Bruce Lee revival

Petit Dragon Bruce Lee casse une bougie

Le Petit Dragon est un bijou sur lequel le temps n’a pas de prise. Et pour cause, il parle de vie éternelle, ou plutôt de la réincarnation de ces héros trop tôt disparus : James Dean, Marilyn… et ici Bruce Lee, dupliqués à l’infini et, par la grâce de notre imagination, capables de reprendre vie pour notre plus grand bonheur.

C’est ainsi que Quentin Tarantino a ressuscité Bruce Lee dans Once Upon a Time... in Hollywood (2019), devancé d’une décennie par Bruno Collet qui lui rend finalement un hommage bien plus vibrant.

Le réalisateur costarmoricain convoque ici notre capacité à rester connectés à notre enfance, de croire que les poupées sont dotées de vie, tout en jouant avec humour et virtuosité avec le mythe du super héros. Le temps pour un adolescent de sortir des limbes pour attaquer une nouvelle journée, nous voici plongés dans le culte de cette star hollywoodienne au destin tragique, qui renaît sans cesse de ses cendres, mute sur toute la gamme des produits dérivés, jusqu’à devenir un combattant virtuel de jeu vidéo. Immortel ?

LE PETIT DRAGON

de Bruno Collet (2009 - 8')

Dans une chambre d’adolescent, un Bruce Lee en caoutchouc sort, trente ans après sa fabrication, de sa boîte d’emballage. Surpris, le jouet découvre que son corps de latex a souffert de l’usure du temps et qu’il se désagrège.

Malgré ce handicap, la figurine part à la découverte d’un monde inconnu et hors d’échelle. Ordinateur portable, téléphone cellulaire tout lui semble étrange dans la chambre qu’il explore. Surtout, il découvre qu’il est devenu objet de culte pour l’adolescent qui dort dans la pièce. L’émerveillement est de courte durée. Au détour des étagères, le roi du kung-fu va devoir affronter les objets qui le défient. Trop fier pour s’incliner, le Petit Dragon va se battre même s’il sait pertinemment que son corps fragilisé ne résistera pas à la violence du dernier combat…

>>> un film produit par Jean-François Le Corre, Vivement Lundi !

Culte du corps

INTENTION

par Bruno Collet

Je suis fasciné par le culte qu'a suscité l’acteur hongkongais Bruce Lee, et qu’il suscite encore, près d'un demi-siècle après sa mort. Certes, il a été le premier asiatique à obtenir un rôle important dans un film hollywoodien, à une époque où le cinéma américain ne laissait que peu de place aux acteurs de couleur. Bien sûr, comme toute légende qui se respecte, il a eu une mort violente et mystérieuse. Mais là où le mythe de James Dean et de Marilyn Monroe s’étiole, il n’y a pas un mois sans que la presse, la pub ou Internet ne fasse référence au roi du kung-fu. Alors pourquoi Bruce Lee, exerce-t-il encore une telle fascination ?


Bruce Lee était un homme plus complexe que le personnage, puissant mais naïf, popularisé par le cinéma. Comédien féru de philosophie, il était aussi réalisateur et professeur de kung-fu. Intéressé par tous les arts martiaux, il les fusionne et invente sa propre technique de combat qu’il théorise dans un livre toujours édité : le Tao du Jeet Kune Do (littéralement, la voie du poing qui intercepte). Cette quête du geste parfait est pour lui primordiale. Pour faire connaître sa discipline, il utilise, à l’instar d’un sportif, son corps comme instrument de promotion et le cinéma comme support médiatique. Et cela fonctionne ! En une décennie, des milliers d’adeptes découvrent le kung-fu, un art martial jusqu’alors préservé dans la confidentialité par des maîtres chinois qui considéraient l’homme occidental indigne de détenir les secrets du combat à mains nues.

En cinq films, l’acteur asiatique, première star populaire orientale, a ringardisé les acteurs hollywoodiens qui imposaient leurs images, leurs modes de vie, leurs styles sur les écrans déjà américanisés. La stature imposante d’un John Wayne paraissait lourdaude au regard de l’énergie dégagée par Lee. Le sex-appeal d’un sur-mâle comme Sean Connery semblait soudain hors sujet pour une génération d’adolescents découvrant un acteur félin au torse parfaitement glabre. Car ce que l’on peut aujourd’hui retenir de la poignée d’œuvres aux chorégraphies impressionnantes, mais aux scénarios anémiques et à la mise en scène approximative, c’est l’exhibition permanente d’un corps impeccablement sculpté. L’expression d’une sensualité homo-érotique dans un cinéma populaire qui raccorde Bruce Lee à un culte du corps masculin très avant-gardiste au début des années 70. La fascination exercée par les films de l’acteur hongkongais n’est-elle pas davantage imputable à son image qu’à sa pratique virtuose des arts martiaux ? Le succès, Bruce Lee ne le doit-il pas autant à la magnificence du corps que propose son jeu profondément narcissique qu’à la rage de vaincre et à la violence contenue récurrentes de la psychologie de tous les personnages qu’il incarne ?

