Volontaire

helene fillieres et diane rouxel

Trouble

Tourné à l’École des Fusiliers Marins de Lorient, et surtout à l’École Navale de Brest, Volontaire est l’occasion pour sa réalisatrice Hélène Fillières de découvrir un milieu qu’elle n’envisageait jusqu’alors que sous l’angle romanesque et à Diane Rouxel, qui incarne l’héroïne du film, de revenir sur les traces de son grand-père, capitaine de vaisseau formé à Brest, auteur de nombreux ouvrages et très respecté dans la Marine.

VOLONTAIRE

BANDE-ANNONCE

un film d'Hélène Fillières

À 23 ans, Laure se cherche. C’est dans la Marine Nationale qu’elle va trouver un cadre, une structure, des repères. Solide et persévérante, elle fait son apprentissage et découvre sa voie.

un film produit par Sidonie Dumas et Matthieu Tarot / ALBERTINE PRODUCTIONS/ GAUMONT / FRANCE 2 CINÉMA sortie en salle le 6 juin

Virilité d'une femme

ENTRETIENS
Helene Fillieres

avec Hélène Fillières

Quelques années après avoir incarné Sandra Paoli dans Mafiosa, vous réalisez Volontaire. On peut y voir un parallèle, l’histoire d’une femme dans un monde d’hommes. Pourquoi ce sujet vous attire-t-il ? Et d’où vient-il ?
Le rôle de Sandra Paoli m’a marquée : une femme à la tête d’un clan mafieux, j’ai découvert que la puissance n’avait pas de sexe. Avec Volontaire, j’ai eu envie d’explorer la question et montrer comment les femmes peuvent trouver leur place dans un milieu masculin, de faire assumer à une femme sa part de virilité.
On parle souvent de l’influence des pères mais personnellement, je me suis plutôt construite dans la relation à mon frère. Nos parents nous ont éduqués et aimés pareil, valorisés de la même manière. Je me suis construite dans l’idée d’une certaine égalité par rapport à lui.

Que gagnent les femmes au contact des hommes, selon vous ?


Plutôt que de gagner quelque chose, ce qui m’intéresse c’est la coexistence des genres et l’interaction entre les hommes et les femmes. Chacun apporte quelque chose à l’autre. Dans Volontaire, c’est un chemin croisé qui se dessine. La jeune fille fait un trajet au cours du film. D’abord réservée et frêle, son expérience au sein de cette institution lui fait gagner en assurance et elle devient solide et aguerrie quand l’homme mûr fait le trajet inverse : au contact de cette jeune fille, il découvre et accepte sa part de fragilité, en se laissant gagner par ses émotions. Il se retire du milieu militaire, affranchi lui aussi, à sa façon.
Au fond, je crois que j’avais, consciemment ou pas, envie de tordre les clichés sur pas mal de choses, de revisiter le rapport homme-femme à l’aune de notre époque et sous un angle romanesque.

L’armée n’est pas un milieu anodin. Pourquoi l’univers de la Marine, le connaissiez-vous ?
Je ne le connaissais pas du tout mais c’est un univers qui me fascine parce qu’il offre du romanesque. Le fait qu’il soit très codé, que les rapports hiérarchiques impriment un mode d’être à l’autre très particulier, avec un langage et une syntaxe si spécifiques, un mode de communication où toute forme d’intimité est impossible. Le milieu militaire représente pour moi le lieu de l’impassibilité par excellence, d’un certain détachement de façade qui masque beaucoup d’humanité. Derrière l’uniforme et la réserve militaire se cachent des hommes et des femmes qui vibrent tout autant que chacun d’entre nous mais qui ne peuvent montrer leurs émotions. Cela me touche beaucoup, je m’y reconnais. Enfin, le milieu militaire est un lieu d’ordre par excellence. Pour l’héroïne, issue d’une famille artistique, qui s’est longtemps cherchée dans ses études, qui cherche sa place au sein de sa famille bousculée comme toutes les jeunes filles par les aléas du schéma œdipien, l’ordre apporté par l’armée est rassurant, structurant. Je l’ai ressenti moi-même quand j’étais jeune, ce désordre de mes vingt ans, et le désordre du milieu artistique m’ont beaucoup déboussolée. J’ai choisi précisément la Marine parce que c’est un monde à part dans l’armée, une forme d’élite. Et qui n’est pas immédiatement associé à l’idée de la guerre, du combat, du conflit armé comme est souvent représentée l’armée dans les films ; c’est avant tout une Institution. Même si la Marine nationale abrite l’une des forces les plus importantes de la Défense : les forces spéciales, autrement dit les commandos marines, qui interviennent régulièrement sur les opérations extérieures.

