Le temps est la rivière où je m'en vais pêcher

Fille masquée de boue - Clip Le temps est la rivière où je m'en vais pêcher
Une ode à la simplicité et à la vie authentique

Partir, se passer du confort, retrouver la nature quelques mois dans une cabane. Se mettre en retrait pour interroger le monde et la place que l'on veut y occuper. En 1847, Henry David Thoreau passait 2 ans 2 mois et 2 jours dans une cabane sur les rives du lac Walden, dans le Massachusetts. De cette expérience, il tira Walden ou la vie dans les bois, un ouvrage devenu culte. En ces temps où nous mesurons notre déconnexion de la nature, cette œuvre nous parle en effet, plus que jamais. C'est un murmure, une onde qui ne finit pas de se propager tant Walden aborde des sujets chers à notre société comme l'amour de la nature, la simplicité volontaire, les vertus de la marche, la désobéissance civile enfin.


Poser une voix, une ambiance sonore et visuelle sur ce chef-d’œuvre n'en devient dès lors que plus sensible. Pour Thoreau, chaque homme, chaque enfant doit se découvrir, expérimenter, accepter de sortir du chemin tracé afin de se révéler et de vivre sa vie en conscience.

David Gauchard et Pierre Bellec se sont associés à Lætitia Shériff pour peindre cette fresque visuelle dans un style minimalisme poétique. La nature sauvage et indomptée, le mouvement, la contemplation, la liberté… autant de concepts qui apparaissent à l'écran sous des gestes et les jeux d'enfants. Autant de symboliques prêtes à germer pour peu que l'on leur porte soin et attention.

Le temps est la rivière où je m'en vais pêcher est une ode à la simplicité et à la vie authentique. Un bijou pour tous les voyageurs immobiles, un hommage au penseur visionnaire Henry David Thoreau.

LE TEMPS EST LA RIVIÈRE OÙ JE M'EN VAIS PÊCHER de Pierre Bellec

un clip réalisé par David Gauchard et Pierre Bellec (2018 – 6’)

Pour clôturer son dernier spectacle de théâtre Le temps est la rivière où je m’en vais pêcher, le metteur en scène David Gauchard a passé commande auprès de Lætitia Shériff et Pierre Bellec l’écriture et la composition d’une chanson et d’un clip.

Lande. Forêt. Ruisseau. Clairière. Quatre enfants marchent. Ils marchent en même temps qu'ils se regardent et se protègent. Dans leurs mains, des ogives, qui sont des mondes pour demain ou le monde d'hier, lourdes et fragiles. Ils se sont trouvés là, sans se parler, avec de l'évidence, et ils ont entrepris cette odyssée pénible et lumineuse. Après qu'ils rient et s'amusent dans l'eau, les petits héritiers se tordent, s'épuisent dans leur mission : guérir, et bâtir à nouveau.

Une jeunesse innocente et gardienne

INTENTION

par Pierre Bellec

David ne voulait pas de retour image pendant le tournage. Il me disait : Tourne. On regardera plus tard. Je regarderai plus tard. J'insistais. Je voulais qu'il me donne des indices, des pistes, des éclairages pour filmer ces enfants, qui étaient déjà beaux dans la pleine nature, brutalement. David leur parlait, comme on parle à quelqu'un simplement. Il leur demandait de lever la tête vers cette feuille, de la baisser pour voir la couleur de cette boue, de mettre leurs mains dans cette eau, dans ces herbes. Et les enfants, qui étaient des adultes et des rois, embrassaient cette image du monde.

Il fallait saisir un mélange de fixité et de mouvement, une distorsion, une contrariété magique, quelque chose qui se passait bien dans le temps et l'expérience. Il fallait s'éteindre un peu, se laisser prendre par une sorte de fatigue, qui donnait de la place au cœur et à l'inconstance.


Alors la caméra n'était plus rien, elle s'effaçait elle aussi, dans son transport, comme un fantôme parmi les vivants. Il y avait beaucoup de tendresse dans tous les visages, une grande patience qui ressemblait à celle du sommeil. L'image prenait son sens dans son étirement, sa non-rupture.

Lætitia travaillait pendant ce temps sur l'écriture du chant et la composition de la musique avec la complicité de Thomas Poli. Nous avions convenu ensemble qu'il était bon de nous rejoindre tard. Lætitia me transmettait des morceaux, des bouts de son travail, et je lui montrais des images brutes. Le montage s'est construit comme un geste vague, une fabrication déréglée, anti-narrative. La structure était plurielle : on y trouvait une balade initiatique, une réparation, une naissance, un combat, guidés par une jeunesse innocente, riche, puissante, et gardienne.

