Poison

robe en sang oiseau de paradis ©DenisPinson

Avec L’Oiseau de paradis, le réalisateur rennais Paul Manaté replonge dans le Tahiti de son enfance, connecté au paradis originel, mêlant douceur de vivre et croyances ancestrales passablement terrifiantes. Il nous conte une histoire où un jeune assistant parlementaire métis retrouve une lointaine cousine maorie qui lui prédit sa mort prochaine. Il sera bientôt en proie à des hallucinations...

Dans ce film, il est beaucoup question de sorts. Celui de l’île enchanteresse que l’homme moderne s’est bien chargé de dévaster, celui qu’en vertu de pratiques mystérieuses une sorcière peut jeter sur quelqu’un. Les deux s’enchevêtrent dans une trame narrative qui traite à la fois du désastre de la corruption politique et d’une culture locale qui oscille entre bonheurs simples et coups du sort.

L’Oiseau de paradis saisit ce climat tahitien : des personnages entre deux eaux, une lumière qui magnifie tout, un paysage qui attise le désir des blancs d’aller toujours plus loin dans leur prédation. Et tant pis pour les autochtones. Ces antagonismes sont incarnés par des personnages traversés par des tensions à la limite du supportable, c’est là la dramaturgie du film, car il en va de la survie de chacun, survie physique, matérielle et spirituelle.

L'OISEAU DE PARADIS

BANDE ANNONCE

un film réalisé par Paul Manaté (2020)

Jeune assistant parlementaire métis de 25 ans, amoral, indolent et séducteur, Teivi revoit un jour Yasmina, une lointaine cousine maorie aux pouvoirs mystiques qui soudain lui fait une étrange prédiction. Bientôt assailli par des malaises hallucinatoires, empêtré dans une affaire de corruption immobilière, Teivi doute et perd pied. Persuadé que Yasmina peut le guérir, il part à sa recherche et chemine jusqu'à la presqu'île, sauvage et fantasmagorique.

L'oiseau de paradis est disponible en VOD sur Universciné et Google Play.

>>> un film co-produit par Local Films, Filmin’Tahiti, A perte de vue , Anaphi Studio

Un conte mystique

INTENTION
portrait rouge teivi oiseau de paradis ©DenisPinson
© Denis Pinson

par Paul Manaté

Mon envie de cinéma est liée à mon enfance à Tahiti, à ses lieux, ses hommes et ses femmes, sa mystique singulière. Au départ de L'oiseau de paradis, il y avait l’idée de ces deux héros opposés et liés par une prédiction magique. Deux archétypes forts et mythologiques - la Sorcière et le Prince – qui se cherchent et se fuient. Il y a l’intention de confronter deux mondes, celui, mystique et tellurique de Yasmina, et celui, corrompu et superficiel de Teivi. Voir comment l’un agit sur l’autre, l’influence et le ronge sans réussir à le dominer totalement. Cela peut être vu comme un film politique, de pouvoirs, mais pour moi, c’est d’abord un conte mystique et un film d’amour.

Yasmina, par monts et par vaux

EXTRAITS

Voici deux extraits du film de Paul Manate. Le premier montre en plan séquence le début d'une journée de Yasmina dans son rôle de bonne, une plongée documentaire dans le quotidien d'une famille polynésienne, dans ses rapports intergénérationnels, son maniement de la langue, etc.
Le second extrait est la scène-clé de la première rencontre entre Yasmina et son cousin Teivi. Là encore, une séquence riche d'enseignements sur ce que ce que représentent les Français pour les autochtones : un mal nécessaire si l'on veut s'en sortir.

Tradition fantasmée

MUSIQUE DU FILM

Le compositeur rennais de la BO de L’oiseau de paradis et le réalisateur du film évoquent le travail sur la musique du film.

Olivier Mellano : J'ai voulu inventer une musique traditionnelle fantasmée qui est vite devenue celle de la nature et de ses esprits nocturnes tressés avec les forces sombres des ambitions humaines en prolongeant l'inquiétante étrangeté innervant ce film fascinant.

