Fisel & zapateado

Fandango MQB photo de François Guénet

Poullaouen, berceau du fest-noz, est connu comme le village des expérimentations musicales. Dès lors, on sera à peine surpris d’y voir Erik Marchand chanteur érudit, celui-là même qui a bâti un pont entre la tradition bretonne, les musiques du monde et le jazz, de voir notre gaillard entrelacer ses vocalises dans l’implacable coulée d’une musique de fandango interprétée par la crème des musiciens mexicains venu s’encanailler pour un temps en Centre Bretagne.

Il est toujours touchant de voir comment les plus grandes singularités culturelles – une langue, des instruments, un chant liés à un terroir – touchent à l’universel et combien l’écoute mutuelle permet des convergences entre ce qui, au départ, semblait si lointain.

FANDANGO

par Malo Halna (2019 - 30')

Novembre 2019, un groupe de huit artistes mexicains originaires de la région de Veracruz sont invités en France par la Maison des Cultures du Monde dans le cadre du 23e Festival de l'Imaginaire. D'une salle des fêtes en Centre Bretagne au Musée du quai Branly à Paris, ce film raconte leur parcours et leurs rencontres avec les différents publics du festival.

>>> un film produit par la Maison des Cultures du Monde

Du fest-noz au fandango

INTENTION
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© François Guénet

L’idée naît du désir de garder une trace de la rencontre entre des artistes bretons et mexicains, le premier novembre 2019 à Poullaouen, lors d'une soirée qui mettait à l’honneur les répertoires musicaux accompagnant la fisel et le zapateado, deux danses, l'une bretonne l'autre mexicaine, deux pratiques physiques et exigeantes, basées sur la maîtrise de mouvements rapides des pieds. Le zapateado est dansé en couple sur une estrade en bois dans les fandango, fêtes de village au sud-est du Mexique. Les interprètes rassemblés autour de Joel Cruz Castellanos, musicien réputé de la ville de Santiago Tuxtla, sont à la fois chanteurs, instrumentistes et danseurs.


La musique, la danse, la fête mais aussi un contexte initialement rural : autant de points communs avec la pratique du fest-noz en Bretagne, né dans les années 1950 à Poullaouen, le fief du chanteur Erik Marchand. Figure de la musique bretonne actuelle, ce dernier est un infatigable transmetteur qui s’attache à créer des ponts entre le monde de la musique bretonne et divers systèmes musicaux relevant de l’univers modal. Pour ce projet, le chanteur s’entoure de quatre artistes de la jeune génération qui ont fondé le groupe Cause Kozh : le clarinettiste Olivier Catteau, le contrebassiste Dylan James, le joueur de bouzouki Joachim Mouflin et le flûtiste Antoine Péran.

À l’issue de ce fest-noz métis qui a vu la tarima vibrer sous les pas de zapateado et du fisel des danseurs•ses amateurs•trices et aguerri•e•s, et sous l’impulsion du réalisateur enthousiasmé par le projet, nous avons décidé de poursuivre le tournage. Nous avons donc filmé leurs rencontres avec les différents publics du festival : enfants, étudiant•e•s et universitaires, musicien•ne•s, simples spectateurs•trices, afin de mettre au jour la diversité des actions du Festival de l’Imaginaire. Leur tournée les a ensuite menés au Musée du quai Branly-Jacques Chirac pour un weekend de concerts et de bals mexicains.

Sons d'hier et d'aujourd'hui

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© François Guénet

par Charlotte Espieussas et Joel Cruz Castellanos

L’origine du son jarocho remonte au 17e siècle et nous renvoie à l’histoire de la colonisation et de l’esclavage au Mexique. Ce style musical métisse né dans la région caribéenne, plus particulièrement dans le sud de l’État de Veracruz (Sotavento), est marqué par la cohabitation de musiques espagnoles, africaines et indigenas.

Traditionnellement, le son jarocho est indissociable de la fête rurale du fandango qui, sur la place publique des villages, réunit musiciens, danseurs, chanteurs, familles et membres de la communauté, autour de la tarima, estrade en bois sur laquelle les couples pratiquent le zapateado. L’ensemble musical (aussi appelé musica de cuerdas) est presque exclusivement composé d’instruments à cordes : différents types de guitares jaranas, requintos, leona, violon, harpe. Quelques percussions telles que le pandero, le guiro, la quijada (mâchoire d’âne) ou encore le marimbol peuvent plus rarement faire leur apparition. La poésie chantée, improvisée ou non, tient une place importante : il s’agit d’un chant déclamé caractérisé par son placement, son timbre et sa puissance sonore à même de pouvoir percer au sein du spectre de l’ensemble instrumental acoustique, qui réunit généralement plus d’une quinzaine de musiciens.


