En compagnie des anges

En plein concert Spinosi devant public

Jean-Christophe Spinosi est un médium, traversé par les musiques qu’il fait naître du cœur des ensembles musicaux qu’il dirige à travers le monde. Ce fluide qui sourd à travers lui, Olivier Bourbeillon a su le mettre en scène dans son film Sacrée musique.

D’entrée de jeu, le musicien est montré en train d’écouter activement une pièce, de l’embrasser, de la modeler de ses mains. Visage poupon, Spinosi livre sans pudeur sa passion, la manière dont les émotions le traversent dès lors qu’il s’agit de donner vie à une oeuvre musicale. À l’orchestre de Moscou qui interprète le Messie de Haendel, il reproche de jouer la partition, lui rappelant que la musique se joue ailleurs, au-delà du script, que pour atteindre le sacré il faut s’envoler en compagnie des anges, que l’on y croie ou pas, larguer les amarres de la raison pour chercher la compagnie des dieux.

Pendant un an, Olivier emboite le pas de Jean-Christophe qui se dépense sans compter pour propager sa vision d’une musique généreuse et débridée.

FILM

SACRÉE MUSIQUE

d’Olivier Bourbeillon (2017 - 54’)

D’un concert à l’autre, de ville en ville, pays après pays, Jean-Christophe Spinosi court pour faire vivre la musique. À chaque escale, il combat la bienséance d’un monde trop classique dont il s’affranchit sans faux-semblants. Et peu lui importe s’il dérange, Jean-Christophe est libre. Le film traverse toutes les musiques, de Mozart à Saint Saëns en passant par Scott Bradley, le musicien de Tex Avery. Originaire de Corse, implanté à Brest avec son Ensemble Matheus, violoniste, chef d’orchestre, raconteur d’histoires, Spinosi n’est jamais où on l’attend.

>>> un film produit par Paris Brest Productions

INTENTION

Casser les murs

par Olivier Bourbeillon

En répétition sourire de Spinosi

J'ai souhaité dessiner un portrait de l’homme et du chef Spinosi. Il se rend libre pour trouver la vérité de son art, dans un film que j'ai voulu plein de force, d’humour, gorgé de vie, un tourbillon d’images, de sons, d’airs, de gestes.

Quand on parle d’écrire, textes, poèmes, romans ou scénarios, il s’agit toujours de raconter des histoires. En musique aussi, car notre esprit vagabonde… images, sensations naissent. Spinosi est un conteur. Cet art permet de raconter des histoires ; ma mère évoquait un concerto pour clarinette de Weber en disant que l’instrument soliste était perdu dans la forêt, rencontrait un vilain loup, avant de voir une maison où se réfugier. Mettre des mots sur une pièce peut lui donner du sens. À cet égard, les petits ont des oreilles bien plus ouvertes que vous.

L’ambition première est bien sûr de faire aimer la musique, classique ou autre.


J.C. Spinosi est un lien vivant entre spectateurs et musique. Il décloisonne, se fiche des apparences et des rites. La musique est souvent vue comme élitiste, dite savante. Jean-Christophe s’emploie à casser ces murs pour rendre la musique accessible.

À huit ans, j’ai découvert l’Ode à la joie de Beethoven et ce fut un choc. Donc… tous les espoirs sont permis ! Je ne lis ni la musique, ni possède l’oreille absolue ; seulement j’en écoute tout le temps et en ai le goût pour l’utiliser ou faire travailler des compositeurs dans les films.

Tout le monde est capable de ressentir la musique vivre si on lui en laisse la liberté, au lieu de la tenir en distance et de le culpabiliser. De toute l’histoire de la musique classique, notre époque est la plus conservatrice ! Et ça marche, les gens sont comme des gamins. On décongèle les publics les plus conservateurs… Parce que nous sommes des militants du classique, mais que nous y mettons toute notre passion, ce n’est pas la laisser dans le formol !

Jean-Christophe Spinosi désacralise les rites d’apparats mais jamais la musique. Il le dit lui-même, je mets en scène la musique plus que je la dirige. Loin d’un chef distant et sacré, il choisit de nous communiquer son énergie autant par ses mots que par la précision de sa baguette ou de son violon. Il est capable d’haranguer une foule et une minute plus tard de se re-concentrer face à son orchestre. Bref, nous proposons de filmer un homme à l’énergie rare.

