Déambulation

Le Trieux à Chateaulin

Descendre le Trieux tout en filmant ce qui s’offre au fil de l’eau, un projet auquel Jean-Louis Le Tacon, né il y a plus de 70 ans sur les rives de ce fleuve, tenait particulièrement.

Ainsi, après une vie entière à explorer le monde, a-t-il renoué avec les paysages de son enfance, s’appuyant sur une littérature de terroir quasi-centenaire qui lui permet de boucler des boucles, de connecter l’avant-guerre (économique), le temps des moulins et des aquarelles, et le contemporain : les satellites et les images numériques.

Le faire parce qu’il est encore temps de le faire, parce qu’il reste sur ces rivages des humains dignes d’intérêt, parce qu’une question se pose sur ce territoire comme ailleurs : comment vivre notre relation à la nature ?

Plutôt que d’asséner des réponses, le cinéaste se contente de déployer son style : disposé à l’aventure, curieux des autres, attentif aux choses, un ton d’instituteur légèrement illuminé, candide et précieux.

C’est bien cela le cinéma : une manière de regarder et de raconter. Le Tacon a la sienne, et nous sommes fiers, ici à KuB, de l’avoir accompagné dans cette pérégrination.

EN DESCENDANT LE TRIEUX

INTRODUCTION

de Jean-Louis Le Tacon (2020 - 24 x 10')

Originaire de Pontrieux, Jean-Louis Le Tacon a descendu le Trieux des dizaines de fois. Mais cette fois, il s’est équipé d’une caméra et du livre de François Menez, Rivières bretonnes, racontant la descente du Trieux dans les années 1930. Son but : cinématographier le fleuve de la source à l’estuaire, pérégriner le long de ses berges, naviguer en mettant en image l'exploration des espaces, montrer l'indolence du cours d'eau sur les plateaux et sa fougue dans les dénivellations plus marquées, montrer comment il a sculpté le paysage...

À chaque étape, il est allé à la rencontre des occupants de la vallée avec leurs activités, leurs souvenirs.

ESTUAIRE

ÉPISODES 21 À 24

Enfin l'estuaire. Les conditions deviennent plus difficiles, il faut faire avec les marées, les courants, les nombreux plaisanciers et baigneurs. Mais le Trieux n'est pas qu'une aire de loisirs, il reste des travailleurs de la mer : pêcheurs, ostréiculteurs... Le courant pousse notre explorateur vers Bréhat, ultime étape de son périple. Là bas, il rencontre l'aquarelliste Jean-Nicolas Cornélius qui a peint les moulins du Trieux.

PONTRIEUX

EPISODES 14 À 20

Et voilà Jean-Louis Le Tacon arrivé dans sa ville natale : Pontrieux ! Depuis le pont de la rue Saint-Yves, le premier construit sur le Trieux au début du 20e siècle, il laisse ses souvenirs refaire surface. En longeant les ruines des usines de teillage de lin ou d’huile, il ressuscite par la magie des archives le port de commerce d’antan, avec ses voiliers caboteurs et ses chasses-marrées chargés de marchandises.
La fête des lavoirs, un incendie et autres péripéties nous ramènent dans le présent et l’on flâne dans les rues bourgeoises de la ville aux ponts. Une escale reposante avant de s'avancer vers l'estuaire.

LES MOULINS

EPISODES 7 À 13

Passé Guingamp, Jean-Louis Le Tacon accède à la partie du Trieux où a été bâti le plus grand nombre de moulins… dont les rouages sont aujourd'hui grippés, immobilisés.
Il y rencontre des individus qui tentent un mode de vie alternatif, comme Romane et Romain qui ont décidé de s’éloigner de l’agitation du monde pour aller vivre sur les rives du Trieux avec leurs deux enfants. Jonathan Low, un Anglais qui a créé un camping au moulin, Jacqueline, militante écologiste dont le mari est menuisier, les frères Kingsland qui envisagent leur moulin comme un atelier de création. Parmi cette population bigarrée, il reste même un authentique meunier : Monsieur Meuric à Kernavale !