Fruit d’un fort syncrétisme, qui a vu le jour durant la période coloniale, le fandango résonne au rythme des cycles agricoles, des fêtes religieuses, et fait son apparition lors de mariages, funérailles, baptêmes, anniversaires, et autres événements marquants de la vie quotidienne. Si dans les années 1960-70 cette fête tend à disparaître, elle connaît depuis les années 1980 (avec l’émergence du movimiento jaranero) un renouveau sans précédent, devenant un puissant medium d’interaction sociale pour toute une génération.

Aujourd’hui, la pratique du son n’est plus exclusive aux villages du Sotavento, et a même dépassé les frontières de l’État de Veracruz : de nombreux fandangos fleurissent dans les grandes villes du Mexique, et au-delà. De même, la pratique musicale du son s’est désolidarisée du contexte de fête populaire : elle se développe de façon autonome en devenant une musique jouée sous forme de concerts amplifiés ou enregistrée en studio. C’est cette jonction entre un son jarocho à écouter et un fandango à pratiquer que ce rassemblement de huit musicien•ne•s de Veracruz souhaite mettre en avant.

Joel Cruz Castellanos est un musicien reconnu de la ville de Santiago Tuxtla, réputé pour son engagement vis-à-vis du son, en tant que passeur de tradition (professeur, collecteur, chercheur, collectionneur) et en tant qu’artiste professionnel. Maître de la leona (basse traditionnelle jouée au plectre), il a participé à de nombreux projets musicaux (avec La Candela, Los Pájaros del Alba, Los Vega, Río Crecido, Natalia Lafourcade), et est actuellement membre du groupe de renommée internationale Los Cojolites. Pour cette tournée exceptionnelle en France, il sera entouré de sept musicien•ne•s originaires des Tuxtlas ou de régions alentours : chacun•e présente une manière spécifique de jouer, chanter, danser. La richesse et la diversité de cet ensemble musical donne à découvrir quelques-unes des multiples facettes du son jarocho, et à faire entendre différents instruments, répertoires et modes de jeu, tout en amenant le spectateur à s’immerger dans l’atmosphère sonore de la fête du fandango.

Charlotte Espieussas écrit actuellement une thèse Le Huapango jarocho : tradition, patrimonialisation, réinvention.

Malo Halna

BIOGRAPHIE
malo halna un fandango

Né en 98 à Saint-Brieuc, Malo Halna découvre sa passion pour la vidéo et le cinéma au collège, et entreprend d’utiliser ce média pour raconter des histoires. Pour ce faire, il étudie le cinéma à l’ESRA Bretagne.
Séduit par la rencontre entre les artistes bretons et mexicains, il se fond dans la tournée des fandangueros du 23e Festival de l’Imaginaire pour en relater les coulisses.

Sons du Mexique

REVUE DU WEB

MUSÉE DU QUAI BRANLY - JACQUES CHIRAC >>> L'ambiance festive et chaleureuse du Fandango s'invite sur scène. Revivez ce bal populaire mexicain en vidéo !

DIAKRITIK >>> Retrouvez Joel Cruz Castellanos, fameux musicien mexicain présent au Festival de l'Imaginaire dans cette petite pépite de Soundwalk Collective et Patti Smith. La voix rauque de la chanteuse sublime le texte de Antonin Artaud. Les violons et tambours traditionnels mexicains, comme une marche qui augmente au fur et à mesure, en font un chant lyrique et cosmique.

FRANCE MUSIQUE >>> Fandango, les fêtes de village au Sud-Est du Mexique, sont aussi une danse et une musique espagnol sulfureuse qu'on découvre avec Paco de Lucia, Luigi Boccherini, Domenico Scarlatti.... le tout présenté par la musicologue Corinne Schneider.

CRÉDITS

prise de vue, montage et réalisation Malo Halna

avec Joel Cruz Castellanos, Erik Marchand, Antoine Péran, Alberto Guillen,

avec Arcadio Baxin, Conny Blanco, Carolina Cruz Castellanos, Fredy Naranjos Vega, Joachim Mouflin, Dylan James, Olivier Catteau, Rodrigo Oliveros Valentin, Sirani Guevara Gonzales

Remerciements

Dans-Tro- Ethnomusila -La Fiselerie, La Grande Boutique, Musée du Quai Branly - Jacques Chirac, La Quincaille - Théâtre des Minuits, Ville de Poullaouen - Villes des Musiques du Monde

Artistes cités sur cette page

Header-Balkan ha diskan d'Érik Marchand et Bojan Z KuB

Erik Marchand

malo halna un fandango

Malo Halna

ESPACE PARTICIPATIF

    // Anonymous

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