Mémoire fossile

Destruction de tour - La maison de poussière

Dans les années 50-60, la France construit en urgence des logements en périphérie des villes, pour loger l’afflux des populations rurales, des rapatriés et de ceux qui vivaient dans l’insalubrité. Ces immeubles verticaux ont par la suite été qualifiés de tous les maux : cages à lapins, cités de la peur…

Jean-Claude Rozec, l'auteur de La maison de poussière a grandi dans l’une de ces tours, à Lorient, ville reconstruite en urgence après les bombardements des Alliés en 43-44. Soixante ans plus tard, elles doivent disparaître du paysage.

Le réalisateur convoque ses souvenirs dans un dessin animé plein de sensibilité et de nostalgie, car la tour en démolition était aussi une maison commune, grouillant de vie. Au-delà de la question de l'habitat social, Rozec nous entraîne dans une méditation sur les ruines, ces amoncellements de gravats qui contiennent des parcelles de mémoire fossilisée, prêtes à se réactiver comme dans un rêve.

LA MAISON DE POUSSIÈRE

de Jean-Claude Rozec (2013 – 11’)

Lentement, les mâchoires d’acier dévorent la vieille tour HLM. Une ancienne occupante s’engouffre dans les décombres, à la poursuite d'enfants imprudents. Commence alors un drôle de voyage au cœur de cette maison qui abrite tant de souvenirs...

>>> un film produit par Vivement Lundi ! et Blink Productions

Rêveries de béton

INTENTION

par Jean-Claude Rozec

Décombres - La maison de poussière

À l'origine de La Maison de Poussière, il y a le portrait d’un lieu, une tour de quatorze étages, semblable à mille autres. À ma grande surprise, je n’étais pas le seul à éprouver ce curieux sentiment : dans les mois qui ont précédé son anéantissement, le bâtiment avait été transformé en musée éphémère par d'anciens locataires. Les superbes installations artistiques étaient une sorte de linceul avant la disparition définitive du site. Pourquoi une telle émotion face à l’écroulement d’un immeuble? Sans doute parce que ses fondations plongent au plus profond de la mémoire de ses habitants. Ce n’est pas une grande perte pour l’architecture.
Vous n’auriez pas aimé vivre dans cette tour. Moi-même, je ne peux plus concevoir d’y habiter bien qu’y ayant passé les dix premières années de ma vie. À l’époque, ce cube de béton était le théâtre de mes rêveries d’enfant. Il y avait sans doute déjà des voitures brûlées et des agressions à l’arme à feu mais ces drames échappaient à ma perception.


Je ne m’attendais pas à ressentir ce petit pincement au cœur quand j’ai découvert les ruines de mon immeuble déconstruit.
À travers l’histoire d’ Yvette, une femme forcée de quitter l’appartement qu’elle a occupé pratiquement toute sa vie, j’ai voulu essayer de réfléchir sur ces bâtiments sans réel ancrage historique et pourtant chargés de souvenirs. Derrière ces façades de béton, il y a des gens qui ont vécu. Les fantômes de pierre qui surgissent des décombres guident l’héroïne, l’emmenant dans une zone où son passé et ses rêves s’entremêlent. Le récit suit les soubresauts de sa mémoire ravivée par les ruines, avec ce que cela comporte d’associations d’idées, d’imprécisions et de fantasmes.
Au cours de cette forme d’archéologie onirique, le film interroge le concept de maison : plus qu’un lieu physique, la tour devient au fur et à mesure un espace mental, imprégné d’émotions joyeuses ou tristes, des rêves et de blessures secrètes. En disparaissant, ce sont de multiples souvenirs qui partent en poussière.

JEAN-CLAUDE ROZEC

BIOGRAPHIE
Jean Claude Rozec ©Andre-Gobeli

Né en 1978 à Lorient, Jean-Claude Rozec suit des études de Lettres Modernes puis d'Arts du spectacle à l'université Rennes 2 où il obtient une Licence de cinéma en 2000.
Il a fait plusieurs stages dans les sociétés de production rennaises en tant que décorateur. Il est un membre fondateur de l'Association Blink.
Outre la décoration et l'animation, Jean-Claude Rozec est aussi storyboarder et intervenant dans les écoles et à l'université.

Sombre et onirique

REVUE DU WEB

FESTIVAL D’ANNECY, Les P’tits Déj du court >>> Au début j'étais plutôt parti pour un film pour enfants et finalement en développant le film, l'histoire m'a amené vers un ton plus sombre et plus sérieux que ce que j'avais prévu ou ce que j'ai fais avant.

OUEST FRANCE >>> Sujet universel autour de ces logements, fruits d'une véritable utopie à leur construction, symbole de mixité, d'égalité, et dont la destruction aujourd'hui provoque dans les villes une petite révolution urbaine, mais aussi beaucoup d'émotion. Jean-Claude Rozec bâtit la maison de poussière.

FORMAT COURT >>> La ville change, mue au fil des travaux de rénovation, comme la destruction de ces grands ensembles des années 1960-70, aujourd’hui vétustes et dans lesquels l’héroïne du film de Rozec, une femme entre deux âges, d’une banalité touchante, a passé la majorité de son existence.

CRÉDITS

réalisation Jean-Claude Rozec
écriture, graphisme, storyboard et animatique Jean-Claude Rozec
layout David Roussel
décors Angélique Olivier, David Roussel
compositing Sylvain Lorent

montage image Jean-Claude Rozec
montage son / design sonore Arnaud Bordelet
mixage Yann Legay

une coproduction Vivement Lundi !, Blink productions
avec la participation de France 2, TVR, Tébéo et Tébésud, le CNC, la Région Bretagne, Procirep, Angoa
avec le soutien du département de Loire Atlantique

Artistes cités sur cette page

Jean Claude Rozec ©Andre-Gobeli

Jean Claude Rozec

ESPACE PARTICIPATIF

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