Art paléolithique

Archéologue regarde à la loupe

Projeter des images mentales sur un support pérenne pour rendre durable leur représentation. Non, ce n’est pas le raisonnement d’un cinéaste qui se souvient avec nostalgie du temps de la pellicule argentique, c’est celui d’un dessinateur du Paléolithique. Son support : des plaquettes de schiste et son atelier : une caverne entre Landerneau et Plougastel.

14 000 ans plus tard, les pas de Michel Le Goffic croisent ceux de notre dessinateur. Il lui faudra encore patienter 30 ans pour que démarre un chantier de fouille car, petit détail, un bloc de 50 tonnes s’est détaché du plafond de la caverne, rendant difficilement accessible le fonds d’œuvres de notre artiste.

Ainsi, dans Le murmure des pierres de Benjamin Durieux, l’on assiste comme si l’on y était, à l’exhumation des plus anciennes traces d’art de Bretagne.

LE MURMURE DES PIERRES

de Benjamin Durieux (2019 - 27')

Le temps d’un été, un groupe d’archéologues s’affaire autour d’un abri sous roche isolé au milieu des bois. Jour après jour, ils observent minutieusement chaque détail au sol, collectant des fragments de pierre à la recherche d’une trace, d’un vestige issu d’un temps lointain, la Préhistoire, il y a 14 000 ans.

L’image disparue

INTENTION
gros plan pierre gravée

par Benjamin Durieux

Avec ce film, je voulais traiter trois choses qui me paraissent importantes : l’image, le temps et leurs inscriptions respectives dans la matière même du travail des archéologues, à savoir la pierre.

La question qui en découlerait pourrait être ainsi la suivante : comment à partir d’un paysage, de la pierre, des fragments de roche, de l’observation d’un sol, du regard posé sur des outils de pierre taillée, etc., comment les archéologues tentent de reconstituer une image du passé, de se représenter la figure de ces hommes qui ont vécu il y a près de 14 000 ans. On pourrait ainsi faire le lien entre l’archéologie et le cinéma, les archéologues étant finalement à la poursuite d’une image, d’une représentation. Cette enquête scientifique et cette quête de l’image disparue s’apparente aussi selon moi à une poursuite de fantômes, les fantômes de l’Histoire en quelque sorte. Les archéologues tout en gardant une rigueur propre à la science se projettent tout le temps, imaginent le lointain, créent des images mentales qu’ils transmettent par la suite. Pour autant l’impossibilité de se représenter complètement les hommes préhistoriques amène le fantasme et le mystère, dans une présence de ces hommes lointains à l’état de traces et en même temps dans leur absence physique, qui se traduit par les limites de l’interprétation scientifique.


Afin de reconstituer cette image du passé, les archéologues dans leur travail quotidien de fouilles, creusent la terre, remontant le temps par strates géologiques à la poursuite de cette image, recherchant les traces et les signes inscrits dans la matière minérale. Ils trient ensuite ces fragments de pierre parfois minuscules qui sont autant de fragments de temps éparpillés entre leurs mains, soumis à l’attention de leur regard. Ils remontent ainsi le temps, comprennent le monde à travers la matière, observent leur environnement et se projettent dans le passé.

J’ai souhaité partir d’abord du travail concret, de la recherche des fragments, de leur tri, de leur observation minutieuse. Je voulais montrer comment les archéologues par différents procédés et outils techniques parviennent à faire parler ces pierres, leur donner du sens et de la vie et en fin de compte à créer une image, à projeter un imaginaire. Je voulais donc qu’une partie du film observe le quotidien des fouilles sous cet angle là en mettant en avant les gestes, les regards, les discussions autour d’une découverte. Je voulais également montrer l’inscription du temps et son passage dans la matière à travers des plans du relief de la paroi, de la matière creusée, la terre, la glaise, la boue. Je souhaitais aussi, en termes de mise en scène, essayer de faire ressentir cette part d’imaginaire et de présence/absence des hommes de l’Azilien. Je voulais partir du travail concret de la science et ajouter à cette dimension une forme de poésie, de rêverie, de mystère propre à ce que je pourrais nommer l’inconscient du lieu.

Je voulais ainsi que se mêlent le présent et le passé, le proche et le lointain, le quotidien des fouilles et l’imaginaire que suscite le site du rocher de l’impératrice rendu à lui-même une fois la nuit tombée.

Benjamin Durieux

BIOGRAPHIE
Portrait réalisateur Benjamin Durieux

Né en 1986 à Brest, Benjamin Durieux s’oriente dans un premier temps vers des études de sociologie. Rattrapé par son amour du cinéma, il décide en 2015 d’entamer une année de professionnalisation en cinéma documentaire au sein du Master 2 Image et société, à Évry. Cette année d’étude sera déterminante dans la suite de son parcours puisqu’elle lui permettra par la suite, avec l’appui d’Élie Séonnet, de réaliser son premier documentaire, Les hommes de l’horizon, à voir sur KuB. Ce film traite du rapport lointain et parfois difficile qu’entretiennent les marins de commerce avec leurs proches restés à terre.

Fouilles archéologiques

REVUE DU WEB

OUEST FRANCE >>> Les fouilles archéologiques au pied du rocher de l’Impératrice ont recommencé, un site a été découvert par hasard il y a 31 ans, par Michel Le Goffic. J’y ai trouvé des silex d’une dizaine de centimètres ! raconte l’archéologue, désormais retraité.

FINISTERE.FR >>> Des œuvres d’art vieilles de 14 000 ans, les plus anciennes de l’histoire bretonne, étaient cachées sous le rocher de l’Impératrice, à Plougastel-Daoulas (29). Une équipe d’archéologues les a mises au jour.

FRANCE CULTURE >>> Carbone 14, la magazine de l’archéologie : la pierre d’Angoulême, une plaquette de grès figurant, entre autres, un cheval gravé.

CRÉDITS

réalisation Benjamin Durieux
image, son Benjamin Durieux, Ronan Loup

montage Ronan Loup
musique originale Jacques Henry

Artistes cités sur cette page

Portrait réalisateur Benjamin Durieux

Benjamin Durieux

ESPACE PARTICIPATIF

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