Quelle est la nature de la relation entre votre jeune héroïne et son supérieur hiérarchique, le Commandant Rivière ?
Je voulais explorer le sentiment amoureux. Questionner le désir et décrypter ses sinuosités en construisant une érotisation des rapports qui s’articule presque malgré eux, telle une transgression involontaire... du fait de leur condition (maître et subordonnée doublée de leur différence d’âge) et de leur situation (contraints de coexister dans un même bureau de part et d’autre d’une vitre). J’aime l’idée du destin. Personne ne séduit personne, c’est le contexte qui les précipite dans les bras l’un de l’autre et qui provoque un sentiment. J’aime la confrontation entre cet homme mûr rompu au devoir de réserve dont le destin va changer au contact de cette jeune femme si peu aguerrie aux complexités de l’existence, qui va faire son initiation à la vie adulte grâce à lui. Elle, si fraîche, si jeune, insouciante presque, va provoquer malgré elle une sorte d’électrochoc dans la vie de ce commandant, en le bousculant par la façon qu’elle a d’être libre, de l’érotiser malgré lui, sans que jamais rien ne soit exprimé, encore moins esquissé par des gestes. Ni l’un ni l’autre ne savent ce qui leur est arrivé. C’est cette tension-là du désir, à peine pensé, qui m’intéressait.

Volontaire est-il un film d’apprentissage ?
Oui, Volontaire est avant tout un portrait de femme. Il raconte l’éclosion de la Femme chez une jeune fille, au sens de devenir femme comme on devient adulte. La formule de Simone de Beauvoir est évidemment très usitée mais pour moi, l’idée que l’on devient femme reste essentielle. On dit bien aux jeunes garçons : tu seras un homme mon fils. Ici, c’est la même chose. À la fin du film, la jeune fille devient une femme en ayant été confrontée d’une part à l’endurcissement physique mais aussi à la complexité des sentiments. Je voulais que cette éclosion passe par un récit initiatique via la case masculine dans ce qu’elle charrie de force, de solidité... et aussi via la case de l’endurcissement émotionnel. J’ai souvent cette expression en tête : Une femme, c’est un homme qui pleure de temps en temps. J’aime cette formule car elle est ambivalente. Est-ce que pleurer, c’est féminin ? Est-ce que les hommes pleurent mais ne le montrent pas ? Pour moi, devenir femme, c’est un trajet vers la maturité. Ça veut dire quoi, devenir grand ? Cette jeune fille, en devenant femme, va comprendre qu’on ne sait jamais vraiment qui on est, et à la fin du film elle aura en quelque sorte passé le cercle de feu, atterri de l’autre côté du miroir, dans le monde adulte...

Pourquoi Lambert Wilson ? Pourquoi Diane Rouxel ?
Lambert Wilson s’est imposé très vite. Déjà parce qu’il a la prestance d’un beau Commandant de Marine, mais surtout parce qu’il dégage quelque chose d’insaisissable, voire d’impénétrable. Rares sont les acteurs français aussi peu lisibles. Son rôle n’était pas facile : peu de dialogues, réussir à faire passer une tension intérieure par une sorte de froideur extérieure. J’ai été comblée par son investissement et sa compréhension du personnage. Il a accepté que je projette sur son visage, sur ses expressions et la longueur des plans que je lui imposais, cette idée très personnelle, très précise et très intime que je me fais de la violence contenue des émotions, de l’étrange état dans lequel nous plongent nos émotions. Lambert a été un partenaire extrêmement précieux. Quant à Diane, pour incarner cette jeune fille, je cherchais un visage relativement inconnu – au sens vierge de toute expérience – et j’ai repéré sa photo dans un magazine. On s’est rencontrées et j’ai tout de suite su que c’était elle. Je voulais une jeune femme gracieuse, très féminine, qui embellisse au fur et mesure de l’histoire, accentuer sa beauté pour mieux souligner la féminité de ce personnage si courageux et solide. Le contraste entre la grâce de son visage et la puissance de son déterminisme me touche énormément. C’est une actrice extrêmement douée, à la fois instinctive et très professionnelle.

