Tomber le voile

Vieux cliché du couple -Tous nos voeux de bonheur

C’est dans une courageuse et salutaire mission que s’est engagée la réalisatrice Céline Dréan, en offrant à ses parents un film pour sertir leur histoire d’amour née sous le signe de la honte, celle d’avoir trahi leur engagement ecclésial, car son père était prêtre et sa mère bonne sœur.

Tous nos vœux de bonheur est donc ce moment où se disent des choses jamais dites, se regardent des photos jamais revues, se lisent à voix haute des textes jamais relus. Entreprise d’exhumation, pour donner à ce couple ce dont il avait été privé, le droit de célébrer dignement son mariage et de vivre en paix avec son passé. Un passé dans lequel elle avait dû éteindre sa personnalité, chercher son souffle dans une atmosphère viciée. Et lui, se soumettre à la volonté de sa mère : faire de lui un religieux. Entrer dans les ordres ou dans le chaos. Ils ont choisi, ensemble, de s’arracher à ce déterminisme, condamnés dans le même temps à devenir des parias dans l’Église, à jeter sur leur passé un voile pudique, même auprès de leurs enfants qui n’ont découvert qu’avec le temps ce qu’ils avaient traversé.

Ce film est une réparation, une consolation pour tous ceux qui ont vécu sous la férule de la probité catholique qui, cela n’échappe plus à personne, était loin d’être irréprochable. Agneau de Dieu qui enlève les péchés du monde, prend pitié de nous…

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FILM

TOUS NOS VŒUX DE BONHEUR

de Céline Dréan (2019 - 52')

Christiane était sœur, Gabriel était prêtre. Ils se sont rencontrés en 1971 et ont rompu leurs engagements, contre la hiérarchie et contre leurs familles. Ils se sont mariés, ont eu des enfants et ont mené une vie de militants de gauche, en taisant leurs années passées au sein de l’Église. Gaby et Christiane sont mes parents. Ensemble, nous retraçons cet itinéraire singulier jusqu’ici silencieux. Cette histoire, c’est aussi celle de deux êtres qui ont vécu un véritable bouleversement dans une époque politiquement agitée, où le clergé, le monde du travail, la famille, étaient aussi en plein chamboulement.

Ce film a bénéficié de l’aide à l’écriture Brouillon d’un rêve de la SCAM et du dispositif La culture avec la copie privée

>>> un film produit par Vivement Lundi !

GENÈSE

Une histoire de famille

Parents et Cécile autour de la table - Tous nos voeux de bonheur

Par Céline Dréan

J’ai sans doute commencé à m’intéresser à l’histoire de mes parents autour de cinq ou six ans, à l’âge où l’on pressent qu’ils ne sont pas tout à fait un chevalier courageux et une belle princesse. Mais quand je posais des questions, je n’obtenais que des réponses très évasives sur les conditions de leur rencontre : plus tard, on vous racontera tout ça… . Et puis un jour, face à mon regard dubitatif et aux interrogations de plus en plus pressantes de ma sœur aînée, ils nous ont annoncé, un peu fébriles, que nous étions assez grandes pour entendre leur histoire, et qu’ils nous la raconteraient ce soir-là. Je devais avoir huit ans.


J’attendais avec excitation, et aussi une légère inquiétude. Qu’est-ce qu’ils avaient bien pu faire qui soit si difficile à expliquer ? Mon père avait-il fait de la prison ? Ma mère avait-elle honte de quelque chose de grave ? Au cours du dîner, ils nous racontèrent donc leur rencontre qui avait eu lieu une douzaine d’années plus tôt, en 1971. Il firent assez simple : papa était curé, maman était bonne sœur, et ils sont tombés amoureux. lls ont quitté l’Eglise, et puis ils se sont mariés. Je me souviens de leurs regards amusés, teintés de soulagement, quand nous leur avions répondu, presque déçues : c’est tout ? bah c’était pas la peine d’en faire un plat ! .

A cet âge-là, je ne voyais rien d’extraordinaire au fait de changer d’itinéraire ; j’étais trop jeune pour me demander comment il était possible de passer d’un serment religieux dans l’Eglise catholique des années 60, au syndicalisme actif que nous leur connaissions au quotidien. Je savais seulement qu’ils venaient de nous raconter un secret, et qu’ils nous avaient demandé de le garder. Leur vie d’avant avait eu lieu en Bretagne, et nous habitions à Nantes. Ma mère était secrétaire dans une grosse usine, mon père était gazier, ils étaient militants et ne manquaient pas d’amis. Mais personne, dans leur nouvelle vie, ne connaissait leur histoire, j’ai donc consciencieusement gardé le secret, sans en comprendre la raison.

INTENTION

Creuser dans les souvenirs

par Céline Dréan

Soeurs qui chantent dans l'Eglise - Tous nos voeux de bonheur

UN FILM À TROIS VOIX

Ma voix n’a jamais physiquement existé dans mes précédents films, mais pour celui-ci, j’en suis la narratrice, enfant de ce couple singulier.

Mes parents racontent bien leur histoire. Ma mère aime les détails qui donnent corps à un propos, et peut aussi prendre du recul pour porter un regard sur une situation. Mon père, plus malicieux, est aussi un conteur honorable.

De nombreux souvenirs ont ressurgi de leur côté, dont certains que je ne connaissais pas. Nous les avons filmés se replongeant dans leur histoire d’amour, ensemble ou séparément en fonction des sujets abordés, et toujours en dialogue direct avec moi, la troisième voix du film.


L’IMAGE
J’ai décidé de travailler avec un chef opérateur pour être avec mes parents dans la relation, dans les discussions. Mon expérience limitée de technicienne aurait pu encombrer ma place de réalisatrice et être accompagnée au cadre permettait à notre relation d’exister dans ses différentes dimensions.

