Journal breton #2

journal breton saison 2 inès léraud

Les vrais gens

Après son Journal breton, saison #1 en huit épisodes (2016), Inès Léraud nous redonne des nouvelles du pays, depuis Coat-Maël en Centre Bretagne dans les Côtes d'Armor, où elle a posé ses valises. Ce sera Journal breton, saison #2, toujours dans l’émission de France Culture : les Pieds sur terre.
Bonne idée de suivre dans le temps l’évolution des choses, ce qui naît et ce qui disparaît, les changements de parcours révélateurs de la transformation des campagnes ! Une réelle documentation du contemporain par le témoignage des vrais gens, qui vivent localement les grands désordres du monde : la crise migratoire, l'empoisonnement de la nature par les intrants chimiques...
Toujours placide, un tantinet malicieuse, Inès Léraud enquête.

1. QUE SONT-ILS DEVENUS ?

journal breton saison 2 inès léraud

Pour ce premier épisode, Inès Léraud revient au bistrot-tabac-pompe-à-essence de Yolande, attenant au garage tenu par son mari Camille. La maison est un point de convergence des villageois pour discuter autour d'un verre, le temps d'une vidange, sauf que le garage a fermé le 31 décembre 2016. Du coup y a moins de monde qui passe. Yolande fait le bilan des charges qui pèsent sur la station-service - classée Seveso ! - la nécessité de faire de grosses journées au comptoir pour faire rentrer un peu d’argent. Les charges, les normes, tuent le commerce de proximité dit le maire, et la station-service risque d’être le prochain sur la liste. Un monde peu à peu se délite.
Chez Janine aussi, les choses ont changé. En 2016 encore, son fils, à la tête d’un poulailler de 200 000 poules pondeuses, circulait dans son 4x4 rutilant dans la campagne finistérienne. On pensait que tout allait bien pour lui. Alors pourquoi s’est-il suicidé ?


À ce point de l’histoire, les ténèbres semblent irrémédiablement s’étendre sur Coat-Maël, jusqu’à ce qu’une tripotée de gamins de la ferme n’entrent dans le jeu, racontant leur rapport aux vaches, celles avec des cornes et un nom. Ces gamins aiment leurs vaches, bien qu'ils en mangent tous les midis. C’est le grand père qui les décortique, eux mettent la viande dans les sacs. Cette nuit, ils assistent au vêlage de Hulotte.
L’accouchement en direct de cette vache laitière qui tente une reconversion dans la maternité est un moment de grâce radiophonique, qui remet du baume au cœur de qui pourrait croire à la fin des haricots.

2. DES NOUVELLES DES VOISINS

Des nouvelles de Thierry,

fils d’agriculteur, en invalidité depuis l’âge de 35 ans et qui du coup s’est investi dans la vie associative. Jadis bénévole à la jungle de Calais, il a fini par accueillir Tony, un migrant. Là-bas, il a été bouleversé par l’inhumanité des conditions de vie et par l’humanité de ceux qui prennent le parti de la solidarité, parmi les aidants, parmi les migrants. Tony a tenté vingt-cinq fois de traverser la Manche. Détecté au scanner ou par les chiens, il n’a jamais réussi à sortir de France. La jungle était aussi un rêve, elle a disparu en deux jours, comme un mirage, partie en fumée dit Thierry. Et Tony qui voyait son monde précaire s’évanouir, s’est vu proposer l’hospitalité en Centre Bretagne ! Tony, c’est un peu comme quelqu’un de la famille. La jungle m’a appris qu’on pouvait vivre de très peu, un feu, quelques amis, de l’humanité…


La belle histoire ne s’arrête pas là car des voisins de Thierry ont organisé l’arrivé d’autres migrants. Mais chut ! Toutes ces mobilisations pour des illégaux sont interdites par la loi.


Des nouvelles d’Yves-Marie Lelay,

qui se bat contre les marées vertes depuis 15 ans. C'est grâce à lui le jogger mort dans l'estuaire du Gouessant en septembre 2016 n'est pas passé inaperçu ! Cet estuaire, c’est l’endroit où une horde de sangliers avaient déjà été retrouvés morts. Il n’empêche que l’homme sera inhumé sans qu’aucune recherche ne soit faite sur l’origine de son décès. Les militants associatifs ont beau démontrer la présence de forts taux d’hydrogène sulfuré, hautement toxique, pointer la disparition des oiseaux dans la réserve naturelle…


la version officielle ne varie pas : il n’existe pas de lien avéré avec les algues vertes.

Dans une région où un emploi salarié sur trois est lié à l’agroalimentaire, il semble décidément difficile de regarder les choses en face. Plus les victimes s’accumulent plus le déni s’amplifie.


