hamelin
décors Vinciane Amilhon
costumes Charlotte Gillard

production Julien Naveau, Noodles Productions
coproduction Tébéo, Tébésud, TVR
avec le soutien de la Région Bretagne, Le Conseil Général du Finistère, Tébéo, Tébésud et TVR, Le Centre National du Cinéma (COSIP), L’Association Beaumarchais, La Procirep – Angoa

Artistes cités sur cette page

portrait réalisateur Jean-Baptiste Bonnet

Jean-Baptiste Bonnet

ESPACE PARTICIPATIF

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