Les musiques actuelles au bunker

Hydrophone - Public

Un lieu culte dans lequel retentit un dernier hurlement de guitare électrique après trente années de programmation de musiques actuelles et un lieu tout neuf qui ouvre ses portes, c’est l’histoire que vit la MAPL en ce début 2019.

En passant du Manège à Hydrophone, l’association sort du centre-ville pour s’installer sur les rives de la rade de Lorient, dans l’ancienne base sous-marine construite en 1941 par les Allemands, un quartier qui achève sa conversion, après que s’y soient installés le pôle de course au large, de stratégies navales, de prévention des risques en mer, d’archéologie sous-marine et le port de pêche de Keroman. Une diversité d’activités qui ne manquera pas d’attirer de nouveaux publics vers les deux scènes d’Hydrophone, nichées dans l’une des alvéoles de la cathédrale de béton armé.

DU MANÈGE A L'HYDROPHONE

par Hervé Portanguen (2019 - 5’)

À Lorient, les années 85-95 ont vu la ville sortir de la torpeur avec l’embellissement du centre-ville, la piétonisation des rues, les nouveaux équipements comme le théâtre, la piscine, compléteront la dynamique transformation de la cité.

Puis le quartier Keroman est sorti de terre, la Cité de la voile est entrée dans les esprits. Le nom de Tabarly est désormais attaché à Lorient, les constructions industrielles et d’habitat se sont succédées, pour développer le quartier, l’animer. Les alvéoles à sous-marin abriteront désormais les nouvelles technologies de développement des courses au large, les pontons aménagés à proximité complètent les installations, au pied de la Cité de la mer, porte étendard du renouveau du quartier.


La mixité des activités est de mise. Professionnels et grand public s’approprient le secteur qui demeure tourné vers la mer. La base sous-marine est un élément patrimonial avec le musée, le sous-marin le Flore. Les animations ne manquent pas pour intégrer les alvéoles dans des circuits culturels.

Aujourd’hui, pour encore plus valoriser les lieux, les intégrer judicieusement à la vie de l’agglomération, compléter l’activité vers le culturel, la jeunesse et trouver une vocation pertinente à l’imposante architecture indestructible, les alvéoles du K2 se transforment en lieu de concert pour les musiques dites actuelles (pop, rock, rap, électro...). Une manière d’intégrer le blockhaus herculéen à l’aménagement urbain, transformer la verrue en un élément fort, l’intégrer complétement à la vie, sans tenter de le contourner, l’éviter, l’ignorer. Patrimoine, lieu culturel majeur, pôle économique marin, lien maritime préservé, l’Histoire racontée, la reconversion pluridisciplinaire est saisissante, équilibrée, harmonieuse pourrait-on dire. Le pari n’était pas gagné devant ce qui fut quand même le point de départ de la bataille de l’Atlantique avec les milliers de navires (civils et militaires) coulés par la meute des Loups gris de Donitz.

Les lieux porteront le nom d’Hydrophone, mariage du son et de l’eau, mais Hydrophone aurait pu se nommer Phénix. Les deux alvéoles du K2 dédiées au projet ainsi que les espaces adjacents vont transformer la vocation guerrière et maritime du gigantesque édifice.

Peut-être a-t-il fallu deux ou trois générations pour que la cicatrice se panse et se pense autrement ?

HYDROPHONE, LE CHANTIER

GENÈSE

Construction allemande datant de la Seconde Guerre Mondiale, l’ancienne base de sous-marins de Lorient est un vestige patrimonial indestructible. C'est dans une alvéole de béton armé qu'Hydrophone prend place. L’idée a été de construire deux équipements dans l’alvéole, un à chaque extrémité, pour en faciliter l’accès et bénéficier de la lumière naturelle.
Au nord, la partie nuit, avec l’accès à une grande salle de 500 places, ses loges et un club de 120 places adapté aux résidences d’artistes.
Au sud, les bureaux et les cinq studios de répétitions, dont un grand studio de 70 m2 et régie principale reliée à tous les studios, une salle MAO (musique assistée par ordinateur) et six bureaux.

Noël Frocrain, architecte du projet : Face à ce site chargé d’histoire et de signes, à sa forte densité émotionnelle faite de colosses de béton, monumentaux et écrasants, l’enjeu était de taille pour arriver à réaliser un équipement accueillant, chaleureux, à échelle humaine, et qui réponde à ses fonctions principales : un espace ressource pour les musiciens ainsi qu’un outil de pré-production et de diffusion. Une intervention d’architecture sur un tel site se devait d’être intemporelle. Le fil conducteur de ce travail a été de chercher la fonctionnalité de l’équipement, de préserver l’histoire du lieu et d’exploiter les sensations et les émotions qu’apporte ce site par ses matières, ses dimensions et sa mémoire.