Vous avez tourné à l’Ecole des Fusiliers Marins de Lorient, ainsi qu’à l’Ecole Navale de Brest – qui fournit le décor principal du film – avec ses bâtiments épurés et son somptueux terre-plein face à la mer. Cela fut-il compliqué d’obtenir les autorisations de la Marine ?
Non, une fois que les instances militaires ont pris connaissance du scenario, j’ai été extrêmement bien accueillie et accompagnée dans l’aventure. J’ai rencontré des hommes et des femmes de tous grades qui m’ont beaucoup aidée et ouvert les portes d’un univers très protégé. Je leur dois beaucoup et la confiance qu’ils m’ont faite m’a énormément portée.

Le cadre de l’Ecole navale a-t-il fait écho à vos influences cinématographiques ? Quelles sont-elles ?
Oui, le choix du décor principal a été déterminant pour moi, une sorte de déclic. Ce côté très graphique, géométrique, les lignes de fuite, la pureté dans la simplicité...
Mes influences cinématographiques sont assez évidentes et je les assume parce qu’elles me portent et me confortent dans l’idée que je me fais toujours de ce que le cinéma peut encore dire malgré l’arrivée si massive des nouveaux supports de diffusion terriblement compétitifs : je suis très admirative des films de Jean-Pierre Melville, notamment pour la manière qu’ont ses personnages d’occuper un plan. Les dix premières minutes du Samouraï par exemple : la solitude d’Alain Delon, dans des plans extrêmement cadrés, une lumière somptueuse, pas un dialogue. Cela m’émeut beaucoup. Et puis il y a Michael Mann, bien sûr.

Hormis le personnage de votre héroïne, plusieurs figures masculines ressortent ; celle de Rivière (Lambert Wilson), mais aussi celle d’Albertini, l’Instructeur Commando interprété par Alex Descas, et celle de l’Aspirant Dumont, joué par Corentin Fila.
Je voulais également raconter les différentes façons d’être un homme. Rivière est un homme droit qui a tout sacrifié à l’armée, y compris sa vie de père, et qui se trouve déstabilisé par l’arrivée de cette jeune femme. Albertini est plus libre, moins secret. Il assume. Il est une sorte de personnage omniscient qui observe la relation entre Laure et Rivière en la comprenant avant eux. Enfin, l’aspirant Dumont qui lui est libre et libéré, en un mot il est un jeune homme de son époque. Il participe à l’émancipation de l’héroïne avec beaucoup de tact et de générosité. J’aime l’amitié qui se noue entre eux.
Il y a aussi le personnage de Philippe, le fiancé de Laure, interprété avec beaucoup de justesse par Jonathan Couzinié qui est très attachant. J’aime sa réserve et la force des sentiments qu’il éprouve à son égard. Il représente le passé de Laure et fait partie des dommages collatéraux du voyage, mais c’était important pour moi que l’on sente que c’est une étape déchirante pour elle de couper ce lien-là. Je voulais un acteur qui dégage une vraie sensualité et dont on se dirait quel dommage qu’elle le quitte. Comme un prix à payer.
Certaines scènes sont magnifiées par des chansons. L’une est Into My Arms de Nick Cave, l’autre La Vie ne m’apprend rien de Daniel Balavoine.
Elles soulignent des moments-clés. Celle de Nick Cave accompagne une scène au crépuscule - un trajet en voiture avec les deux protagonistes - pour soutenir la tension érotique qui naît entre eux tout en les maintenant dans un silence embarrassant. Celle de Balavoine intervient à deux reprises : d’abord pour exprimer une certaine forme de légèreté lorsqu’elle est reprise en karaoké par son ami Dumont comme un message, puis tel un écho de la première fois, pour accentuer le poids de la gravité du monde adulte quand elle est chantée par Balavoine. Outre ces deux chansons, j’ai eu beaucoup de chance puisque c’est Bruno Coulais qui a composé la musique. À la géométrie des cadres, je voulais opposer la rondeur de la musique. Bruno a créé une bande originale moderne mais douce, presque pop, qui participe beaucoup au climat de tension érotique. À la fin du film, il a notamment écrit un air qui se termine par un solo de trompette, majestueux, déroutant de solitude.