DE LA SOURCE À GUINGAMP

ÉPISODES 1 À 6

Première partie du voyage, en six épisodes qui nous conduisent des origines du Trieux jusqu'à la première ville qu'il traverse : Guingamp.
Après les premiers filets d'eau dans la jungle costarmoricaine, le fleuve devient peu à peu navigable, permettant à notre explorateur de glisser au fil de l'eau sur son kayak et de rejoindre la civilisation urbaine et ses effluves.

Au fil de l'eau

INTENTION
Jean-Louis Le Tacon en kayak

par Jean-Louis Le Tacon

L'idée était simple : reprendre le parcours de François Menez de la source à l'estuaire de l'une des douze rivières bretonnes : La Rance, l'Arguenon, le Trieux, le Jaudy, le Guer, la Dossen, l'Elorn, l'Aulne, l'Ode, la Laïta, le Blavet et la Vilaine. Cet instituteur-écrivain-géographe originaire de Saint-Clet (22) a arpenté dans les années 30, ces artères du sol breton avec ses instruments d'analyse : géographie physique, géographie humaine, toponymie. Il a surtout fait œuvre d'écrivain pour appréhender paysages, climats des vallées, flux et reflux des eaux. Tout ceci a été publié en 1990 sous le titre Rivières Bretonnes, par les Éditions Calligrammes et le Cercle Culturel.


De la source à l'aber qui débouche sur l'archipel de Bréhat, quel contraste, quelle diversité de territoires et de modes de vie humain et animal, que de beautés lumineuses ! Un programme d'arpentage fabuleux ! Équipé d'une caméra et d'un micro, je suis allé avec ma façon candide, regarder, découvrir ces paysages visuels et sonores, saisir ces reliefs changeants au gré du climat, des saisons, des marées. Chose que les peintres et les poètes connaissent bien.

Lors de cette descente, il s'est agi de saisir le génie du lieu en rencontrant les gens qui habitent cette vallée, ces abers. Présenter en leurs demeures les occupants de ces saignées du relief, les écouter parler du passé et du devenir. Rencontre des pêcheurs qui ont suivi l'évolution de la qualité de l'eau, de la faune aquatique, des occupants des moulins auxquels a été donnée une nouvelle affectation. Rencontre des membres d'association qui veillent, préviennent, interviennent...

Les écrits de François Menez sont comme un guide qui m’a mis aux aguets pour voir les choses aujourd'hui : une abbatiale en ruine ou une friche industrielle, un moulin à mer, les vestiges de premières porcherie industrielles. Il ne s'agit pas de tout expliquer - d'ailleurs, suivant quels critères ? – mais de déboucher sur des échanges qui suscitent un événement filmique où les relations profondes des gens au lieu se révèlent. Désormais le Trieux s'écoulera sur les écrans.

François Ménez

BIOGRAPHIE
Rivières bretonnes livre de François Menez

Par Jean-Louis Le Tacon

François Ménez fut un instituteur, géographe et écrivain. Il es né en 1887 à Saint-Clet, en bordure du Trieux.
Fils d’instituteur, il devint lui-même instituteur puis enseignant de Lettres à l’École Normale de Quimper.
François Ménez parlait excellemment le français comme le breton et s’était coulé dans la tradition des conteurs et poètes de Bretagne. Ses livres sont rédigés en français émaillé d’expressions bretonnes. La Chanson des Galets, Dans l’Ombre des Légendes, furent ses premiers écrits publiés. L’Envouté, son premier roman édité par Plon en 1927 fut préfacé par Charles Le Goffic (siège numéro 12 de l’Académie Française). François Ménez appréhende les faits humains en géographe et en moraliste à la fois peut-on lire dans la préface de l’Envoûté. L’action se passe sur les rives du Trieux et Ménez décrit l’osmose entre la subjectivité de ses personnages et la singularité des paysages. J’ai taché d’y traduire mon coin de terre avec ses mœurs précises et sa poésie un peu fruste, disait Ménez à le Goffic.