BIOGRAPHIE

Jean-Christope Spinosi

Jean-Christophe Spinosi

Musicien humaniste et audacieux, Jean-Christophe Spinosi n’hésite pas à décloisonner les genres pour aller à la rencontre de nouveaux publics. Baroque, classique, romantique, contemporain, le projet artistique poursuivi par Jean-Christophe Spinosi le pousse à explorer tous les répertoires en s’affranchissant de toutes les frontières. Chaque saison, Jean-Christophe Spinosi, aux côtés de son Ensemble Matheus, dirige de nouvelles productions. Des concerts donnés dans les plus prestigieuses salles, au Carnegie Hall de New-York ou en plein air à Central Park, à bord du Queen Mary II ou embarqué dans un vol long-courrier vers la Corée... Peu importe le lieu, l’imagination de Jean-Christophe Spinosi ne connaît aucune limite.


Chef d’orchestre français à la carrière internationale, le monde de l’opéra symphonique et lyrique lui ouvre ses portes et reconnaît son audace. Il est ainsi l’invité régulier des plus grandes formations symphoniques internationales : Orchestre symphonique de Vienne, Orchestre de la radio de Berlin, Orchestre national d’Espagne, Philharmonie de Monte-Carlo, Orchestre de Paris … Il fera ses débuts cette saison avec le Berliner Philharmoniker. Lors de la saison à venir, il poursuivra son projet artistique à l’échelle nationale avec son programme Mozart dans la cité qu’il a lancé en Seine-Saint-Denis en décembre 2019.

BIOGRAPHIE

Olivier Bourbeillon

Olivier Bourbeillon La dernière journée KuB

Né en 1957 à Dinan, Olivier Bourbeillon devient brestois à l’âge de sept ans. En 1983, il crée, avec la Ville de Brest, le Festival du film court dont il est le président jusqu’en 1991. Il fonde, en 1989, avec Alain Rocca, la société Lazennec Bretagne, puis, en 1999, Paris-Brest Productions qui lui permet de produire une vingtaine de courts métrages de fiction et un peu moins de documentaires et de poursuivre sa carrière de réalisateur.

En 1983, il réalise son premier film La fiancée, premier court métrage tourné à Brest qui sera suivi en 1988 par un documentaire Le manteau de papier (1988) et en 1992, son premier long métrage Rêve de Siam. Depuis les années 2000, il réalise des documentaires : Le grand manège avec Claude Chabrol (2006), Une vie en forme d’arête : Boris Vian (2013), Au cœur du Télégramme (2014) et plus récemment deux films avec Jean-Christophe Spinosi et l’Ensemble Matheus La folle nuit Matheus (2014) et Sacrée musique (2017).

REVUE DU WEB

La musique dans tous ses états

FRANCE 3 >>> Avec son orchestre Ensemble Matheus, il a démarré un grand voyage dans lequel il fait vivre la musique avec ses tripes, au-delà des bienséances d’un monde trop classique. À chaque escale, d’un concert à l’autre, d’une ville à l’autre, d’un pays à l’autre, l’intenable chef d’orchestre pose sa patte sur une œuvre, avec un orchestre qui ne suit pas que sa baguette, mais le fond de son âme.
OUEST-FRANCE >>> La grande force du film réside dans le va-et-vient incessant, le décryptage, entre les notes de musique et le ressenti du chef. Spinosi explique : Quand je prépare une partition, je vis une série d’émotions comme si je regardais un film. Par empathie, les musiciens vont éprouver les mêmes. C’est ça, le secret de la direction. La musique comme supra conducteurs des émotions.
FRANCE INTER >>> Si Jean-Christophe Spinosi était un animal ce serait un chien fou qui, dès qu’il le peut, s’amuse… Le chef et violoniste ne s’interdit rien. Il peut remplir le Théâtre des Champs Élysées à Paris comme le festival rock des Vieilles Charrues. L’essentiel est de ne pas enfermer le classique dans une case élitiste.

COMMENTAIRES

  • 14 Septembre 2021 21:45 - Pascale Mac'Avoy

    Que la musique classique devienne vivante, pleine de passion, qu'elle sorte de sa chrysalide et devienne papillon,libre, enfin!
    Ce chef est amoureux et nous rend le monde neuf à nouveau. C'est de la joie, une joie profonde. Je suis émerveillée !

  • 11 Septembre 2021 17:27 - Le Baquer.

    Passionnant !

CRÉDITS

réalisation Olivier Bourbeillon
image Nicolas Leborge, Emilie Auje, Pascal Auffray, Alain Guichaoua, Pierre Souchar
son Samuel Mittelman, Julien Abgrall, Nicolas Joly
montage image Emmanuelle Pencalet

production Céline Loiseau, TS Productions – Olivier Bourbeillon, Paris-Brest Productions

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