Courage, fuyons !

Rosalie face au miroir

Les enfants sont nourris, inspirés, éduqués par leurs parents, qu’ils voient comme des modèles. Mais il peut arriver qu'un jour le rêve se fissure, que les héros tombent de leur piédestal.
Quand les parents se déchirent, les enfants épongent la tourmente. C’est ce qu’interprète avec justesse Julie Henry, en jeune femme qui voit en son père un homme d’une inconséquence crasse, et en sa mère une femme qui se néglige. La présence de l'amante du père dans le nid familial est l’étincelle qui précipite l’éclatement du foyer. Une apocalypse heureuse puisque les enfants s'en vont prendre le large, pour leur plus grand bien.

ROSALIE S'EN VA

de Sonia Larue (2007 - 13')

Rosalie est une jeune fille d'aujourd'hui aux prises avec la décrépitude du rapport amoureux de ses parents, un couple en fin de parcours qui cache ses conflits derrière des non-dits explosifs. Profitant de l'absence de la mère, le père de Rosalie installe sa jeune maîtresse, Lucia, au domicile familial.

>>> un film produit par Olivier Bourbeillon, Paris-Brest et Valérie Fouquier Le Gal, Noroît


Sélections en festivals
Grand prix Festival du film de Pontault-Combault 2008 - Festival du film court de Grenoble - Festival européen du film court de Brest - Premiers plans d’Angers - Festival de courts-métrages de l’île de La Réunion - Festival international du film d’amour de Mons (Belgique) - Festival de Douarnenez - Festival du film de famille de St-Ouen - - Festival international de Bruxelles - Festivals de Valencienne, de Nice, d’Altkirch - Concours international de courts de Toulouse

Ce qui se trame en silence

INTENTION
Père Rosalie et sa maitresse Lucia

par Sonia Larue

Parler des prémisses de Rosalie s’en va revient inévitablement à évoquer mon arrivée en Bretagne.
Un unique séjour quelques mois auparavant m’avait convaincue que je pouvais y trouver une nouvelle terre d’accueil et de travail. Les lumières du Finistère, semblables à des tableaux de Turner, ses silences, ont touché une part d’intimité en sommeil : cette sensation très particulière qu’ici la Terre tourne un peu moins vite qu’ailleurs. Ici c’est la campagne, et c’est rien de le dire. Mais la campagne avec la mer.
Quand je doute parfois de la bonne idée d’être venue ici, je fonce sur le beg pour regarder la mer. Par n’importe quel temps, c’est une vision qui me rassérène. La ligne d’horizon ne bouge pas d’un pouce, qu’il vente et que la mer soit grosse, que le soleil brille un peu en biais à sa surface, que l’écume fasse la folle sur la digue en se prenant pour de la neige, la même distance nous sépare chaque jour.
Quitter la grande ville pour venir ici m’a offert un autre regard.


Prendre le temps de regarder vraiment, de m’imprégner, d’écrire. Et tout ce que j’ai vu, senti, photographié, écrit, me donne des envies d’images, des désirs de films. J’ai travaillé auprès de nombreux réalisateurs en les assistant avec passion dans la création de leurs films. Je les ai vus travailler, chercher, douter, et parfois trouver le chemin de notre cœur. Aujourd’hui, je veux moi aussi prendre une caméra, chercher, douter, partager et transmettre les sensations, les questions, les sentiments qui sont les miens.
J’ai volontairement isolé un moment unique à l’aube d’une implosion familiale. Le personnage de Rosalie prend ses racines dans la jeune fille que j’ai été. Mais l’histoire que j’ai choisie de raconter reflète des questions universelles à un âge où l’on se prépare à entrer dans la vie adulte. Comment se construit-on en tant que jeune femme lorsque l’on voit ses parents abdiquer tout souvenir du sentiment amoureux ? Comment recevoir une féminité en devenir aux côtés d’une mère qui lâche prise ? Comment faire ses premiers pas avec confiance quand les parents, premiers modèles de la vie, se déchirent et s’abandonnent l’un l’autre à leurs petites lâchetés ?