En 1931, le même éditeur publie le Pays Perdu dont l’action se passe à Brest, port de tous les dangers et de tous les possibles y compris de se perdre. Un couple écartelé tentera en vain de retrouver le pays de leur origine le Goëlo : (…) c’étaient les mers, les ports par où il avait passé, et plus encore le pays, où il ne dormirait point, sa côte natale avec le déploiement de ses baies et de ses promontoires, de ses îlots, de ses récifs ruisselant que la mer emprisonne dans le clapotis vivant de ses houles et que signale aux hautes marées le cône rouge des balises. (Page 185, Le pays Perdu.)
François Ménez était un grand promeneur. Il sillonna la Bretagne de part en part à pied, un stylo à la main. La meilleur façon de bien voir un pays, d'en pénétrer le caractère, l'esprit, l'âme profonde, c'est de s'en aller à la Jean-Jacques, à pied, la chanson aux lèvres, le bâton à la main, le sac sur l'épaule. (…) s'en aller à pied, par les plus petits chemins, au gré de sa fantaisie, s'arrêtant toutes les fois qu'il vous en prend le désir, pour mieux jouir du charme ou de la grâce ou de la majesté émouvante des paysages terrestres ou marins, faire halte dans une ferme pour y boire un verre de cidre ou un bol de lait, se mêler au mouvement d'un marché ou d'une foire, causer breton aux auberges des carrefours, se documenter aux sources en s'amusant, c'est ainsi que je souhaite, à la manière de Gustave Flaubert et de Maxime Du Camp, de Jean-Baptiste Camille Corot, de Jean-Julien Lemordant,-d'après ce qu'il m'a rapporté-, et de tant d'autres, de connaître jusque dans ses recoins, la Bretagne . (Extrait d’une conférence à des instituteurs des cinq département bretons en 1942, cité par Alain Le Grand Velin dans la préface de Promenades en Trégor, Édition Calligrammes 1987).

L’ensemble des ses écrits d’arpenteur de la Bretagne seront publiés en 1985 par les Éditions Calligramme de Quimper sous les titres : Promenades en Cornouailles , Promenades en Léon, Promenades en Trégor. Dans la foulée Calligramme rassembla un ensemble de textes, fruits des promenades de François Ménez tout au long des douze principales rivières bretonnes. Ces textes manifestent que la Bretagne Armoricaine ne se limite pas à son pourtour maritime, mais est aussi constituée par l’intérieur des terres irriguées par d’innombrables artères fluviales. Pendant l’Occupation, François Ménez continua d’écrire et fut publié par la Dépêche de Brest et de l’Ouest (proche de l’Action Française), et il intervint à Radio Bretagne, ce qui à la Libération le rendit suspect et limita sans doute la publication de ses œuvres après sa mort le 8 juin 1945 à 58 ans.

Jean-Louis Le Tacon

BIOGRAPHIE
Jean Louis Le Tacon portrait

Né en 1945 en Bretagne, Jean-Louis Le Tacon passe d’une formation à la théologie catholique à la sociologie marxiste (Licence à l’Université de Haute-Bretagne puis maîtrise à Paris VIII Vincennes). Du film militant (Voici la colère Bretonne : La grève du joint Français) il passe ensuite au film ethnographique (Bretonneries pour Kodachrome), initié par Jean Rouch. Tourné en Super 8, Cochon qui s’en dédit est sa thèse de doctorat à Paris X Nanterre. Par la suite, il dérive vers des formes d’expression multiples en expérimentant le support vidéo : clip de mode pour Jean-Paul Gaultier, clips musicaux pour Carte de Séjour, Tuxedo Moon, DAF…

Il initie avec des amis vidéastes la coopérative de diffusion Grand Canal et organise le festival Vidéocéanes de Brest. Il réalise les séquences subaquatiques du spectacle chorégraphique de Daniel Larrieu à l’origine de Waterproof. Il fait des excursions à la télévision, pour Canal Plus et pour ZDF-Arte (Bleu Passion, Éloge de la lenteur).