Time waits for no one but us


Paroles par Laetitia Shériff

Suspendre le temps

Ce matin, nos mains jouent et caressent les premiers rayons du soleil Cheveux et feuilles ondulent, dansent dans le vent Comme des flocons de neige voguants dans l’air, nous admirons l’horizon La prairie inondée de lumières dessine des lignes

Des lignes de vie, des lignes de batailles Nous sommes la Nature et la Terre nous sommes la neige et le soleil

Nous avons laissé nos peurs, nos monstres et nos erreurs Ici, et maintenant, il n’y a plus de menaces Les ruines du monde sont en cendres Nous émergeons et pouvons faire les vœux les plus fous Qu’il n’y ait plus aucun souhait, car tout est là

Nous sommes la Nature et la Terre, nous sommes le feu et la pluie d’après

Nous dormons au sommet des arbres sacrés Protégés et bercés dans leurs bras bienveillants Étoiles filantes et Perséides donnent la cadence de nos cœurs battants Et, attendant l’aurore, nous suspendons le temps Aujourd’hui sera encore la plus belle journée de notre vie

Nous sommes la Nature et la Terre, nous sommes le ciel étoilé et la lumière

Chaque jour, la Terre nous rappelle à sa source Plaçant dans nos mains, les biens de notre avenir La Nature nous fait exister et inspire nos plus belles harmonies Les graines de demain sont semées à jamais dans nos vies Nous remontons le chemin, comme les saumons, la rivière

Nous sommes jeunes et vivants, nous sommes la nature et la terre

LE TEMPS EST LA RIVIÈRE OÙ JE M'EN VAIS PÊCHER

LE SPECTACLE ÉPONYME

par David Gauchard

Juillet 1845, Henry David Thoreau construit, aidé de ses amis, une cabane près de l’étang de Walden (Concord, Massachusetts). Il a 28 ans. Pendant deux ans, deux mois et deux jours, il s’installe là, et en quasi-autarcie, étudie méthodiquement la nature qui l’environne.

Neuf ans plus tard, il publie, sous le titre Walden ou la vie dans les bois, le récit de cette expérience. À la croisée du roman, du journal intime, de l’essai philosophique et de la revue botaniste, Walden est un véritable pamphlet à l’encontre du mode de vie occidental.

Attiré par la puissance littéraire et poétique de ce texte, sa charge concrète et contemplative, libertaire et écologique, son enthousiasme aussi, je souhaite m’appuyer sur certains de ces passages pour interroger avec l’ensemble des acteurs notre rapport au temps (celui que l’on s’impose pour réaliser sa vie, celui que l’on subit, celui auquel on décide parfois d’échapper) et notre rapport à la nature (celle qui, dans notre mode de vie citadin, me manque tant). Notre époque est en pleine transition. De nombreuses initiatives germent pour penser une relation différente au monde, où la productivité n’est plus l’idéal à atteindre.

Revenir à Thoreau et penser demain.


Nous proposerons collectivement un long poème musical où il s’agira de cesser d’opposer l’homme et son milieu, de retrouver ce qui nous constitue, notre véritable ancrage. Être des arpenteurs. Marcher, écouter, ressentir, être partie prenante de ce qui advient par la rencontre. Rester sensible, intuitif, construire chemin faisant, sans autre note d’intention que de se faire confiance, laisser venir et ne pas faire ce qui a été préparé. C’est toujours dans le geste et dans l’action que l’on trouve l’origine et la raison des choses.

PIERRE BELLEC

BIOGRAPHIE
Pierre-Bellec réalisateur
©DR

Pierre Bellec est auteur, metteur-en-scène et réalisateur. Sorti d'une école de cinéma en 2017, il travaille comme scénariste, réalisateur et chef opérateur sur des films institutionnels, publicitaires, des clips et des courts-métrages de fiction.

Il écrit et réalise en 2015 son moyen-métrage, Embruo.
En 2016, il réalise Gargantua!, un court-métrage original. En 2017, il co-écrit et met en scène OrestE ; Que je la tue, je peux mourir après !, une réécriture des Choéphores d'Eschyle.
En 2018, il opère aussi comme électricien sur des publicités pour YSL, Balenciaga, des films administratifs pour Louis Vuitton, et comme réalisateur/chef opérateur sur une création de mode pour les Galeries Lafayette.

Pierre Bellec est président adjoint d'une association de création cinématographique et théâtrale, un endroit pour écrire, jouer et mettre en scène. À travers de nombreuses rencontres dans le domaine du spectacle, il continue de travailler à une collaboration entre théâtre et cinéma.

LAETITIA SHÉRIFF

BIOGRAPHIE
Leatitia Sheriff
© Laurent Guizard

Lætitia Shériff vit à Rennes. Elle est musicienne, auteur/compositeur/interprète.

Élevée à Paris puis à Lille, encouragée par ses amis, elle commence à se produire en solo et interprète en s’accompagnant de sa guitare, les poèmes de William Butler Yeats.

En 2001, elle fait une rencontre déterminante en la personne d’Olivier Mellano. Guitariste et complice de Dominique A, il devient son alter-ego musical.

Entre minimalisme poétique et moments plus électriques, tirant vers le post-rock, Lætitia Shériff confirme sa place de choix dans le paysage rock contemporain.

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CRÉDITS

réalisation David Gauchard et Pierre Bellec
avec la participation de César, Emmanuelle, Hedda & Ulysse

chanson Time waits for no one but us - Laetitia Shériff

lieu de tournage La Vallée du Canut, Lassy (35)

Artistes cités sur cette page

Laetitia Sheriff Yoann Buffeteau

Laetitia Shériff

Pierre-Bellec réalisateur

Pierre Bellec

ESPACE PARTICIPATIF

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