Le dernier des Céfrans

le-dernier-des-cefrans-drapeau

Être ou ne pas être

Dans le décor des Quatre tours au Blanc Mesnil, quartier emblématique de ce qu’on appelle les cités, Rémi balance, entre se bouffer le cerveau avec le chômage ou chercher un travail. Sauf que des boulots pas trop stressants, y en a pas. Reste l’armée... Un vrai dilemme pour un gars qui en a marre de faire le trimard pour rien gratter sans pour autant avoir une âme de guerrier.

L'originalité de ce film tient d'abord à sa langue, une gouaille métissée, poésie d’avant-garde et d’arrière-cour, des dialogues ciselés qui déclenchent bien des éclats de rire. Mais ce n’est pas tout, avec Le dernier des Céfrans, Pierre-Emmanuel Urcun déploie une mise en scène sobre et efficace, où la banlieue et ses zonards sont magnifiés, un art de jouer tranquillement avec le temps (la scène cocasse du Centre de recrutement), de le laisser se dilater tout en s’arrachant à l’indolence du cool.

Le plus drôle, c’est que cette chronique des matamores du 9-3 est agrémentée par la Folia (folie) Vivaldi, summum du tube baroque, petit joyau de préciosité stylistique, comme Le dernier des Céfrans.

LE DERNIER DES CÉFRANS

un film de Pierre-Emmanuel Urcun (2015 – 30’15)

Rémi galère et veut que ça s’arrête. C’est décidé, il va s’engager dans l’armée. Le hic, c’est qu’il n’ose pas en parler à ses quatre meilleurs potes : Boom, Nasser, Redouane et Moussa… En plus, il paraît qu’il est, à présent, le dernier Céfran* de la cité…
* Céfran : nom masculin. argot. Verlan de français. Synonymes : Français d’origine, toubab, babtou, gaulois.

Prix Jean Vigo 2015 du court métrage


FESTIVALS

Festival international du court-métrage de Clermont-Ferrand – Prix Canal+
Festival Les Nuit Méditerranéennes à Corte – Prix Cinéma Grand Action
Festival International du Cinéma Méditerranéen de Tétouan – Prix du Jury
Festival de Vébron – Grand Prix du Jury
Festival Travelling, Rennes – Prix du Public
Festival du cinéma européen de Lille – Prix Spécial du Jury
Festival + le court, Altkirch – Prix du public et Mention Spéciale du Jury
Festival Court maintenant, Saint-Jean-de-Maurienne – Prix du Public
Rencontres Cinéma de Gindou
Festival La Cabina, Valence, Espagne
Festival Phare, Arles
Festival War on screen, Châlons-en-Champagne
Festival Arte Mare, Bastia
Festival Les Pépites du Cinéma à Paris
Festival international du film francophone de Namur
Festival international de cinéma de Morelia, Mexique
Festival Cinemed, Montpellier
Festival nouv.o.monde, Rousset-Pays d’Aix
Brussels Short Film Festival
Festival Les Rencontres Buissonnières, Buisson de Cadouin
Festival Faites des courts, Brie-Comte-Robert
Festival du film de l’Ouest
Festival Court maintenant de Bougival
Festival Résistances, Foix
Festival du court-métrage au pays de Gabin, Mériel
MyFrenchFilmFestival

Désamorcer le drame

INTENTION
le-dernier-des-cefrans-bande

par Pierre-Emmanuel Urcun

Le dernier des Céfrans est une comédie sociale qui, à travers l’amitié indéfectible de cinq amis d’enfance, dresse le portrait d’une jeunesse de France qui cherche sa place.

Je me suis intéressé à la portée symbolique de ce dernier Céfran (un français désigne un blanc et rien d’autre), non pas du point de vue médiatique et son cortège de discours et raccourcis sur la question de l’identité française, mais d’un point de vue autochtone au sens de l’histoire commune de ces jeunes nés dans ce quartier qui est le leur. De là, plutôt que de traiter la question de l’identité ou de la citoyenneté, j'ai préféré explorer certains tabous vis à vis de la banlieue : un territoire connu pour être réfractaire à l’ordre mais paradoxalement grand fournisseur de volontaires de l’armée, la question épineuse de la pratique de l’Islam dans les banlieues... et de les désamorcer par le langage, l'humour, la lucidité et le quotidien tristement banal de ces jeunes.

