Petit chef

Tous les jours

L’entreprise n’est pas seulement le lieu d’exécution de tâches contre rémunération, il est aussi un moyen pour chacun de se valoriser et d’éprouver sa capacité à faire équipe, à être à la fois concentré et solidaire…
Il arrive cependant que des interférences apparaissent, quand les salariés sont mis en concurrence, quand s’installe un jeu malsain de domination au service de l’élimination des rivaux, pour grimper dans la hiérarchie.
La firme est le terrain de jeu des chefs, parmi lesquels certains s’autorisent à assouvir des penchants pervers. C’est une histoire de ce genre que raconte Philippe Orreindy dans son court métrage Tous les jours, une histoire inspirée d’une épreuve subie par une proche au sein de son entreprise.

TOUS LES JOURS

de Philippe Orreindy (2017 - 14’)

Françoise, cadre en entreprise, est sous l’emprise psychologique perverse de son supérieur hiérarchique. Mais, est-ce la réalité ou l’effet hallucinatoire de ses angoisses ?

>>> un film produit par Brewenn Hellec-Renoux, Les films de l’Heure Bleue

Expérience personnelle

INTENTION

L'idée de ce film m'est venue de l'expérience personnelle d’une proche, ayant travaillé en tant que cadre dans plusieurs sociétés, de la petite à la très grande entreprise. À chaque fois, elle fut surprise par le nombre de personnes – principalement des femmes - subissant des pressions psychologiques de la part de leurs supérieurs. Elle fut elle-même victime de harcèlement moral de la part de son dernier chef. Complètement anéantie par la morgue et la mauvaise foi de son supérieur, elle sentit qu’elle prenait un chemin dépressif, voire suicidaire, alors que ce n’est pas du tout son profil psychologique. Il faut dire que les pervers préfèrent la plupart du temps des proies au caractère fort qui résistent, pour que le jeu en vaille la chandelle.
En derniers recours, la victime prit la décision de consulter le médecin du travail. Celle-ci lui répondit qu’il ne fallait surtout pas contrer un pervers, mais fuir le plus vite possible. Elle l’aida à monter un dossier médical pour qu’elle puisse changer de service sans l’aval de son chef. Encore faut-il avoir la chance d’être bien conseillé et entouré, professionnellement et par ses proches...


Car les mensonges, les fourberies, les reproches de mauvaise foi - jamais par écrit - ou les chantages déguisés dont le but est la négation perfide de la compétence professionnelle de la personne - voire même de son humanité - démolissent à petit feu. Le chef en question était presque arrivé à la convaincre que c’était elle qui n’était pas normale. Et, comme cette torture est psychologique, elle ne laisse aucune trace visible... C'est ce que j'ai voulu mettre en exergue dans ce court-métrage. Montrer la détresse quotidienne de cette femme dans cet univers kafkaïen qu’est l’entreprise d’où elle ne peut s’échapper et où le même schéma de domination/subordination se reproduit tous les jours. (L’imprécision de la branche de l’entreprise est volontaire : elle peut se situer dans l’import-export, dans les produits du bâtiment, de l’agroalimentaire ou dans l’industrie pharmaceutique…).
Cette répétition est l’arme du pervers, à savoir, l’usure récurrente de déni, de confusions et de manigances. Et petit à petit nous entrons comme elle (et en elle) dans une sorte de schizophrénie paranoïaque, une perception altérée de la réalité, d’autant plus que cette femme pourtant combative prend des antidépresseurs contre le stress. La structure dramatique et le montage jouent sur cette confusion : la perversité psychologique de son supérieur et l’augmentation des doses de ses médicaments font que la victime ne distingue plus ce qui est réel ou imaginaire (et le spectateur non plus). Ainsi, la perversité de son chef est-elle vraie ou fausse ? Ne l’alimente-t-elle pas elle-même ? La scène volontairement violente des toilettes vient le confirmer. (Cette scène est surtout la visualisation des chocs psychologiques qui ne se voient pas). D'une part parce qu'elle transcende la réalité mais aussi pour démontrer que l'imaginaire peut être débordant et jouer lui-même un rôle de victimisation. Le pervers a pratiquement gagné puisqu’il renverse la situation en semant le doute : si la victime est vraiment folle, le bourreau n’est peut-être pas aussi pervers que cela. La fin confirme cette ambigüité également laissée au spectateur : l’image du suicide est-elle une envie de passage à l’acte d’une victime qui vit sa dernière journée de trop ou la métaphore d’un désir de libération ? Quelle que soit la réponse, face à un pervers, la seule solution est la fuite. C’est ce jeu entre la réalité et l’imaginaire (ou la folie) qui m’a intéressé, tout comme le jeu entre le vrai et le faux structurait mon précédent court métrage J’attendrai le suivant... Mais, alors que ce dernier était une comédie réaliste à chute, celui-ci est un thriller psychologique qui joue subtilement avec le fantastique - la victime évolue dans des décors froids et immenses, de plus en plus vides - et dont la forme peut paraître surprenante pour un sujet social. Ainsi, la mise en image ne suit pas volontairement le côté réaliste du cinéma social. L’esthétisme du film puise ses références à la fois dans le cinéma classique américain et les thrillers des pays scandinaves ; tout en essayant d’être le plus possible sobre et juste, sans effets de caméra à la mode ou tape à l’œil. Ce film correspond à mon évolution de réalisateur, ayant un projet de long métrage de même facture. Mais avec ce film, je voulais surtout - par une approche originale, un suspense psychologique et de l’émotion - ouvrir le débat sur un phénomène sociétal plutôt tabou, qui se médiatise assez lentement…

PHILIPPE ORREINDY

BIOGRAPHIE
Philippe Orreindy réalisateur

Philippe Orreindy a commencé par réaliser des films de commande pour des grands groupes et des séries de courts à caractère culturel, puis des documentaires pour la télévision. Il s’est spécialisé dans la fiction depuis son court métrage J’attendrai le suivant… nommé aux Oscars, aux César et primé plus de trente cinq fois à l'international (European Film Award). Il est également scénariste.
Il continue à réaliser des documentaires avec toujours autant de plaisir, convaincu que les deux genres sont intimement liés.

Harcèlement au travail

REVUE DU WEB

PAPER TO FILM >>> C’est un thriller psychologique un peu fantastique. Avec le temps, je me suis rendu compte que ce qui me plaît le plus c’est ce genre d’univers. En rentrant petit à petit dans la tête de la victime, on finit par douter de la réalité de cette situation.

PSYCHOLOGIES, Laurence Ravier >>> Le harcèlement moral au travail se définit par une conduite abusive - gestes, paroles, attitudes, comportements... - qui porte atteinte, par sa répétition et sa systématisation, à la dignité, ou à l'intégrité physique ou psychique d'une personne. Une conduite qui va dès lors mettre en péril l'emploi de cette personne ou dégrader le climat de travail.

CRÉDITS

scénario et réalisation Philippe Orreindy
co-auteur Jean-Michel Mézy

avec Aurélia Petit, Stanislas Stanic, Genevieve Robin, Emmanuelle Cousin, Bahadir Canioglu

directeur de la photographie Maxime Heraud
chef opérateur son et mixeur Vincent Pessogneaux
chef électricien Enguerand Gicquel
chef monteuse image Pascale-Berson Lécuyer

production Les films de l’Heure bleue
avec la participation de France2
et le soutien de la Région Lorraine
en partenariat avec le CNC

Artistes cités sur cette page

Philippe Orreindy réalisateur

Philippe Orreindy

ESPACE PARTICIPATIF

    KuB vous recommande