La mer poubelle

amoco Archive homme qui nettoie la plage

Dans le sillage de l’exposition Bleu pétrole, le scandale Amoco aux Archives départementales d'Ille-et-Vilaine qui retrace les circonstances du naufrage, de ses conséquences et du procès qui s’en est suivi, voici une enquête sur l’évolution des risques de pollution marine 40 ans plus tard.
Le temps semble révolu où de grandes marées noires faisaient régulièrement la une des journaux. Malheureusement de nouveaux périls ont vu le jour : des produits chimiques ou des containers qui s’échappent de navires de plus en plus gigantesques et les micro-plastiques en provenance des fleuves… L’effet est moins spectaculaire mais bien plus dévastateur.

En témoignent les responsables du Cedre et de Vigipol, deux associations bretonnes aux avant-postes de la lutte.

Une coédition avec les Archives départementales d’Ille-et-Vilaine

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FILM

MARÉES NOIRES, FIN DE L'HISTOIRE ?

par Serge Steyer (2020 - 21’)

Les nouvelles pollutions marines

par Axelle Tronscorff

Les pollutions par hydrocarbures

Certains navires sont équipés de cuves appelées ballast destinées à être remplies d’eau de mer, avec pour fonction d’équilibrer le bâtiment, entre autres. À intervalle régulier, ces citernes doivent être purgées : c’est le déballastage. Les liquides rejetés contiennent souvent des hydrocarbures et autres polluants


qui, bien que dilués, n’en demeurent pas moins nocifs pour l’environnement. Le déballastage est une pratique encadrée qui s’effectue normalement dans la zone dédiée d’un port afin que les résidus puissent être traités. Cependant, de nombreux navires opèrent des dégazages ou déballastages sauvages en pleine mer. Considérées comme environ dix fois plus polluantes qu’une marée noire, ces manœuvres affectent la totalité des écosystèmes marins et sont interdites par la convention MARPOL. En Europe et en France, les eaux sont particulièrement surveillées afin de lutter contre cette pollution. La justice française sanctionne les armateurs pris en faute d’une amende oscillant entre 800 000 et un million d’euros. Plusieurs satellites veillent sur l’espace européen et les clichés qu’ils fournissent à différents centres d’études permettent d’identifier rapidement une pollution maritime. Toutes ces mesures semblent porter leurs fruits puisqu’entre 2012 et 2017, seuls trois navires pollueurs ont été interpellés au large des côtes françaises. Cependant, partout ailleurs dans le monde, les pollutions maritimes volontaires atteignent plus de deux millions de tonnes.

Les pollutions au micro-plastique

Chaque année, l’homme produit environ 300 millions de tonnes de plastique, dont près de dix se retrouvent dans les océans. Une partie de ces déchets est visible à l’œil nu : ce sont les macro-plastiques. Bouteilles, emballages, gobelets… ils affectent directement la faune et la flore : étouffements, contamination de la chaîne alimentaire, haute concentration de plastique dans les organismes. La très longue durée de vie du plastique rend cette pollution d’autant plus problématique qu’il se désagrège en particules d’une taille inférieure à 0,5mm,


souvent indétectables pour l’œil humain. On parle alors de micro-plastiques. Ces particules proviennent d’eaux rejetées dans la nature (lessive de vêtements synthétiques, cosmétiques…) ou sont issues de la désagrégation des macro-plastiques. Plus le plastique est poreux et abimé, plus il est en capacité d’interagir avec son environnement et d’absorber des polluants organiques néfastes pour l’organisme, comme les dioxines ou le tétrachlorure de carbone, deux substances cancérigènes détectées dans les océans. Les micro-plastiques se retrouvent en très grandes quantités dans la faune aquatique et deviennent ainsi non seulement dangereuses pour l’écosystème marin mais aussi pour l’humain qui consomme poissons, mollusques et crustacés. À l’échelle humaine, il est encore difficile de mesurer l’impact de la consommation de micro-plastique.
Face à l’état alarmant des océans, il n’existe pas encore de réelles solutions. Le tri, le recyclage et la réduction des plastiques à usage unique sont les possibilités les plus plébiscitées. Des organismes comme WWF militent pour l’adoption d’un accord universel contraignant visant à réduire cette pollution.

Le Cedre

Le Cedre est une équipe d’experts en pollutions accidentelles des eaux. Créé à la fin des années 70, avec le naufrage de l’Amoco Cadiz comme facteur déclencheur, le Cedre opère aussi bien en France qu’à l’international. Composé de 50 techniciens, ingénieurs et docteurs, ils fournissent expertise et conseils aux autorités et structures privées en cas de pollutions. Il est également en charge du réseau de surveillance des macro-déchets et micro-plastiques dans les sédiments littoraux, mandaté par le Ministère de l’écologie. Le Cedre dispose de laboratoires et de dispositifs expérimentaux pour étudier les polluants, mais aussi d’un plateau technique conçu pour la mise en place de formations à l’antipollution.

Vigipol

Vigipol est un syndicat mixte fondé suite au naufrage de l’Amoco Cadiz en 1978. Il est né de la réunion de plusieurs comités de coordination et de vigilance issus des communes littorales polluées. Dès 1980, le Syndicat mixte de protection et de conservation du littoral nord-ouest de la Bretagne lutte pour faire reconnaître la responsabilité des pollueurs, une première à l’époque. Les communes touchées finissent par obtenir gain de cause, mais la justice montre vite ses limites : en réparation, elles n’ont touché que 9% des sommes demandées.
Au début des années 2000, le syndicat est rebaptisé Vigipol (Vigilance Pollution) et est engagé dans la prévention des risques de pollutions maritimes. Il sensibilise et analyse les risques, prépare les collectivités à gérer un éventuel accident et, en cas de pollution, apporte son expertise et son aide dans l’action en justice.
Vigipol rassemble aujourd’hui plus de 135 communes du littoral breton.

REVUE DU WEB

Protéger et nettoyer les océans

SEA PLASTICS >>> Chaque année, plus de neuf millions de tonnes de plastique sont rejetés dans les océans, impactant la faune et la flore marine. Ce constat alarmant est à l’origine de la création, en 2016, de l’association SEA plastics.
LIBÉRATION >>> Beaucoup de fibres plastiques sont présentes dans l'atmosphère. Il y en a dix fois plus dans l'air intérieur qu'extérieur. Une bonne partie des canapés, des rideaux, des housses de couette en polyester et des textiles que l'on peut porter produisent naturellement des micro-plastiques, par usure.
L’EXPRESS >>> Plus d'une centaine d'oiseaux marins mazoutés se sont échoués depuis mi-octobre sur les côtes bretonnes, mettant en cause le Tanio, ce pétrolier malgache qui a sombré en 1980 au large du Finistère.
FRANCE INTER >>> La Société Thomsea est le leader mondial dans la collecte par chalutage de toutes pollutions flottantes, hydrocarbures et macro-déchets. Elle est née de la réaction d'un patron pêcheur face à la marée noire de l'Erika en 2000, Thierry Thomazeau.

COMMENTAIRES

    CRÉDITS

    avec Sophie Bahé, directrice de Vigipol, Arnaud Guéna, adjoint au directeur du Cedre, Christophe Rousseau, ancien adjoint au directeur du Cedre

    réalisation Serge Steyer
    son et finitions Kilian Jarno

    images d’archives Cedre

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