Paul Manaté, réalisateur du film : Je ne voulais pas d'une musique simplement folklorique et exotique qui collerait au territoire polynésien, risquant de l'illustrer bêtement. Je désirais quelque chose qui évoque le voyage intérieur des héros, des sonorités magiques, à base de souffles, de percussions tribales et de notes synthétiques pour faire ressentir la fantasmagorie de l'histoire et la mutation mystique de mes personnages. Comme un esprit insaisissable qui rôde et irradie l'ensemble du récit, une voix qui raconte et trouble. Dès la première version de montage, Olivier m'a proposé une esthétique musicale complète, sur tout le film, parfois sur des séquences où je n'imaginais pas de musique. Nous avons alors affiné le rythme et l'épaisseur de chaque morceau pour trouver un équilibre métisse, à la fois moderne et légendaire, tellurique et numérique. Une création qui, je crois, amplifie et magnifie les articulations narratives du scénario.

Tahiti

yasmina dans l'île oiseau de paradis

La Polynésie française est un ensemble de cinq archipels composés de 118 îles dont 67 habitées, situé dans le sud de l’Océan Pacifique, à plus de 15 000 km de la France métropolitaine. Tahiti, avec ses 1042 km2 et ses 178 000 habitants, est la plus vaste et la plus peuplée de ces îles. Papeete en est la capitale.

La Polynésie française compte environ 276 300 habitants. On peut distinguer quatre communautés ethniques principales :


  • Les polynésiens de souche (environ 65% de la population totale)
  • les demis, métis issus du métissage entre deux ou trois groupes (18 %)
  • Les Européens ou étrangers (10 %, dont les Français, surnommés Frani)
  • Les Asiatiques (7 %, pour la plupart Chinois)

Les demis et les Européens accaparent l’essentiel du pouvoir politique et économique du pays. Les Polynésiens sont par ailleurs très croyants. La religion principale est le protestantisme, avec 54% de la population, vient après la religion catholique, avec 30%. L’ensemble des autres cultes représente 10% ; on y trouve les Mormons, les Sanitos, les Adventistes, les Témoins de Jéhovah et quelques autres cultes minoritaires.

La Polynésie possède une économie moyennement développée, dépendant du tourisme et des dotations financières de l’État français. C’est essentiellement une économie de services, avec un secteur industriel restreint et un secteur agricole en constante difficulté. La majeure partie des biens consommés est importée.

La Polynésie française est depuis 2004 un Pays d’outre-mer au sein de la République. En tant que Collectivité d’outre-mer (C.O.M.), l’administration des fonctions régaliennes (défense, police, justice, trésor) y est assurée par l’État, représenté localement par un Haut-Commissaire de la République. La Polynésie dispose d’une Assemblée composée de 57 membres élus pour 5 ans au suffrage universel direct. L’Assemblée de Polynésie élit en son sein un Président de la Polynésie, qui nomme un gouvernement composé d’au plus quinze ministres. Deux députés et un sénateur polynésiens siègent en outre à l’Assemblée Nationale et au Sénat Français.

La France a mené 46 essais nucléaires atmosphériques en Polynésie entre 1966 et 1974, suivis de plus de 150 essais souterrains.

Paul Manaté

BIOGRAPHIE
bio paul manaté oiseaux de paradis

Né à Papeete, Paul Aivanaa Manaté vit tout son enfance à Arue puis à Mahina avec ses trois frères et sœurs. Son père est métropolitain et sa mère est tahitienne originaire de Rurutu. Au début des années 80, la famille s'installe en métropole, mais Paul retourne régulièrement dans son pays natal pour revoir ses amis, ses oncles et ses tantes, ses nombreux cousins, ses parents installés à Rurutu... À chaque séjour, il se ressource et alimente peu à peu son imaginaire, puisant dans les paysages, les personnalités et la culture tahitiennes, l'inspiration et la matière de ses films à venir. En France, ses envies de cinéma se concrétisent en effet. Il obtient un DEA de Cinéma à la Sorbonne, travaille pour Canal + comme consultant en scénario et commence à écrire des histoires qui toujours ont un lien avec ses origines métisses et cette âme polynésienne qui le passionne et qu'il tente de capturer.


