Frachon forever

test irene frachon au micro

Droit au cœur est une mise en perspective de plus de dix ans de suivi documentaire qu’Anne Richard a consacré à l’affaire du Médiator. Le film s’appuie sur la machinerie médiatique et juridique mise en branle par le procès pour reparcourir les méandres de cette histoire fleuve.
Devenue proche d’Irène Frachon, la réalisatrice la filme au plus près, apparemment apaisée mais toujours folle de rage à l’intérieur au moment où s’ouvre le procès contre les laboratoires Servier. Cette femme remarquable par son éthique, sa ténacité à toute épreuve, a su garder intacte sa révolte malgré une longue guerre d'usure.

Droit au cœur revient ainsi sur la solitude des lanceurs d’alertes dont se désolidarisent ceux qui ne souhaitent pas compromettre leur carrière que ce soit dans le milieu hospitalier, industriel, médiatique ou politique. Brimades, pressions, intimidations… voilà les signes qui sont adressés à ceux qui s’allient à celle qui ose s’attaquer aux intérêts d'un géant.

Accessoirement ce film est l’occasion de découvrir l’intérieur du nouveau Tribunal de Paris, un bâtiment magnifique conçu par l’architecte Renzo Piano.

FILM

DROIT AU CŒUR

par Anne Richard (2021 - 60')

Cela fait dix ans qu’Irène Frachon attend ce moment où, face à la mer, elle pourrait se satisfaire du délibéré des juges dans le procès hors-norme dit du Mediator. Le Dr Irène Frachon, pneumologue à l’hôpital de Brest, est celle par qui le scandale est arrivé. Celle qui a lancé l’alerte de ce médicament nocif devant les autorités pour le faire interdire, l’a relayée dans les médias pour en faire une affaire, puis portée jusque devant les tribunaux. Cela fait dix ans qu’elle l’attend.

>>> un film produit par Olivier Bourbeillon Paris Brest Productions.

INTENTION

La colère d'une femme

presse sortie tribunal mediator

J'ai été la première réalisatrice à m'intéresser à Irène Frachon, alors que le sous-titre de son livre Mediator 150 mg - Combien de morts ? venait d'être censuré par la justice, à la demande des laboratoires Servier.

Été 2010 à Brest. Une femme en colère, mais calme. Des phrases fortes, mais simples. Une empêcheuse de tourner en rond sans en avoir l'air avec sa croix protestante et son chignon. C'était ma première image d'elle, face au public de la librairie Dialogues venue la soutenir.


Au bout d’un an de tournage entre Paris et Brest, Irène avait fait éclater le scandale. En 33 ans, cinq millions de Français avaient consommé du Mediator, presque 2000 en étaient morts et beaucoup d’autres, dont on ignorait le nombre, étaient atteints par de graves lésions cardiaques. On accusait les agences de santé d’avoir été insensibles aux alertes et les laboratoires Servier d’avoir caché la nature du médicament dans le seul but de faire du chiffre. Journaliste, j’en ai tiré un premier documentaire, L’affaire Mediator, qui racontait son combat avec Charles Joseph-Oudin, un jeune avocat de 28 ans et Gérard Bapt, député et vieux connaisseur des affaires de santé publique.

Je n’ai cessé de la filmer ensuite. Irène est devenue une héroïne aux yeux des médias, la lanceuse d’alerte la plus célèbre de notre pays. Mais le volet judiciaire de l’affaire ne faisait que commencer : enquêtes préliminaires, mises en examen, instruction, contestation des procédures… Pour voir advenir sa vérité, il faut patienter. Constater le décès du principal accusé Jacques Servier, fondateur des laboratoires, à l’âge de 90 ans, voir mourir des victimes que j’avais filmées au tout début du scandale, voir l’état de santé des autres se dégrader. Attendre encore.

Septembre 2019, le procès pénal s’ouvre enfin. Prévu pour durer six mois, avec ses 25 prévenus, 110 audiences, plus de 6500 victimes parmi les parties civiles, c'est le plus long de l’histoire judiciaire française après le procès Papon. Pour Irène, c’est aussi celui de la criminalité en col blanc dans l'industrie pharmaceutique. Montée à la capitale depuis Brest, déterminée comme jamais, elle prend congé de son hôpital quatre jours par semaine pour assister aux audiences. Le verbe haut devant les caméras à l’ouverture, elle décide ensuite de ne plus parler à la presse pour ne pas interférer avec la justice des prétoires. Elle se concentre sur son rôle de témoin, je suis la seule à documenter ses pas dans les coulisses de ce procès et ses allers retours entre Paris et ses consultations à Brest. La pause mondiale imposée par le COVID accroit encore l’attente. Mais Irène y croit, elle a confiance.

Au tout début de notre rencontre, je me questionnais sur la réalité de l’affaire. Mais au fil des années, je ne doutais plus qu’il y ait une affaire. Je me mettais dans les pas d’Irène et continuais à m’interroger sur la capacité de nos institutions à prendre le relai. Je continuais de filmer cet acharnement qu’il faut savoir entretenir pour garder la patience et l’espoir. Secrètement, j’attendais qu’une vérité judiciaire advienne pour voir si l’obsession d’Irène pourrait enfin trouver une fin.