3. LA FAMILLE JORDAN

journal breton saison 2 episode 3

Pour ce troisième épisode de la saison 2 de son Journal breton, Inès Léraud nous conduit à la rencontre d’une famille décroissante, les Jordan.
Après Los Angeles et Paris, après le Mexique, c’est à Ploërdut, dans le Morbihan, qu’ils se sont installés. Sortis du salariat (elle fut prof, lui ingénieur), ils vivent avec 2000 € par mois, pour six ! Ils pourraient quasiment se passer d’argent, se nourrissant de leurs légumes et de leurs animaux, se chauffant au bois, se déplaçant à vélo ou en mobylette… Pressentant la fin du monde, ou la fin d’un monde, ils ont choisi de se fabriquer un petit paradis. Ayant retrouvé le temps de vivre, d’être en phase avec l’enchantement de la nature, ils passent d’une activité à l’autre sans plus avoir le sentiment de travailler. Leurs journées oscillent entre contemplation et production ; plus besoin de montre, ils vivent au temps du soleil. Les repas sont préparés ensemble, les tâches sont indifféremment réparties entre hommes et femmes, sauf le meurtre des animaux, réservé au père.


Lapins, moutons, cochons… il se prépare, parfois plusieurs jours à l’avance, à enlever proprement la vie des animaux.


4. MARILIA

journal breton saison 2 épisode 4

Inès Léraud continue de prendre des nouvelles des uns et des autres... ici à Trémargat avec Marilia, qui racontait dans la saison #1 du Journal breton son hallucinante expérience de voyage en Sibérie orientale. Ce récit, nous avons ici l’occasion de le réécouter, avant de découvrir la suite de l’histoire, ses nouveaux rebondissements !

À 25 ans, Marilia s’était en allée, avec un gars de Trémargat, pour faire un tour à vélo : un tour du monde des forêts primaires. Elle le suivra jusqu’à la Taïga russe (au-dessus de la Mongolie) à Krasnaïa, où elle décide de rester, tant l’appel d’une somptueuse nature se fait pressant. C’est là qu’elle rencontre Kostia, un chasseur-pêcheur udège, un peuple de nomades qui vit dans et par la forêt. On s’était trouvé quoi ! Marilia garde, imprimées en elle, les sensations de cette vie aventurière, en forêt tout le temps ; les mutations du paysage, permanentes. Tout est vivant, dynamique. Bientôt naît un enfant, puis un second…
Récit idyllique de la vie dans la « baraque » de 5 mètres sur 5,


construite dans une petite clairière avec son jardin gagné sur la forêt, les animaux sauvages tout autour d’eux, la solitude du grand hiver (- 35°C), les premiers voisins à 7 km et pas de motoneige… On croit entendre le récit d’une nouvelle Genèse… jusqu’à ce que Kostia ne se laisse embraser par la vodka, et ne meure dans une rixe.
L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais quelques jours après ce premier récit au micro d’Inès Léraud, Marilia repartait là-bas avec ses enfants et deux amis trémargatois. Avec leur aide, elle a démonté et déplacé de 40 km la petite maison de bois construite par Kostia. À l'époque, ils avaient acheté un terrain dans un village isolé : c’est là qu’elle remonte la baraque et lui ajoute une véranda. Elle restera là un an, avec ses enfants, y compris l’hiver, sans école, sans ravitaillement. Le potager ne donnant que l’été ils se nourrissent de plantes sauvages : ail des ours, fougères, cynorhodon, pousses de boulot, de tilleul… Marilia a pu ainsi reconnecter ses enfants à leur terre et asseoir sa présence dans le village sibérien.

LA FABRIQUE DU SILENCE

SUITE

Retrouvez la suite des épisodes sur la page KuB La fabrique du silence !

Sans peur et sans relâche

REVUE DU WEB

LE MONDE, Martine Delahaye >>> Ce journal, la documentariste l’aura tenu au fil de deux saisons (2016-2018) depuis la première région agroalimentaire française, en enquêtant principalement auprès de la France des invisibles : des habitants, agriculteurs et ouvriers agricoles, victimes ou malades de l’agrobusiness en Centre Bretagne.

TÉLÉRAMA, Carole Lefrançois >>> Les grandes vocations naissent souvent de combats inti­mes. Inès Léraud avait amorcé des études de cinéma quand la vraie vie l’a rattrapée, moins glamour, nettement plus prenante. Voyant sa mère lour­dement diminuée par une « maladie étrange », l’étudiante a commencé à enquêter dessus en 2004.

CRÉDITS

Journal breton d'Inès Léraud
produit par France Culture
pour LES PIEDS SUR TERRE, une émission de Sonia Kronlund

réalisation #1, 3 & 4 Emmanuel Geoffroy
réalisation #2 Jean-Christophe Francis
réalisation #5 Cécile Laffon

crédits photos Inès Léraud, Dimitri Burdzelian

Artistes cités sur cette page

ines Léraud KuB

Inès Léraud

ESPACE PARTICIPATIF

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