En 1995, il réalise un premier documentaire Des pirogues et des hommes, sur le club de Va'a de Faaa et les courses du Heiva. En 1998, il tourne un court métrage, Ina, inspiré du personnage de sa demi-sœur kanak, puis signe en 2008, Mes quatre morts qui raconte l'histoire d'un tahitien qui débarque à Brest pour un stage. Enfin, en 2013, il tourne Nevermore à Tahiti sur le retour d'un légionnaire demi au fenua...
Aujourd'hui, avec L'oiseau de paradis, Paul poursuit son travail cinématographique sur la richesse et la complexité de l'identité polynésienne.

Entre mystique et politique

REVUE DU WEB

TÉLÉRAMA >>> Sous une lumière rouge de cauchemar, une jeune Polynésienne raconte la légende de Hina, la terrible ogresse aux doigts de fée, à des enfants à la fois fascinés et apeurés. Fondu au noir, puis un métis beau comme un dieu danse sous les néons d’une boîte de nuit avant de s’aventurer, seul, dans une zone interdite, pour déverser un mystérieux liquide dans un ruisseau. En deux séquences et sept minutes, Paul Manaté présente les deux pôles autour desquels gravitera son premier long métrage de fiction : pendant une heure et demie, la mystique et la politique ne vont cesser de se confronter, de se fuir ou de se fondre.

LE BLOG DU CINEMA >>> L'oiseau de paradis est une expérience sensorielle, organique et mystérieuse, à la manière d’un film de Terrence Malick. Un film qui parvient à provoquer des sensations à fleur de peau et à laisser le champ libre à l’émotion à l’état pur, sans donner d’explications rationnelles.

OUTREMERS 360 >>> Pour L'oiseau de paradis, Paul Manaté s’est inspiré d’une partie de ses souvenirs d’enfance. Yasmina est en effet une cousine aujourd’hui disparue avec qui il a grandi et avec laquelle il se sentait proche en dépit de leur différence d’âge, se souvenant notamment des contes polynésiens mystérieux, effrayants et souvent tragiques qu’elle se plaisait à lui raconter.

MAG CINEMA >>> Entretien avec Paul Manaté, le réalisateur de L'oiseau de Paradis, au scénario ambitieux, qui interroge l'âme polynésienne, confronte tradition et modernité.

CRÉDITS

un film de Paul Manaté

avec Sébastien Uezendowsky (Teivi), Blanche-Neige Huri (Yasmina), Patrick Descamps (le député Gilot), Ahuura Temaru (Eva), Angela Chavez (Tante Rosa)

directeur de la photographie Amine Berrada
son Philippe Lecoeur, Christophe Etrillard, Kevin Feidel, Lionel Montabord
décors Thibaut Pinto, Antoine Proux
effets spéciaux Hoël Sainleger
montage Stéphanie Araud
musique originale Olivier Mellano

une coproduction Local Films, Filmin’Tahiti, À perte de vue , Anaphi Studio

producteur Nicolas Breviere

avec l’Avance sur Recettes du CNC, le soutien de la Région Bretagne, de la Sofica Cofinova et le préachat de France O.

coproducteurs Colette Quesson, Laurent Jacquemin, Lionel Montabord

distribution salle UFO Distribution

ventes internationales MPM PREMIUM

Artistes cités sur cette page

carre fa paul manate

Paul Manaté

ESPACE PARTICIPATIF

  • 4 Juin 2020 08:35 - RAOUX

    Je suis le père de Paul MANATE et je vis à Rurutu depuis 2003. J'ai vu le film que j'ai acheté à Universcine: bravo mon fils!!

// Anonymous

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