Le parti pris du projet est de repenser les rapports entre l’architecture et la fonction, de chercher à voir à quel point l’architecture peut s’adapter à la fonction et jusqu’à quel degré elle peut s’en éloigner. La démarche est d’inscrire une fonctionnalité dans un tel volume, tout en préservant et en développant les sensations qu’apportent un tel lieu par son espace, son histoire et son architecture.

Entre la salle de concert et les studios, la jonction se fait par une passerelle ancienne et restaurée, tout comme les ponts roulants, les portes blindées et quelques éléments de décor dans leur jus.
Propriétaire des lieux, Lorient Agglomération a mené un chantier de plusieurs mois dans un vaste espace resté libre dans le K2, avec la volonté de conserver au maximum l’aspect originel du site - les bétons et la porte monumentale notamment - tout en travaillant avec des acousticiens afin d’obtenir un son qualitatif. L'idée était aussi d’apporter une nouvelle attractivité et de nouveaux usages pour que ce site devienne un quartier de la ville.

Le chantier a été, de fait, hors normes, les dimensions du bâtiment étant monumentales, avec une alvéole de 120 m de long, 15 m de large et 15 m de haut. L’épaisseur des murs (2,50 m de béton) et du toit (4 m de béton) ont demandé des techniques spécifiques.

MAPL / HYDROPHONE

L’association Musiques d’Aujourd’hui en Pays de Lorient (MAPL) voit le jour en 1993. 25 ans pus tard, elle est un acteur majeur de l'agglomération et du département.
Jusqu’à fin 2018, MAPL a géré Les Studios, lieux de répétitions et d’enregistrement sous les halles de Merville en centre ville. Parallèlement, elle a fait la programmation de concerts au Manège. À l’étroit dans ces infrastructures, l'association cherche, dès les années 2000 un nouveau lieu. En 2013, Lorient Agglomération valide son implantation dans le bloc K2 de l’ancienne Base de sous-marins. Ce projet hors norme est lancé en octobre 2017, Hydrophone ouvre ses portes après seize mois de travaux. MAPL y propose désormais des lieux de pratique, de création, de médiation et de diffusion de musiques actuelles.


Au quotidien, MAPL c’est :

  • L’accueil de groupes dans les studios de répétitions et l’accompagnement de projets artistiques professionnels émergents, le soutien à la jeune création, via des accueils en résidence et des préproductions scéniques,
  • La proposition de concerts et d’événements à Hydrophone et dans les communes du département, dans le cadre d’une programmation régulière et lors du festival Les IndisciplinéEs,
  • La mise en œuvre de projets d’action culturelle et d’éducation artistique avec les acteurs éducatifs, culturels et socioculturels du Morbihan,
  • La participation à la structuration du secteur des musiques actuelles via une implication dans différents réseaux culturels et musiques actuelles au niveau local (GPS), au niveau régional (réseau AprèsMai), ou national (FEDELIMA, SMA, Agi-Son).

Comment recycler un bunker ?

REVUE DU WEB

LE TÉLÉGRAMME >>> Dernier tour de piste pour le Manège. Ghislain Baran, président de MAPL, revient sur plus de deux décennies de souvenirs et promet un passage de relais vers Hydrophone à l’image de la scène : très rock.

LORIENT AGGLOMÉRATION >>> A l’occasion de l’inauguration de la nouvelle salle de musiques actuelles Hydrophone, Lorient Agglomération propose une balade urbaine originale sur Lorient via son appli mobile Rando Bretagne Sud ... L’artiste graveur Jean-Baptiste Cautain a réalisé un parcours baptisé Sud-Sud-Ouest de 6 km depuis la salle du Manège jusqu’au site de Lorient La Base en croquant la rue (maisons, commerces, voirie…). Au final, 80 gravures et l’enregistrement des bruitages ambiants ponctuent cette balade décalée. Le travail artistique donne un regard singulier sur la ville de Lorient et invite le promeneur à regarder en dehors du cadre.

TP NEWS >>> Entre 1941 et 1943, l’Allemagne nazie décide de construire à Lorient un ensemble de trois bunkers, dotés de toits de 10 mètres d’épaisseur, dédiés au stationnement sécurisé des sous-marins U-boote. Quinze mille personnes y travaillèrent et un million de mètres cubes de béton armé fut utilisé. A l’issue du conflit qui laissa la ville de Lorient détruite, les bunkers restaient comme des verrues indestructibles mais aussi un souvenir du passé.

LE PARISIEN >>> La nouvelle salle de concert s’installe dans l’ancien Bunker. Elle va s’appeler l’Hydrophone, clin d’œil au micro du même nom utilisé pour enregistrer sous l’eau.

CRÉDITS

réalisation Hervé Portanguen
image et son Hervé Portanguen, Kilian Jarno

montage Clémentine Lathelier, Kilian Jarno
moyens techniques KuB

Artistes cités sur cette page

Hervé Portanguen réalisateur

Hervé Portanguen

ESPACE PARTICIPATIF

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