Les colporteurs

lourdes tresses sur epaules johnnies

L’histoire de la commercialisation de l’oignon de Roscoff dans le sud de l’Angleterre, racontée par Marie Halopeau Le Corfec, permet de mieux saisir ce qu’était la société bretonne au 19e siècle, avec ses strates sociales et son articulation économique entre terre et mer. Roscoff se situe sur un territoire béni des dieux qui permet des productions agricoles précoces et abondantes, notamment de plantes maraichères rapportées de pays chauds par des marins explorateurs. Cette concordance est à l’origine du célèbre oignon cuivré. Ajoutez-y la disposition au labeur des Finistériens et voici qu’émerge une filière de colporteurs qui partent à l’assaut des côtes anglaises à pied et à vélo pour y vendre des tresses du précieux légume. Une activité qui s’est étendue sur des siècles pour s’éteindre avec le Brexit.

MISE EN REGARD

Johnnies d’hier et d’aujourd’hui

LES OIGNONS DE ROSCOFF

de M Halopeau Le Corfec (14’ - 2020’)

Importé du Portugal, l’oignon de Roscoff pousse dans le Haut-Léon, petite pointe du Finistère réchauffée par le Gulf stream. Voyageuse, cette variété est à l’image de l’aventure des Johnnies, des paysans qui, au 19e siècle, traversent la Manche pour vendre des tonnes de ce bulbe en Grande-Bretagne. Depuis, la filière a bravé les crises et porte le goût des terres bretonnes par-delà les mers.

LES JOHNNIES DE ROSCOFF

(1976 - 11’)

Depuis 1827, les Johnnies se rendent tous les ans en Grande-Bretagne afin de vendre les oignons de la région de Roscoff. En 1976, ils ne sont plus qu'une cinquantaine en activité. Les anciens témoignent de leur vie et de leur travail. Ce film est l'occasion de rappeler la tradition avec une certaine nostalgie. Il est aussi le témoignage de la Bretagne enclavée d'avant-guerre, qui pour faire vivre une population rurale nombreuse doit rechercher toutes les opportunités de commerce et accepter des conditions de vie bien difficiles.

L'HISTOIRE

Une filière trans-Manche

bicyclette à oignons

L'exportation des oignons de Roscoff vers l'Angleterre remonte à loin puisque des historiens retrouvent mention de cet échange dès le 14e siècle. Mais l'aventure n'aurait vraiment pris tournure que dans la première moitié du 19e siècle : en 1850, 200 marchands d'oignons parcourent le sud de l'Angleterre. En 1900, ils sont plus de 1 000 et vendent 7 000 tonnes de produit - ce qui n'est pas si considérable puisque cela ne représente que 2% des importations d'oignons nécessaires aux Britanniques.


Les vendeurs se groupent en compagnies de 10 à 40 personnes commandées par un chef. Les premiers voyages se font sur des gabarres à voiles, puis à vapeur. Les Johnnies partent traditionnellement après le pardon de Sainte Barbe (juillet), une fois arrivés dans le sud de l'Angleterre, les vendeurs, parfois très jeunes, font du porte à porte, les lourds chapelets d'oignons portés sur un balancier à l'épaule. Dans les années 30, ils utiliseront la bicyclette puis des camions pour se déployer plus loin, vers le nord, la vente se pratiquant toujours en porte à porte. Les années 30 marquent l'apogée de ce commerce qui s'affaiblira inexorablement jusqu'aux années 80 (160 Johnnies en 1970). L’activité cessera définitivement avec le Brexit.

INTENTION

Une aventure humaine

bataillon d oignons

par Marie Halopeau Le Corfec

Voici une aventure humaine dans laquelle un oignon cuivré s’impose comme le patrimoine vivant d’un territoire et de ses hommes. L’important à mes yeux était de recueillir à la fois le récit des derniers Johnnies mais aussi leurs descendants qui s’attachent à cultiver ce bel oignon en respectant son rythme et son délicat nectar. Ce petit documentaire fait ainsi œuvre de transmission entre les générations et voyage vers un public non averti qui découvre cette histoire au son de ceux qui l’ont écrite et ceux qui poursuivent cette mission.

BIOGRAPHIE

Marie Halopeau Le Corfec

Marie Halopeau

Marie Halopeau Le Corfec réalise des films toujours avec la même approche : raconter une histoire en images, en sons et en humains. Montée à la capitale pour des études de cinéma à l’université de Paris 8, puis à l’École de reportage des Amandiers et un atelier scénario à la Fémis, Marie navigue depuis 30 ans entre des documentaires et des fictions aux problématiques sociétales (la place des femmes dans l’histoire, handicap et famille, infertilité et PMA, fin de vie…) et des documentaires culturels (portraits de comédiens, de cinéastes). Des films diffusés sur France tv, Arte ou Paris Première.


Investie par ses origines bretonnes et soucieuse de transmission, elle écrit et réalise souvent des portraits d’artistes en lien avec la Bretagne (Max Jacob, Jean Moulin, Mathurin Méheut, Paul Gauguin, Maryvonne Jeanne-Garrault et Jean Pierre Garrault…) et s’attache au patrimoine matériel et immatériel armoricain (Fest Noz une résistance bretonne, Phares sentinelles de la mer d’Iroise, Chants de marin du pays Goëlo, Enclos paroissiaux fierté du Finistère, Le canal de Nantes à Brest). Et c’est aussi en Bretagne sur l’estuaire du Jaudy qu’elle tourne son tout premier court métrage hommage à sa mam-goz de Trédarzec, village du Trégor où ses pas la ramènent sans cesse.

REVUE DU WEB

Onion Johnny à l’assaut de la Grande-île

BÉCÉDIA >>> Quand les Johnnies sont mentionnés dans les sources anglaises, ils sont souvent représentés comme une figure typique, vêtue d’une blouse, d’un pantalon en velours, et portant des sabots.

LE MONDE >>> Longtemps, les jeunes hommes de cette commune du Finistère étaient envoyés de l’autre côté de la Manche pour vendre à vélo la production locale d’oignons rosés. Les complications administratives et douanières liées à la sortie du Royaume-Uni de l’UE ont donné le coup de grâce à cette profession.

LA RUCHE QUI DIT OUI >>> Les Johnnies étaient méprisés : à Roscoff parce que pauvrissimes pour la plupart ; en Grande-Bretagne parce que migrants. L’image valorisée, presque héroïque, du Johnny apparaît quand lui disparaît, dans les années 1970, par nostalgie.

OUEST-FRANCE >>> Pendant un siècle, les Johnnies ont sillonné les routes de Grande-Bretagne, trimballant leurs tresses d'oignons de Roscoff. Une épopée commerciale unique.

COMMENTAIRES

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