Aimer sa cité

La ville en partage - ©Emma Burr

Elle aime la ville et la dessine comme personne, avec un mélange unique de poésie et de rigueur. Lignes de fuite, blancs impeccables et touches de couleur comme des coquelicots inattendus, Emma Burr, la British, Vannetaise de cœur, a croqué sa ville dans une exposition originale, mise en valeur par l'écrin 17e de l'Hôtel de Limur.
Ils sont une centaine, délicatement exposés par la grâce de la scénographie d’Éric Morin, subtil architecte des grandes expositions dans l’Ouest : Musée départemental breton à Quimper, Hangar à bananes à Nantes, Fonds Leclerc à Landerneau... On retrouve sa patte, respectueuse, sensible, épurée, dans la petite conversation qu’il a instaurée avec le classicisme du lieu, ses lattes de bois clair pour tenir les grands dessins d’Emma, ses pyramides de papier pour raconter les histoires, dans un abord manifestement gourmand de typographie bien balancée.

LA VILLE EN PARTAGE

EXPOSITION

de Emma Burr et Bettina Clasen (2018)

Que l’on soit de Vannes ou d’ailleurs, qu’il s’agisse de premiers pas en terrain inconnu ou de routes mille fois arpentées, il y a toujours un quelque part susceptible de nous intriguer, nous émouvoir, nous accompagner dans notre quotidien.
À la question posée : quel est le lieu que vous souhaiteriez faire découvrir et partager ?, près d’un millier de réponses révèlent ce lien profond des habitants avec leur ville. Portes cochères, jardins, remparts, architectures anciennes ou immeubles contemporains, écoles, stades, cafés... Autant de quartiers et de sites, d’ambiances, de visions plurielles qui composent le tout d’une ville.


À partir des informations collectées, Emma Burr dessinatrice originaire de Manchester, et Bettina Clasen photographe-réalisatrice originaire de Hambourg, ont arpenté leur ville d'adoption pour la dessiner et filmer les témoignages des habitants. Dessins et vidéos se conjuguent pour livrer une balade artistique, fruit d’un travail avec les personnes d’âges et d’origines variés.

>>> une exposition proposée par l’Hôtel de Limur à Vannes jusqu'au 3 février 2019.

Le beau dans le banal

CHRONIQUE

par Isabelle Nivet

On part en promenade dans la ville, au gré du regard curieux qu’a posé Emma sur les lieux, affûté comme celui d’une chasseuse de grives : J’ai travaillé d’après photo parce que je voulais dessiner en grand format, ça n’aurait pas été possible sur place, et à chaque fois que j’arrivais sur un lieu il fallait que je trouve quelque chose. Que je repère les détails, les petites choses. Au collège Saint-Exupéry, le soleil frappe sur les lettres du portail, les dore d’un reflet citronné, elles prennent tout le premier plan, magnifiant ce lettrage bâton, typique des établissements scolaires. Parce que ce qu’Emma voit, c’est l’ordinaire magnifique, transfiguré dans ses cadrages cinématographiques, qui repèrent le beau dans le banal. Un vrai bonheur des yeux pour qui se glisse à sa hauteur pour suivre la trajectoire de son regard, qui trouve directement la perspective, la bonne hauteur, l’angle parfait, qui magnifiera la composition. Et la ville devient alors un réservoir inépuisable de beautés insoupçonnées, comme une cueillette de champignons en compagnie d’un mycologue chevronné, révélant la girolle et la pleurote à nos regards aveugles...

La ville en partage - ©Emma Burr

Aimer le blanc plus que la couleur
Côté technique, on retrouve ses fondamentaux, cette fonte du dessin dans le blanc de sa page ; son caviardage des arbres, où elle remplace les frondaisons par du blanc – jouant sur l’absence et la disparition ; sa facétieuse façon de mettre en avant une chose, une seule, parfois même une toute petite, tellement anodine et pourquoi celle là et pourquoi pas ce bout de toiture, cette enseigne de cinéma banale, ho, là, la minuscule goutte rouge d’une carotte de tabac, cette couleur qui nous réjouit comme l’incursion de la poésie dans le gris du dessin, comme un cadeau à nous, rien qu’à nous.


Crayons de couleurs, crayon à papier, pastels, fusains, aquarelle, tout nous plait, on aime tout d’Emma, qui nous fait voir le monde comme elle le voit elle. Beau.