Lambert Wilson

avec Lambert Wilson

Qu’avez-vous aimé dans ce personnage du commandant Rivière qui vous a fait accepter ce rôle ?
C’est une histoire d’amour très originale qui se noue entre Laure (Diane Rouxel), et Rivière. J’ai souvent eu, dans ma carrière, à jouer le silence, l’absence, le manque, l’impossibilité à communiquer... C’était passionnant que cet aspect-là de mon jeu devienne un objet de fantasme. Car Rivière est le héros en creux de Volontaire, son fantasme à elle, Laure. Et au-delà de mon personnage, je trouve que c’est un très beau film. J’aime sa pureté, son coté presque littéraire. Sophistiqué et émouvant...

Qu’arrive-t-il exactement entre votre personnage et celui de Laure ?
Trouble est le mot qu’employait tout le temps Hélène Fillières. Il s’est d’ailleurs passé quelque chose de l’ordre du trouble entre Diane Rouxel et moi ! Ce travail sur l’impossibilité du rapprochement a exacerbé notre jeu. Je ne peux pas dire que je suis tombé amoureux d’elle, mais elle m’a vraiment fasciné. C’est une jeune femme merveilleuse. Professionnelle, courageuse, moderne... Et capable de jouer des situations très subtiles, comme celles que nous avions à interpréter.


Était-ce un avantage d’entre dirigé par une actrice ?
Hélène est fantastiquement directive. Elle a tellement pensé à ses personnages... Elle injectait un fort érotisme dans son rapport au jeu des acteurs, et à ce monde de marins. Ce fut un plaisir d’être dirigé par une femme, qui plus est une actrice. Car elle sait quelle sorte d’animal on est, nos souffrances et nos paresses. Peu de metteurs en scène ont le don de tenir les acteurs pour les empêcher de tomber dans la facilité. Puisque l’acteur, par inquiétude, veut toujours faire du charme. Je pense que mon père m’aurait adoré dans ce film, lui qui me disait toujours d’épurer... Dans ce rôle du Commandant Rivière, je pense être touchant, pas charmant.

Hélène Fillières dit de vous que vous êtes un acteur indéchiffrable...
Mon maître à penser dans le jeu d’acteur, c’est Dirk Bogarde. Ou Anthony Hopkins. Et Bogarde disait que la caméra filme la pensée. Les acteurs qui me fascinent sont ceux qui pensent. C’est aussi dans ma nature de me planquer, d’échapper aux autres, au groupe. Tout en ayant besoin de me sentir aimé... Hélène a compris tout cela.

Vous êtes très crédible en commandant de marine. Avez-vous été tenté par l’armée ?
Au contraire, c’est une phobie depuis l’enfance ! J’avais l’impression, dès mon plus jeune âge, que si j’allais à l’armée y effectuer mon service militaire, j’y perdrais mon identité. Je voyais cela comme quelque chose d’implacable. J’ai d’ailleurs fini par me faire réformer. Sauf que là, jouer un marin, c’était diffèrent. J’ai eu l’impression que c’était un peu comme le football et le rugby ; les marins pratiquent le rugby, les autres armées jouent au foot.

Qu’y-a-t-il de Lambert Wilson dans le personnage du commandant Rivière ?
Il n’est pas moi, bien sûr, mais j’ai pu distiller beaucoup de ma solitude et de ma mélancolie dans ce rôle. Cette impossibilité absolue d’exprimer l’amour. L’idée de deux personnages faits l’un pour l’autre, mais qui se ratent, cela me bouleverse. Je suis très fleur bleue pour ça. Je crois qu’on a quelques grandes amours dans son existence, sauf qu’on ne peut pas forcément les vivre si le timing n’est pas parfait.