Rosalie est une jeune fille pleine de vie et d’envies. Mais sa gaité se heurte aux non-dits permanents, aux maux qu’il faut taire et qui empêchent d’avancer. Ce qui se passe sous ses yeux, banal - un père part avec une jeunesse - la contraint à prendre une décision, à agir, à grandir. Il n’est pas question ici de morale, mais plutôt de l’image que Rosalie, toute jeune adulte, tente de conserver du couple parental, en pleine déliquescence. Ce n’est pas tant la trame qui me tient, que ce qui se trame en silence entre les personnages, dans la difficulté des mots à prononcer, quand déjà tout se sait. J’aime tous mes personnages, avec leurs tendresses, leurs failles, leurs contradictions.

Pour mettre en image cette histoire, j’ai voulu que la caméra soit au plus près des personnages. Une caméra mobile, mouvante, prête à bondir comme Rosalie est prête à mordre. J’ai voulu filmer les reflets dans les miroirs, capter les regards qui fuient et les silences qui chuchotent, palper la tension qui règne dans la maison. La maison plantée dans la lande, avec son océan qui gronde au loin, est un personnage à part entière. Avec ses couloirs et ses portes entrouvertes, elle contribue à enfermer Rosalie et les siens dans un huis-clos étouffant. Dont on ne peut que vouloir partir si l’on veut rester vivant.

La musique devait enfin coller à l’humeur de Rosalie, comme un reflet de son âme. D’abord minimaliste et secrète, elle a accompagné le vent de liberté qui souffle sur son départ. Mais n’a jamais oublié de faire la part belle aux silences.

Sonia Larue

BIOGRAPHIE
Sonia Larue ©Lol Thomas

Sonia Larue est née et a grandi à Saint-Denis. Elle quitte Paris pour la Bretagne en 2004, après avoir passé plusieurs années à assister des réalisateurs tels que Tony Gatlif (Transylvania), Pierre Jolivet ou Diane Bertrand. Elle commence à écrire ses propres films, ancrés dans ce nouvel environnement. Ainsi sont nées plusieurs fictions (Rosalie s’en va, 2007 ; L’enfant Do, 2010 ; Du grain à moudre, 2014), un film expérimental (Lettres Rebelles) et un documentaire (Travailleuses, travailleuses ! - 2018). Elle a également travaillé aux castings de longs métrages tournés en Bretagne et à de multiples collaborations dans l’écriture de scénarios, la photographie et le théâtre.

Retrouvez la fiche artiste ici.

Un moment cathartique

REVUE DU WEB

RADIO BALISES >>> Sonia Larue est l'invitée du RockClub : J'ai voulu dépeindre un moment cathartique où les choses se concentrent et explosent.

PARIS-BREST PRODUCTION >>> Entretien avec Sonia Larue : un film est toujours une aventure collective intense, c’était aussi une façon de chercher ici, en Bretagne, des compagnons de route en cinéma. Et j’en ai trouvé, des unes et des uns, et on se suit encore.

CRÉDITS

avec Julie Henry, Marie Tacquet, Camille Kerdellant, Baptiste Roussilon, Sandrine Bodénès
auteure-réalisatrice
Sonia Larue

chef opératrice Virginie Pichot
assistante réalisation Marie-Baptiste Roches
son Jean Umansky
scripte Vanessa Le Reste
décorateur Pierre Kerhervé
monteur image Célia Lafitedupont
musique Eric Thomas

production Paris-Brest Productions & Noroît productions
directeur de production Éric Lionnais
avec le soutien du CNC, Département du Finistère, TVR

Artistes cités sur cette page

Sonia Larue ©Lol Thomas

Sonia Larue

ESPACE PARTICIPATIF

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