La Mer et les jours

« La Mer et les jours » de Raymond Vogel et Alain Kaminker

La Mer et les jours est un film mythique, un astre noir du cinéma français, tourné en 1958, à l’aube de la Nouvelle vague. Quasi-inaccessible pendant des années, le voilà exposé sur Arte et éditorialisé sur KuB !

Sur l’île de Sein, Raymond Vogel et Alain Kaminker peignent, dans la lumière blafarde de décembre, une icône de l’âme insulaire bretonne. Ils ont sans doute en tête les films que Jean Epstein tourna en Bretagne, de Finis Terrae (1929) au Tempestaire (1947), mais ils s’écartent de son style expressionniste pour adopter une écriture documentaire, mis en scène à la manière de Robert Flaherty, le cinéaste américain qui fonde le genre avec Nanook (1922), et notamment L’homme d’Aran (1934) qui compte bien des points communs avec La Mer et les jours.
Le film de Vogel et Kaminker est sombre et dur, les hommes y sont en lutte contre des éléments, le ciel bas et la tourmente, dans la hantise de la catastrophe. Ils marchent d’un pas lent d’un pôle à l’autre de leur vie réglée : le port, les champs, l’église et son cimetière empli de marins. Joie aux trépassés !

L’équipe artistique du film réunit quelques grands noms en devenir : le montage est signé Henri Colpi (le monteur de Chaplin, Clouzot, Resnais… réalisateur de Une absence aussi longue Palme d’or 1961), la musique c’est Georges Delerue l’un des plus grand compositeurs de l’histoire du cinéma, quant au texte (crucial) du narrateur, il est écrit par le cultissime cinéaste Chris Marker qui allait bientôt réaliser La Jetée (1962). 


Mais la légende de La Mer et les jours a commencé dès la fin du tournage, avec la mort d’Alain Kaminker, balayé par une lame alors qu’il filmait la mer déchaînée depuis un canot de sauvetage. Alain Kaminker, 28 ans, le jeune frère de Simone Kaminker, plus connue sous le nom de Signoret... Simone Signoret qui en 58 était déjà entrée dans l’histoire du cinéma avec Casque d’or, Thérèse Raquin, Les diaboliques

Serge Steyer

Auteur-réalisateur d’une trentaine de documentaires et d’une fiction, auteur d’articles et de publications papier pour Films en Bretagne, dont Photographie de l’activité cinématographie et audiovisuelle en Bretagne (2009) et Réinventons l’audiovisuel public (2013).

quotidien deuil

LA MER ET LES JOURS

un documentaire de Raymond Vogel et Alain Kaminker (1958 – 22’)

Qui voit Sein voit sa fin.

ouest-france article décès kaminker

Sur cette île, soumise aux gros temps, les habitants vivent repliés sur eux-mêmes. La Mer et les jours suit leurs vies pendant la saison d’hiver. Vie à terre, mais surtout en mer où les hommes de l’île n’hésitent pas à sortir le canot de sauvetage au péril de leur vie pour aller sauver les marins naufragés.
Un proverbe breton témoigne du danger de certaines îles de la côte bretonne et particulièrement de l’île de Sein : 

Qui voit Ouessant voit son sang, Qui voit Molène voit sa peine, Qui voit Sein voit sa fin.

Le film a été tourné en 1958. Raymond Vogel et son assistant Alain Kaminker (frère de Simone Signoret) voulaient montrer la dure vie des îliens et pour cela s’intégrer et partager leur vie quotidienne.
 Après quelques réticences, ils furent acceptés et accueillis dans tous les foyers. Il participèrent à un sauvetage en mer, à la relève des gardiens de phare par gros temps. Ils vécurent avec des îliens des drames de la mer, jusqu’au jour où Kaminker, pris par le mal de mer, refusa de rentrer, s’entêta et fut emporté par une lame de fond... Il repose dans le cimetière de l’île.

UNE VIE RUDE ET PAUVRE

REVUE DU WEB

L'Ouest en mémoire >>> L'île de Houat (1960)
L'île morbihannaise de Houat, isolée du continent de 20 kilomètres, est en marge de la modernisation. Privés d'eau potable et d'électricité, les Houatais qui sont traditionnellement pêcheurs mènent une vie rude et pauvre, avec peu de distractions.

L'Ouest en mémoire >>> René Vautier (1989)
Ils étaient tellement décidés à partager la vie des gens de l’île de Sein, que l’un en est mort. Alain Kaminker a voulu tourner à partir du bateau de sauvetage des vues de tempête. Il a été enlevé par une lame, et il est enterré à l’île de Sein. Ce film donc est projeté mais pour les touristes, parce qu’il sert quand même à montrer – d’après les gens de l’île de Sein – il montre la réalité de leur vie. Et puis, quand je formais des jeunes bretons à l’utilisation de la caméra, je les emmenais…

France 3 >>> Rémy Baranger, un patron pêcheur de Loctudy dans le Finistère, nous a fait parvenir les vidéos qu'il a prises ces derniers jours à bord de son chalutier, le Phénix 1. Des images de la mer en furie, où pêcher peut devenir risqué.

Cinémathèque de Bretagne >>> En 1977, René Vautier revient sur l’île et évoque ce tournage dans Mourir pour des images. Richard Lek (patron du canot de sauvetage de Sein) : J’ai sauvé 133 hommes de la mer, je n’en ai perdu qu’un... 
La Mer et les jours est peut-être ce film que Jean Epstein évoquait après le tournage de Mor Vran : Où commencer ? Sein contient les éléments, tous les éléments d’un film magnifique. MOR VRAN n’est que l’esquisse de ce film qui sera fait certainement. Mais je ne crois pas que ce soit par moi. On ne peut aimer deux fois ni recomprendre.

Le Tigre >>> À côté d’autres îles bretonnes (Belle-Île, Ouessant, Groix, etc.), l’Île de Sein peut sembler moins attirante : les guides touristiques insistent sur sa toute petite taille (quelques kilomètres de longueur, quelques centaines de mètres de largeur), son altitude quasi-nulle, son absence d’arbres ou de grandes plages. En réalité, l’île de Sein est tout à fait charmante, toute petite en effet mais avec un bourg assez compact pour qu’on se perde dans ses petites ruelles (minuscules pour bloquer le vent). Elle est surtout hors du temps : il n’y aucune voiture sur l’île (hormis la camionnette des pompiers, celle de l’hôtel Ar-Men, et le chariot élévateur qui sert à débarquer le bateau). 


Même si elle est très peu peuplée l’hiver (une centaine d’habitants, contre environ dix fois plus l’été), l’île a une école, une boulangerie, une épicerie, et... un docteur, installé ici depuis près de dix ans. Au printemps 2012, nous étions en vacances en famille et nous avons dû le consulter : de là est venu l’idée de cet entretien.
Ambroise Menou a soixante-cinq ans. Il habite dans un appartement situé au-dessus du cabinet médical, qui fait aussi pharmacie. Les locaux appartiennent au département du Finistère, qui soutient ainsi la présence d’un médecin sur l’île. C’est chez lui que je l’ai retrouvé, le 30 mai 2012. Il a tout de suite insisté pour qu’on se tutoie.

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20 Juillet 2017 08:00 - Didier M

Le film sur l'île de Sein est émouvant et intéressant