Quel est votre rapport avec Hélène Fillières ?
Je lui fais entièrement confiance quant à son gout du cinéma. On aime les mêmes choses. Et les mêmes thèmes. Le trouble, l’impossibilité, les non-dits. Hélène a choisi un univers très beau, cette sorte de western intime avec un graphisme des corps en groupe... Ce qu’elle assume de très européen, c’est le rythme assez lent de son film, ce côté littéraire où il ne se passe pas énormément de choses, mais on tourne quand même les pages avec impatience !

Votre scène-clé ?
La dernière scène du film. On était très angoissés, car cette scène devait sous-tendre l’histoire dans son entier. Tout aurait pu s’écrouler comme un château de cartes si cette séquence n’avait pas été aussi puissante. Heureusement, on l’a tournée chronologiquement, à la fin du film. C’était bouleversant, on n’a pas même eu besoin de jouer, avec Diane, pour ressentir autant d’émotion.

Rouxel Diane

avec Diane Rouxel

On vous a découverte dans La Tête haute d’Emmanuelle Bercot, mais avec Volontaire, c’est la première fois que vous tenez le rôle principal d’un film. Comment s’est faite la rencontre avec Hélène Fillières ?
Quand j’ai rencontré Hélène il y a deux ans, elle m’a posé beaucoup de questions et on a parlé du film pendant des heures. Elle m’a expliqué qu’il s’agissait d’une jeune fille qui s’épanouissait dans un milieu inconnu. Et qui vivait une histoire d’amour qui ne disait pas son nom. Elle comparait cela à de la dentelle. Elle disait qu’il fallait que ce soit délicat, précis, en aucun cas allumeur. Elle a aussi fait référence à Million Dollar Baby, le film de Clint Eastwood. J’ai tout de suite eu envie de travailler avec elle.

Votre grand-père a été capitaine de vaisseau, auteur de nombreux ouvrages, et fort respecté dans la Marine. Cela a pesé dans votre décision ?
Non, mais j’ai beaucoup pensé à lui. Il est hélas décédé peu de temps avant qu’Hélène me propose ce rôle. Et il avait fait l’École navale de Brest, là où se situent la plupart des scènes de Volontaire.


Comment s’est déroulé votre travail avec Lambert Wilson ?
C’était formidable de l’avoir comme partenaire. Et nous avons beaucoup discuté. Dans les scènes que nous tournions ensemble, j’avais toujours peur de trop en faire, tout en voulant être la plus naturelle possible. Hélène m’a poussée à jouer avec lui. Je n’aurais pas osé, je pense, aller aussi loin. Mais du coup, j’ai appris des choses sur mon jeu. Maintenant, j’arrive à me lâcher plus facilement.

Avez-vous beaucoup travaillé physiquement, en amont ?
Oui, avec l’ex-militaire Nicolas Gervais de Lafond. On s’est rencontrés quelques mois avant le début du tournage. Ce jour-là, il m’a fait courir dans un bois, à Paris, et m’a demandé de faire des pompes. Je n’en ai réussi que cinq... Il a donc bâti un programme d’entrainement précis. On se voyait toutes les semaines ou les quinze jours, on faisait du footing et il avait même acheté une corde : on allait dans un square derrière le Sacré-Cœur, il attachait la corde contre un mur et je grimpais ! Le reste du temps, j’allais dans une salle de sport. Puis, peu avant le tournage, avec Corentin Fila, on est partis une semaine s’entraîner avec les bérets verts, sur leur vrai parcours commando, à Lorient.

Cela vous a plu, cet aspect physique de votre rôle ?
Oui, j’ai adoré ! Moins pour le coté Actor’s Studio que par défi personnel. Par exemple, mon personnage devait passer tout le film en Rangers. Du coup je m’en suis procuré avant le début du tournage et j’ai passé des semaines à les porter sans cesse, à Paris, car je voulais m’y faire... En réalité, c’était génial, je me sentais invincible avec !

Quelle était la pression d’un premier premier rôle ?
Énorme ! Parfois, j’avais peur de ficher en l’air le film ! Mais je sentais la bienveillance d’Hélène. Elle m’a beaucoup rassurée. Et le fait qu’elle soit actrice m’a aidée ; elle savait ce qui marchait ou pas. J’ai également beaucoup pensé à mon personnage, Laure. J’imaginais qui elle pouvait être, cette jeune fille qui veut trouver sa voie, qui en a marre de ses études à rallonge. Parfois, je ne m’en sentais pas si éloignée... Ce qui est touchant chez elle, c’est sa force, c’est qu’elle est volontaire, justement...