Le dernier des Céfrans se déroule le temps d’une journée, celle du vendredi, le jour où Rémi et ses amis se retrouvent invariablement. Mais ce jour-là, Rémi va prendre son destin en main et aller s’inscrire dans un centre de recrutement de l’armée. Il se gardera bien de le dire à ses amis de peur d’être jugé...


Déjà plus des gosses mais pas vraiment adultes, Rémi, Nasser, Moussa, Boom et Redouane expérimentent ce moment de la vie où l’on doit se résoudre à faire des choix. Mais plutôt que de traiter cela comme un drame, il m’a semblé plus pertinent et aussi plus honnête d'aller vers la comédie. Avec un humour ancré dans le réel qui s’attacherait justement à désamorcer le drame sans esquiver les sujets qui fâchent. Car le film s’intéresse davantage à poser la question de la lutte face à l’adversité dans le contexte de la banlieue. Rémi doit bien gagner sa vie d’une manière ou d’une autre, Redouane accepter son cancer de l’anus, Boom passer enfin son permis, Nasser prendre de la distance par rapport à son job et Moussa comprendre qu’il ne peut se complaire dans le mensonge.

À travers ces cinq personnages, il est question d’affronter la dureté du réel en y injectant un jeu permanent sur le langage, des situations décalées et un humour qui vire à l’absurde.

PIERRE-EMMANUEL URCUN

BIOGRAPHIE
PIERRE EMMANUEL URCUN

Pierre-Emmanuel Urcun est né à Brest en 1979. Il est diplômé de la Fémis. Il a cofondé la société de production Stank avec Vincent Le Port en 2012.

FILMOGRAPHIE RÉALISATEUR

2017 Rase campagne (fiction, 30')

2015 Le Dernier des Céfrans (fiction, 30')

2014 En attendant Godard (fiction, 16')

2013 Demain C loin (docu/fiction, 59’, coréalisé avec Jean-Baptiste Saurel)

Des projets sans limites

REVUE DU WEB

ACADÉMIE DES CÉSAR >>> Interview de Pierre-Emmanuel Urcun à l'occasion de la nomination du film Le dernier des céfrans pour le césar du meilleur court métrage.

FILM EN BRETAGNE, Élodie Sonnefraud >>> Le Dernier des céfrans de Pierre-Emmanuel Urcun vient de recevoir le Prix Jean-Vigo dans la catégorie court métrage. La distinction a été remise au jeune réalisateur hier des mains d’Agnès Varda.
– Vous parlez d’exigence, c’est aussi un terme qu’on retrouve sur votre site comme une affirmation, pouvez-vous la définir ?
Il s’agit de respecter la maturation d’un projet avant de le mettre en production. Nous essayons de garder ce niveau d’exigence pendant toutes les étapes de fabrication et de respecter ce qu’est une œuvre de cinéma, dans ce qui la constitue.

LA BRASSERIE DU COURT, Clotilde Mydylarama >>> 24 heures en banlieue, entretien avec le réalisateur
Pourquoi l’action du
dernier des Céfrans se passe-t-elle en banlieue ? Vos héros auraient-ils pu être issus de Paris ou d’une zone rurale ?
Le film se passe en banlieue car cela fait dix ans que je réside principalement en banlieue, je filme donc mon environnement proche mais le film aurait très bien pu se voir sous le prisme d’un contexte de certains arrondissements parisiens ou de zones péri-rurales, l’essence du film aurait été la même.

Artistes cités sur cette page

Vincent Le Port réalisateur La Terre

Vincent Le Port

PIERRE EMMANUEL URCUN

Pierre-Emmanuel Urcun

ESPACE PARTICIPATIF

    KuB vous recommande