BIOGRAPHIE

Irène Frachon

Irene Frachon portrait format KuB

Diplômée de médecine en 1988, Irène Frachon se spécialise en pneumologie à l’hôpital Antoine-Bécière à Clamart. Elle s’installe à Brest en 1996 et commence à exercer au CHU. En 2007, après avoir constaté des cas récurrents d’affection cardiaque chez des patients traités par le Mediator, elle commence à étudier les liens entre la molécule et les pathologies. Les résultats confirment sa crainte, mais tardent à être rendus publics. Le médicament sera retiré des pharmacies en 2009.


L’année suivante, elle publie l’ouvrage Médiator 150 mg : combien de morts ? mais les laboratoires Servier intentent un procès contre le sous-titre qu’ils jugent diffamatoire. Elle publie alors Médiator 150 mg : sous-titre censuré. En 2011, les tribunaux annuleront finalement cette censure. L’association Anticor lui décerne le prix Éthique catégorie Lanceur d’alerte citoyen, lors des prix Éthiques et casseroles 2011. En mars 2021, alors que les laboratoires Servier sont reconnus coupables de tromperie aggravée et condamnés à verser à l'État une amende de 2,7 millions d'euros, Irène Frachon exprime sa déception. La punition n'est, selon elle, pas à la hauteur de la gravité du délit.

BIOGRAPHIE

Anne Richard

Après des études littéraires, diplômée de Sciences-Po Paris et titulaire d’un DEA sur la mémoire du communisme à l’Est, Anne Richard fait ses armes à partir de 2002, en parcourant l’Europe. Trilingue français-anglais-allemand, elle réalise une cinquantaine de reportages pour les émissions d’ARTE, Forum des Européens et Zoom Europa, au sein de la Compagnie des phares et balises. Puis, elle s’engage dans des films plus longs, en France comme à l’étranger pour l’agence de presse WA productions (TF1 Reportages, Envoyé Spécial, Arte Reportage). À l’été 2010, elle est la première réalisatrice à suivre les protagonistes de L’affaire Mediator (52’ pour Public Sénat, sélection au FIPA 2012). Indépendante depuis 2011, elle cherche à conjuguer rigueur journalistique et pratique cinématographique dans une écriture documentaire toujours renouvelée : Duel au pôle sud pour France 5, Mères sans toit et Défi de solidarité pour France 2, Enquêtes archéologiques pour ARTE.

REVUE DU WEB

La guerre du Mediator

INA >>> Le Mediator, pour moi, c’est l’empreinte d’un combat. Nous sommes en guerre, affirme Irène Frachon.
FRANCE INTER >>> Irène Frachon s'insurge : Depuis que les victimes ont compris qu’elles ont été empoisonnées, il y a plus de dix ans, elles font face à un mur de déni. Elles ne comprennent plus le monde dans lequel elles vivent et moi non plus.
OUEST-FRANCE >>> Le Mediator lui est tombé dessus. Mais elle a pris ce combat à bras-le-corps et ne l’a pas lâché depuis. La lumineuse Irène a pris des cheveux blancs. Des cernes autour des yeux. Mais a toujours la même colère noire.
LE FIGARO >>> C'est avant tout le portrait d'une femme remarquable. Irène Frachon ne lâche rien. Cette affaire, c'est une partie de sa vie.

COMMENTAIRES

  • 14 Mai 2021 21:35 - Guittard

    Bonsoir,
    Quel poignant documentaire ; quelle combative persévérance et quel humanisme. Merci à Irène Frachon et Anne Richard
    Cordialement

  • 13 Mai 2021 13:09 - Hauquin Anne Marie

    Bravo Madame Frachon qui mérite une immense reconnaissance pour ce combat dans la solitude. Dommage qu'elle ne soit pas suivie dans ces luttes à faire jaillir la vérité opposée aux profits. Quel courage. Merci merci

  • 12 Mai 2021 20:39 - ARSAC

    Heureusement qu'il y a des gens qui se battent.
    Félicitations à vous.

  • 10 Mai 2021 19:20 - Michel Parant

    Félicitations à Irène Frachon et à Anne Richard pour son soutien. Je crains qu'une situation analogue soit déjà en cours depuis un an avec l'interdiction de soigner le covid avec des médicaments testés depuis des lustres.

CRÉDITS

réalisation et scénario Anne Richard
image Anne Richard, Bruno Maruani, Nicolas Leborgne, Olivier Raffet
son Pablo Salaun, Jean-Luc Cesco
montage Pauline Casalis, Bruno Maruani
musique Pablo Pico

production Olivier Bourbeillon, Paris Brest Productions
avec la participation de
France Télévisions

Artistes cités sur cette page

portrait Irène Frachon par Vincent Gouriou

Irène Frachon

avatar femme

Anne Richard

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