Rouxel et Lambert
Rouxel volontaire

avec Nicolas Gervais de Lafond

Vous avez été conseiller militaire sur le tournage de Volontaire. Quel a été votre parcours auparavant ?
J’ai 47 ans, dont 22 ans dans la Marine, que j’ai quittée avec le grade de capitaine de frégate, le grade de Lambert Wilson dans le film. J’ai notamment commandé l’un des sept Commandos Marine existants, le Commando de Montfort. En tant qu’officier des forces spéciales, j’ai souvent été sur le terrain, en Afghanistan, au Mali ou en Somalie. Je venais de quitter la Marine et les Armées quand on m’a proposé de travailler sur ce film. Je n’avais jamais fait ça, mais l’idée me plaisait, comme une transition en douceur avant de me lancer dans une nouvelle vie.

Quel a été votre apport au film d’Hélène Fillières ?
J’ai commencé par lire le scénario et je me suis permis, puisque Hélène voulait que les choses soient le plus justes possible, de lui suggérer des modifications dans les dialogues, lors des cérémonies, ou encore dans les attitudes... Le monde militaire a son langage, tout y est très codé, je voulais l’aider à ce que le film traduise cela au mieux. Ensuite, j’ai beaucoup travaillé avec les acteurs.


Lambert Wilson interprète un commandant qui a une solide carrière derrière lui. Que lui avez-vous transmis ?
Il fallait qu’il sache adopter les attitudes d’un véritable officier de Marine et notamment saluer, et marcher au pas. Mine de rien, ce n’est pas facile ! On est allés au bois de Boulogne, devant l’Hippodrome d’Auteuil, j’ai mis de la musique militaire sur mon iPhone et je lui ai demandé de marcher. J’ai réalisé qu’il n’y arrivait pas du tout ! Il faut savoir que certaines armées marchent mieux que d’autres parce qu’elles défilent plus souvent ; l’Armée de Terre par exemple. D’autres marchent beaucoup moins bien, comme les jeunes polytechniciens. On s’est donc filmés, c’est là que j’ai découvert ses talents d’éponge. Hop, il a chopé le truc un jour, et c’était bon.

Comment avez-vous abordé l’entraînement de Diane Rouxel ?
La première fois, quand elle n’a réussi à faire que cinq pompes, je me suis dit ah, ça va être dur ! Mais elle a une bonne condition physique et elle s’est impliquée à fond dans le programme. Sauf que nous devions faire attention : elle ne devait pas se blesser en forçant trop, ni arriver sur le tournage avec de gros muscles. Il fallait juste la préparer au tournage des épreuves commando. Avec Corentin Fila, que j’ai également entraîné, c’était plus facile, car il pratique déjà régulièrement la boxe.

Sur le plateau, quel a été l’apprentissage le plus difficile ?
Eh bien c’est tout bête : comment positionner son couvre-chef ! Au fil des scènes, les acteurs devaient porter la casquette, le tricorne ou le béret. Si c’est un automatisme pour moi, ce n’était pas aisé à transmettre. La casquette, par exemple, se positionne à l’horizontale, en laissant l’épaisseur de deux doigts au-dessus des sourcils. Mais le plus dur, c’est le béret. Il doit être mis à la perfection et pour cela, il faut qu’il soit fait à votre crâne. Le problème, notamment avec Lambert Wilson, c’est qu’il a eu un béret neuf. Il a fallu le travailler. Le monde des commandos marine, tel que décrit dans Volontaire, semble particulièrement exigeant. Les scènes d’entraînement ont pu être tournées sur les vrais parcours des aspirants bérets verts - notamment le passage sur un bout – c’est comme ça qu’on appelle une corde dans la Marine - tendu au-dessus de ce grand bassin d’eau saumâtre. Et je vous assure qu’en réalité, c’est encore plus difficile que ce qu’on voit dans le film, et cela dure deux mois à ce rythme avant de savoir si on est pris ou pas. Mais la préparation, l’entraînement et les moyens dont on dispose sont tels, tout au long de sa carrière, que lorsqu’on fait partie des commandos marine, on arrive à remplir des missions très risquées tout en surmontant sa peur.