Il explore les potentialités de l’écriture électronique, s’aventure dans les installations vidéo, expérimente les effets visuels numériques, réalise des journaux de voyage… Il fonde avec Alain Jomier le département Images Composites à l’École des beaux-arts de Poitiers.

Jean-Louis Le Tacon est mis en retraite à l’âge de 67 ans et dès lors décuple son activité cinématographique : réalisation d’une trilogie autobiographique Voici, Voilà, Voici-Voilà numéro 3 où il affirme sa mise en œuvre en amateur et en solo.

Il va de ville en ville animer des sessions d’initiation aux techniques corporelles de prise de vue à la main pour anthropologue cinéaste inventées par Jean Rouch.

Sources d'inspiration

REVUE DU WEB

FRANCE CULTURE >>> En 1948, l'émission Tourisme et travail recevait les ingénieurs, cinéastes et explorateurs Jean Rouch, Jean Sauvy et Pierre Ponty qui racontaient avec humour leur rencontre en Afrique en 1943, leur désir alors de descendre ensemble le fleuve Niger, et la mise en application de ce projet dès la fin de la guerre.

ÉTUDES PHOTOGRAPHIQUES >>> En 1992, dix ans après la mort de son ami Georges Perec, le cinéaste Robert Bober entreprend la réalisation d'un film intitulé En remontant la rue Vilin. Grâce à la complicité qui les a unis, Bober a pu inscrire ce double rapport photographique et littéraire aux lieux dans un film mêlant des images animées, des images fixes et des textes écrits.

TRANSATLANTICA >>> Route One/USA de Robert Kramer se veut aussi remède, et tente de retisser un rapport au territoire, et un nouveau mode d’habiter qui concilierait l’errance et le désir de durer.

CRÉDITS

réalisation Jean-Louis Le Tacon

montage Jean-Louis Le Tacon, Kilian Jarno

musique Pierre Fablet

Artistes cités sur cette page

Jean Louis le tacon bio cochon qui s'en dédit

Jean-Louis Le Tacon

portrait Pierre Fablet

Pierre Fablet

ESPACE PARTICIPATIF

  • 5 Avril 2020 23:36 - le mayanou

    Quel bouffée d'oxygène en ces temps de bol d'air soumis à attestation . Poésie des images, concision et précision du texte, cours de géographie et d'histoire digne d'un hussard noir de la troisième rép présenté par un as des images aériennes et superpositions de filtres, humour toujours, légitime colère parfois. Un portrait magique du Trieux et des néo meuniers qui le veillent pour le conserver. Merci Monsieur Le Tacon.

  • 5 Avril 2020 15:42 - LE COZIC

    Bonjour, étant ancien Pontrivien, je trouve ta démarche superbe et ton reportage très intéressant .Je suis moi même collectionneur de nombreuses cartes anciennes de cette cité, et je m'aperçois qu'il y a beaucoup qui me manquent. Aussi si tu pouvais me donner l'adresse de la personne qui te les a confiées , je pourrais peut être lui demander des copies. Merci

  • 31 Mars 2020 12:17 - Jonathan Larcher

    Magnifique!

  • 31 Mars 2020 11:47 - Marie Halopeau-Le Corfec

    Quelle belle échappée aquatique, merci !

  • 21 Mars 2020 17:39 - Yann ar borgn

    Super les films de LE TACON au fil du Trieux
    Dommage que les commentaires soient un peu cucul et gnan gnan..

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