J’ai aussi décidé d’être à l’image pour quelques séquences, notamment au moment où le spectateur découvre la nature du secret. Je crois qu’il était important que je sois physiquement engagée dans l’image, avec eux, et pas cachée en dehors du champ, alors qu’eux-mêmes allaient dévoiler tout un pan de leur vie.

LES ARCHIVES FAMILIALES

Mon père possède de nombreuses photos de lui, de la petite enfance, de la prêtrise, en passant par tous les âges intermédiaires. En soutane ou en civil, en famille ou pendant la guerre d’Algérie, je dispose d’une matière importante. Pour ma mère en revanche, il existait très peu d’images et je n’avais pas de photo d’elle en vêtements religieux avait le tournage. Je disposais d’autres types de documents, comme les copies de ses dissertations de philosophie, dont certains paragraphes portent parfois en germe la liberté qu’elle revendiquera plus tard.

D’autres éléments, comme le premier disque que mon père lui a offert, alors qu’ils étaient encore dans les ordres, ou les lettres qu’ils se sont échangés, constituent autant de traces tangibles de leur histoire. Et puis, il y a les photos de leur vie avec nous, leurs filles. Typiques tirages aux bords ronds des années 80, elles constituent, comme dans la plupart des familles, un véritable roman-photo, à une époque où l’appareil est totalement vulgarisé.

UNE ÉGLISE EN PLEIN TROUBLE

L’institution a-t-elle omis d’inscrire le mariage de mes parents sur les registres parce qu’il fallait garder discret ces nombreux départs port-68 ? Ou bien cet oubli est-il aussi lié au désordre ambiant ? C’est une question qui a guidé notre recherche commune au fil du film : sans trace, ce mariage existe-t’il vraiment ?

BIOGRAPHIE

Céline Dréan

Dréan Céline portrait 2021

Installée à Rennes pour ses études, Céline Dréan obtient une maîtrise de cinéma. Elle entame son parcours professionnel à la fin des années 90 en assurant la direction de production de films d’animation et de documentaires pour Vivement Lundi !. Travailler aux côtés des auteurs éveille chez elle un désir de film qui s’affine peu à peu. Elle réalise en 2004 son premier documentaire et décroche en 2011 une Étoile de la SCAM pour son film Le veilleur, un portrait sensible de l’artiste franco cambodgien Séra. De son parcours de production, elle garde le goût de l’éclectisme et ne s’interdit aucune passerelle entre les genres.

En 2012, elle s’essaie naturellement aux nouvelles écritures en réalisant le webdocumentaire Dans les murs de la Casbah (Prix de l’œuvre multimédia, PriMed-Prix international du documentaire et du reportage méditerranéen 2013, Grand prix Festival du film universitaire pédagogique 2014, MEDEA Award 2014). Puis elle aborde d’autres écritures hybrides mêlant animation et documentaire, à destination du jeune public.


Elle écrit et réalise ainsi la web-série ludo-éducative Dis-moi Dimitri (Prix animation de la catégorie Professionnels, 1er Africa Web Festival, Abidjan 2014) et développe Oh la vache (10 x 3’) également destiné aux tous petits, en français et en breton. En parallèle de ces œuvres pour le web, filmer le réel reste au cœur de son travail, dans ses projets mais aussi dans l’accompagnement d’autres auteurs en écriture. En 2016 et 2017, elle réalise la web-série Brest 1937 et termine L'hippodrome, un film documentaire grand format en immersion dans le temple du trot à Vincennes.

En 2019, elle sort Tous nos vœux de bonheur.

REVUE DU WEB

Mariage et révolutions au cœur de l'Église

L’ABÉCÉDAIRE >>> Les années 1960. Yvon Tranvouez revient sur les turbulences qui ont accompagné le concile de Vatican 2 de 1962 à 1965 avec la volonté de réconcilier l’Église et le monde moderne et qui se sont poursuivies avec mai 1968 lorsque les premières décisions du concile ont commencé à être mises en œuvre.

UNIDIVERS >>> Des milliers d’étudiants dans les rues des villes bretonnes, des cheminots en grève, des actions coup de poing de paysans acculés par la surproduction… Il y a 50 ans, la Bretagne faisait son mai 68. L’historien Christian Bougeard a publié une synthèse des travaux existants sur la période, pour apporter un éclairage sur Les années 68 en Bretagne.

OUEST FRANCE >>>Le rapport Sauvé a réveillé le débat sur le célibat des prêtres : s’il n’est pas responsable des violences sexuelles, cet engagement a contribué au fil des siècles à donner au prêtre l’image d’un homme à part, favorisant ainsi les abus de pouvoir, expliquent plusieurs chercheurs.

COMMENTAIRES

  • 27 Février 2022 13:29 - Valérie MARIÈS

    Magistral et extrêmement sincère et émouvant, Merciii

  • 22 Février 2022 11:24 - De Ronne Manuèla

    Bonjour . Ce documentaire m'a fortement touchée. Merci .Manuèla

CRÉDITS

réalisation Céline Dréan
image Julien Bossé
son Corinne Gigon

montage Denis Le Paven
lieux de tournage Sainte-Luce-sur-Loire, Vannes, Lorient, Locminé, Versailles

coproduction Vivement Lundi ! Et France Télévisons
avec le soutien du CNC, de la Région Bretagne, de la PROCIREP et de l’ANGOA
avec la participation de TV Rennes, Tébéo, TébéSud

Artistes cités sur cette page

Dréan Céline portrait 2021

Céline Dréan

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