Qu’est-ce qui dans Volontaire, s’inscrit dans votre parcours militaire ?
Volontaire
décrit très justement l’engagement de notre parcours de militaire qui nous élève et nous malmène à la fois ; au plus profond de notre vie personnelle. Hélène raconte une histoire, elle ne fait pas un documentaire et pourtant il y a un ancrage fort au réel, plein de choses que beaucoup d’entre nous vivons ou avons vécues dans nos carrières. J’aime le titre qu’elle a retenu pour son film (Volontaire) ; notre vie de militaire est un choix difficile mais pleinement assumé.

HÉLÈNE FILLIÈRES

BIOGRAPHIE
helene fillieres et diane rouxel

Née en 1972 à Paris, fille d'une enseignante et d'un cadre d'Air France, Hélène Fillières grandit entre l'Europe, le Brésil et les États-Unis. Sa sœur aînée Sophie, future cinéaste, la fait jouer, adolescente, dans ses premiers travaux.
C'est à la télévision qu'Hélène Fillières trouve un de ses rôles les plus marquants, celui de Sandra, héroïne déterminée de la série à succès Mafiosa, diffusée sur Canal+ à partir de 2006.
Après l'arrêt de la série en 2014, Hélène Fillières se fait plus rare sur les écrans. En 2018, elle sort son nouveau long métrage Volontaire, se déroulant dans le milieu militaire et voyant une jeune recrue (Diane Rouxel) déterminée à s'imposer dans cet univers viril.

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REVUE DU WEB

TÉLÉRAMA >>> On ne voit qu’elles, les lignes géométriques époustouflantes de l’Ecole navale de Brest, sublimées par le directeur de la photographie Eric Dumont, dans le film d’Hélène Fillières, Volontaire. Un lieu hautement cinématographique où vont s’épanouir les passions et les espoirs de l’aspirant Baer (l’actrice Diane Rouxel), jeune fille bardée de diplômes venue chercher un cadre et un avenir au sein des fusiliers marins.

LE FIGARO >>> Le plus beau compliment qu'a reçu Hélène Fillières pour Volontaire, tourné à l'école navale de Brest, vient des marins. Il leur a rappelé Crabe-tambour de Pierre Schoendoerffer, dit la réalisatrice brune, heureuse d'avoir rempli sa «mission» et d'avoir été «à la hauteur de la confiance» que la Marine nationale avait placée en elle.

20 MINUTES >>> Volontaire torpille les clichés sur les filles qui s'engagent dans la Marine.
J’ai été surprise de rencontrer tant de jeunes filles épanouies dans la Marine. Elles parviennent à s’imposer sans renoncer à leur féminité, insiste Hélène Fillières. Elle fait partager l’expérience de son personnage passant de gamine timide à militaire bien dans sa peau. Elle met en scène de vrais entraînements qu’elle a soigneusement étudiés.

CRÉDITS

Le commandant Rivière Lambert Wilson
L’aspirant Baer Diane Rouxel
L’enseigne de vaisseau Corentin Fila
Dumont Albertini Alex Descas
Philippe Jonathan Couzinie
Marchaudon Igor Kovalsky
Le commandant adjoint Hélène Fillières
La mère Josiane Balasko
Le père André Marcon

réalisation Hélène Fillières
scénario Hélène Fillières, Mathias Gavarry
musique originale Bruno Coulais
montage Yves Deschamps
image Éric Dumont
son Thomas Guytard, Vincent Montrobert, Jean-Paul Hurier
décors Jérémy Streliski
costumes Laurence Struz
assistant-réal Joseph Rapp

scripte Françoise Thouvenot
casting Tatiana Vialle
direction de prod Vincent Lefeuvre
produit par Sidonie Dumas et Matthieu Tarot, Albertine Productions
en coproduction avec Gaumont et France 2 Cinéma
avec la participation de Canal+, Ciné+
le soutien de l’Angoa et de la Région Bretagne
et d'Entourage Pictures

Artistes cités sur cette page

helene fillieres portrait

Hélène Fillières

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