Un projet de ville
La ville en partage s’inspire d’un projet déjà mené en 2015 à Lorient par Emma Burr : La ville dessinée. D’octobre à décembre 2017, l’artiste a disséminé dans Vannes et ses quartiers des plans vierges que les habitants ont annotés avec force flèches et commentaires, identifiant les lieux qu’ils aimaient. 1000 inscriptions ont été portées, concernant 350 endroits différents. Emma en a retenu 100, classés par thèmes, et accompagnés dans l’exposition par un film de Bettina Clasen, un documentaire qui écoute avec douceur et délicatesse les souvenirs et les coups de cœur des habitants pour tel ou tel coin, répondant à la question « Quel est le lieu que vous souhaiteriez nous faire découvrir et partager ? ». Et ça nous émeut, ces réponses, toutes emplies de petites choses, banales et touchantes, uniques et belles. Comme celle de Mathilde, 18 ans : Mon endroit préféré, c’est un petit passage qui se trouve au-dessus d’une rivière dans le quartier de la Madeleine (...) Donc en fait, tous les matins, je vais à pied au lycée (...) et après j’arrive sur une avenue pleine de voitures (...) Et sur ce petit passage quand on regarde autour de soi on voit une clairière avec un énorme saule pleureur (...) On entend juste les oiseaux (...) C’est un moment très magique où tout s’illumine (...) Il me reste vingt minutes à pied, mais ces deux petites minutes, elles sont magiques.

Merci Mathilde, merci Emma.

Quel lieu souhaitez-vous faire découvrir ?

INTENTION

par Emma Burr et Bettina Clasen

©Emma-Burr,-Bois-Kermesquel
©Emma Burr

Au départ de l’exposition La ville en Partage, il y a une démarche participative impulsée par le service musées-patrimoine posant aux Vannetais la question de ce qu'ils souhaiteraient faire découvrir de leur ville. En menant nos permanences dans différents lieux publics (médiathèques, archives, centres socio-culturels, etc.), nous avons constaté un grand intérêt des citoyens à échanger sur leur ville et à évoquer l’attachement qu’ils lui portent.

À partir des réponses récoltées, Emma s’est mise à dessiner la ville. Généralement on associe Vannes à son centre historique. Mon souhait était de montrer la ville dans sa globalité. J’aime tout autant dessiner l’architecture du 20e siècle, le quartier des Castors, l’immeuble de 11 étages de la CPAM, ou encore les châteaux d’eau. Mais les habitants ont cité en premier lieu les bords de l’eau, le port, les parcs et jardins. Du coup, j’ai dessiné autant de nature que d’architecture.

Pendant ce temps, Bettina a sollicité les habitants pressentis pour exprimer leurs témoignages devant sa caméra vidéo.


Comme pour les dessins, il a fallu faire des choix. La première décision à prendre concernait le cadre des tournages. En créant un studio mobile sur fond gris, tous les protagonistes ont pu être traités à la même enseigne, sans indication de leurs lieux de vie ou de leur contexte social.
En arrivant à Vannes en 2017, j’étais surprise de découvrir une population aux origines aussi diverses. Dans mon film, il me tenait à cœur de représenter des Vannetais•es d'horizons variés. Ce qui m’a motivé dans le projet
La ville en partage c'était l’idée de faire entrer les visages des habitants dans un musée et de faire résonner une multitude de voix au sein de l‘exposition. Et parmi ces voix il y a des accents : allemand, bulgare, comorien… Après tout, Emma Burr et moi nous venons nous-mêmes d’ailleurs !

EMMA BURR

BIOGRAPHIE
Portrait-emma-burr peintre dessinatrice

Née en Grande-Bretagne, près de Manchester dans le nord de l’Angleterre, Emma Burr vit en France depuis 2009, d’abord à Paris et actuellement à Vannes.
Elle a fait des études d’arts plastiques en Angleterre ainsi que de graphisme en France. Elle se consacre au dessin et à l’illustration, après avoir pendant de nombreuses années travaillé la peinture, et en particulier le paysage.
En 2015, elle a réalisé une exposition en lien avec l’animation de l’architecture et du patrimoine de Lorient Emma Burr Lorient, la ville dessinée.

BETTINA CLASEN

BIOGRAPHIE
Bettina-Classen-portrait photographe

À vingt ans, Bettina Clasen quitte Hambourg, son port natal, pour s’installer à Paris et devenir photographe. Sa double culture s’est enrichie de nombreux voyages et reportages, notamment en Afrique.
En 2000, elle devient cinéaste et réalise six documentaires, dont trois pour Arte : Oasis Urbaines Paris (2016), Embarcadères (2003) et Carnets de Maternité (2001), ainsi que : Dans mon Département (Télé Essonne/2010), Bisimila Bienvenue (La Locale TV/2007) et La Marche des Lionnes (TV5/2005).
En 2017, Bettina Clasen s’installe à Vannes.

Artistes cités sur cette page

Emma Burr - autoportrait 2018

Emma Burr

Bettina Clasen

Bettina Clasen

ESPACE PARTICIPATIF

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