Journal breton, saison #2

Une nouvelle saison de documentaires sonores par Inès Léraud

Après son Journal breton, saison #1 en huit épisodes (2016), Inès Léraud nous redonne des nouvelles du pays, depuis Coat-Maël en Centre Bretagne dans les Côtes d'Armor, où elle a posé ses valises. Ce sera Journal breton, saison #2, toujours dans l’émission de France Culture : les Pieds sur terre.
Bonne idée de suivre dans le temps l’évolution des choses, ce qui naît et ce qui disparaît, les changements de parcours révélateurs de la transformation des campagnes ! Une réelle documentation du contemporain par le témoignage des vrais gens, qui vivent localement les grands désordres du monde : la crise migratoire, l'empoisonnement de la nature par les intrants chimiques...
Toujours placide, un tantinet malicieuse, Inès Léraud enquête.

Serge Steyer

Auteur-réalisateur d’une trentaine de documentaires et d’une fiction, auteur d’articles et de publications papier pour Films en Bretagne, dont Photographie de l’activité cinématographie et audiovisuelle en Bretagne (2009) et Réinventons l’audiovisuel public (2013).

santé/médecine agriculture environnement paysage

1. QUE SONT-ILS DEVENUS ?

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Pour ce premier épisode, Inès Léraud revient au bistrot-tabac-pompe-à-essence de Yolande, attenant au garage tenu par son mari Camille. La maison est un point de convergence des villageois pour discuter autour d'un verre, le temps d'une vidange, sauf que le garage a fermé le 31 décembre 2016. Du coup y a moins de monde qui passe. Yolande fait le bilan des charges qui pèsent sur la station-service - classée Seveso ! - la nécessité de faire de grosses journées au comptoir pour faire rentrer un peu d’argent. Les charges, les normes, tuent le commerce de proximité dit le maire, et la station-service risque d’être le prochain sur la liste. Un monde peu à peu se délite.
Chez Janine aussi, les choses ont changé. En 2016 encore, son fils, à la tête d’un poulailler de 200 000 poules pondeuses, circulait dans son 4x4 rutilant dans la campagne finistérienne. On pensait que tout allait bien pour lui. Alors pourquoi s’est-il suicidé ?
À ce point de l’histoire, les ténèbres semblent irrémédiablement s’étendre sur Coat-Maël, jusqu’à ce qu’une tripotée de gamins de la ferme n’entrent dans le jeu, racontant leur rapport aux vaches, celles avec des cornes et un nom. Ces gamins aiment leurs vaches, bien qu'ils en mangent tous les midis. C’est le grand père qui les décortique, eux mettent la viande dans les sacs. Cette nuit, ils assistent au vêlage de Hulotte.
L’accouchement en direct de cette vache laitière qui tente une reconversion dans la maternité est un moment de grâce radiophonique, qui remet du baume au cœur de qui pourrait croire à la fin des haricots.

2. DES NOUVELLES DES VOISINS

Des nouvelles de Thierry,

fils d’agriculteur, en invalidité depuis l’âge de 35 ans et qui du coup s’est investi dans la vie associative. Jadis bénévole à la jungle de Calais, il a fini par accueillir Tony, un migrant. Là-bas, il a été bouleversé par l’inhumanité des conditions de vie et par l’humanité de ceux qui prennent le parti de la solidarité, parmi les aidants, parmi les migrants. Tony a tenté vingt-cinq fois de traverser la Manche. Détecté au scanner ou par les chiens, il n’a jamais réussi à sortir de France. La jungle était aussi un rêve, elle a disparu en deux jours, comme un mirage, partie en fumée dit Thierry. Et Tony qui voyait son monde précaire s’évanouir, s’est vu proposer l’hospitalité en Centre Bretagne ! Tony, c’est un peu comme quelqu’un de la famille. La jungle m’a appris qu’on pouvait vivre de très peu, un feu, quelques amis, de l’humanité… La belle histoire ne s’arrête pas là car des voisins de Thierry ont organisé l’arrivé d’autres migrants. Mais chut ! Toutes ces mobilisations pour des illégaux sont interdites par la loi.


Des nouvelles d’Yves-Marie Lelay,

qui se bat contre les marées vertes depuis 15 ans et grâce à qui le jogger mort dans l'estuaire du Gouessant en septembre 2016 n'est pas passé inaperçu ! Cet estuaire, c’est l’endroit où une horde de sangliers avaient déjà été retrouvés morts. Il n’empêche que l’homme sera inhumé sans qu’aucune recherche ne soit faite sur l’origine de son décès. Les militants associatifs ont beau démontrer la présence de forts taux d’hydrogène sulfuré, hautement toxique, pointer la disparition des oiseaux dans la réserve naturelle… la version officielle ne varie pas : il n’existe pas de lien avéré avec les algues vertes. 
Dans une région où un emploi salarié sur trois est lié à l’agroalimentaire, il semble décidément difficile de regarder les choses en face. Plus les victimes s’accumulent plus le déni s’amplifie. 


3. LA FAMILLE JORDAN

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Pour ce troisième épisode de la saison 2 de son Journal breton, Inès Léraud nous conduit à la rencontre d’une famille décroissante, les Jordan.
Après Los Angeles et Paris, après le Mexique, c’est à Ploërdut, dans le Morbihan, qu’ils se sont installés. Sortis du salariat (elle fut prof, lui ingénieur), ils vivent avec 2000 € par mois, pour six ! Ils pourraient quasiment se passer d’argent, se nourrissant de leurs légumes et de leurs animaux, se chauffant au bois, se déplaçant à vélo ou en mobylette… Pressentant la fin du monde, ou la fin d’un monde, ils ont choisi de se fabriquer un petit paradis. Ayant retrouvé le temps de vivre, d’être en phase avec l’enchantement de la nature, ils passent d’une activité à l’autre sans plus avoir le sentiment de travailler. Leurs journées oscillent entre contemplation et production ; plus besoin de montre, ils vivent au temps du soleil. Les repas sont préparés ensemble, les tâches sont indifféremment réparties entre hommes et femmes, sauf le meurtre des animaux, réservé au père. Lapins, moutons, cochons… il se prépare, parfois plusieurs jours à l’avance, à enlever proprement la vie des animaux


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