Tout en distillant dans mon scénario des éléments qui balisent tous ses films (immersion du héros dans un univers inconnu, combat pour la justice et surtout contre l’ennemi ancestral : le Japon), j’ai focalisé mon écriture sur deux particularités propres à ce culte qui perdure autour de Bruce Lee : l’importance du corps dans l’édification de sa légende et la profusion des avatars inspirés par son image.

Bruno Collet

BIOGRAPHIE
bruno collet un petit vélo dans la tête

Né en Bretagne en 1965, Bruno Collet obtient en 1990 le Diplôme National Supérieur d'Arts Plastiques aux Beaux-Arts de Rennes. Il commence alors à travailler comme assistant photographe, puis comme décorateur sur de nombreux films, séries et vidéos en volume animé. En 2001, son premier court métrage, Le Dos au mur, est sélectionné puis primé à la Semaine de la Critique au Festival de Cannes. Cette date marque pour lui le début de sa carrière de réalisateur. Les tournages de séries et de films en stop motion vont alors s’enchaîner. Calypso is Like So, en hommage à l’acteur Robert Mitchum, séduit la chaîne américaine Turner Classic Movie qui lui commande Rest in Peace, une mini-série humoristique mettant en scène les déboires d’un psycho-killer cinéphile.


En 2007, Bruno Collet change de registre et propose avec Le Jour de gloire une vision onirique de l’horreur des tranchées durant la grande guerre. Le Petit Dragon, renoue avec l’humour en offrant, trente-huit ans après sa disparition, de sympathiques retrouvailles avec Bruce Lee. Son dernier court métrage d’animation, Mémorable, a reçu le Cristal du meilleur court métrage au Festival d'Annecy en 2019.
Bruno Collet travaille actuellement à l’écriture de son premier long-métrage d’animation.

Figure mythique

REVUE DU WEB

CINEMATHEC >>> Interview de Bruno Collet : Le Petit Dragon avait été aussi un grand succès à l’étranger. La fille de Bruce Lee avait beaucoup aimé, mais n’a pas voulu qu’on en fasse un long métrage. C’est elle qui a voulu gérer la distribution, et j’aime l’idée que j’ai été approuvé par la fille de Bruce Lee.

FRANCE INTER >>> Bruce Lee, le héros des sans-grades. Alors qu'il tourne le prémonitoire Jeu de la mort en 1973, Bruce Lee meurt à l'âge de 32 ans à Hong Kong. Il laisse orpheline une population qui reconnaissait en lui un héros.

SLATE >>> Bruce Lee, le dragon sur le grill. Ce n'est pas parce qu'il est parfait qu'on n'a pas le droit d'écorner le mythe.

CRÉDITS

avec Bastien Collin
réalisation Bruno Collet
storyboard Benjamin Botella
image Fabrice Richard, Ludovic Auger, Enguerrand Gicquel
animation volume Xavier Truchon, Julien Leconte
animation 2D Samuel Guénolé, Shinta Juilland
marionnettes Maëlle Brossard, David Roussel, David Thomasse, Xavier Truchon

décors Maëlle Bossard, Vincent Gadras, Maude Gallon, Laurent Lefeuvre
plateau
Vincent Gadras
effet spéciaux numériques Caroline Lafargue, Michaël Le Meur, Julien Leconte
infographies 2D et 3D Jean Depplerraz, Félix Helfer, Aurore Hercher
montage Mathieu Courtois
mixage Léon Rousseau, Lucille Rousseau
musique originale Léon Rousseau

production Vivement Lundi ! Jean-François Le Corre
coproduction Nadasdy Film, Nicolas Burlet
avec le soutien de France 2, SSR-SGR Idée Suisse, CNC, Région Bretagne, CG Côtes d’Armor, Loterie Romande, TV Rennes 35, Procirep-Angoa, Ville de Genève

ENTRETIEN
avec
Bruno Collet, Jean-François Le Corre
réalisation
Serge Steyer, assisté de Kilian Jarno
moyens technique
KuB

Artistes cités sur cette page

bruno collet réalisateur le jour de gloire

Bruno Collet

ESPACE PARTICIPATIF

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