Ma nuit chez Grisélidis

pensive sur son lit - corinne masiero - je les aime tous

Je les aime tous est un film beau et perturbant, doux et subversif. Nous sommes plongés dans les pensées nocturnes d’une prostituée, un personnage inspiré par Grisélidis Réal, une activiste qui s'est battue jusqu'à l'épuisement pour les droits des travailleuses du sexe.
Le film de Guillaume Kozakiewiez déborde d'humanité et de poésie, une poésie de lutte, rien de sensuel ici, une esthétique du langage qui dit la rudesse des rapports humains dans un milieu sous tension. Rapport sexuel, rapport de classe, les dominants, les dominés. Qu’est-ce qu’aimer veut dire ?
Je les aime tous
explore l’identité secrète de cette femme offerte et interdite, révolutionnaire inspirée par ses lectures et accouchant jour après jour de sa propre œuvre littéraire. Elle écrit sur le corps des hommes, ce qu’elle leur fait et ce qu’elle est pour eux. Elle y trouve sa dignité, sa noblesse, son souffle poétique et politique. Son roman autobiographique Le noir est une couleur fait partie des chefs d'oeuvre de la littérature contemporaine et Guillaume Kozakiewiez a dû y trouver son inspiration.

FILM

JE LES AIME TOUS

de Guillaume Kozakiewiez (2016 - 29')

Rivée à son bureau, une femme écrit. Dans la nuit, un homme se dirige chez elle… Lui, il veut jouir car il n'en peut plus. Il sait que cette femme qui écrit tant de lettres ne lui refusera rien.

Je les aime tous a été pré-nominé aux Césars du Meilleur Court Métrage de fiction 2018

>>> un film produit par Les 48° rugissants

INTENTION

Une prostituée humaniste

par Guillaume Kozakiewiez

en train d'écrire au bureau - je les aime tous

Le scénario s'inspire librement de fragments de l'œuvre de l’écrivaine Grisélidis Réal, qui par sa littérature mais aussi sa profession de courtisane, bouscula les lignes. C'est en travaillant auprès des hommes et des femmes pratiquant le travail du sexe que j'ai découvert les poèmes et les lettres de cette autrice il y a quelques années. Par sa pratique de la prostitution qu'elle revendique comme un art, une science et un humanisme et sa posture intellectuelle, cette femme hors-normes remet en perspective les choses les plus triviales ou banales, comme le travail, l'engagement, l'art, l'amour, le regard sur l'autre.


Le temps d'une nuit, et d'une lettre dont l'écriture est entrecoupée de visites nocturnes, le film propose une immersion dans l'appartement de cette femme aux différentes peaux, une plongée sans échappée possible. La prostitution a souvent servi d'allégorie au travail pour la société post-industrielle mais mon propos n'est pas là, même si dans quelques plis du scénario, certaines répliques corrosives et décalées vont dans ce sens. Si la prostitution peut avoir sa dimension dérangeante voire insoutenable, la femme écrivain dans sa solitude, ses fantasmes, ses douleurs, existe aussi et son écriture vient de là. L'écriture est également une mise à nu. Une écriture presque documentaire, crue et à fleur de peau. Filmer le sacrifice, c'est aussi filmer sa solitude. L'écrivain seule à sa table dans des plans longs, pour faire entendre les mots et distinguer les différentes natures des textes.

J'ai pensé à Corinne Masiero pour le rôle principal. Beaucoup de choses chez cette actrice entrent en résonance avec le personnage de Grisélidis tel que je l'envisage. Sa voix très assise qui parfois déraille, ses sautes d'humeurs, son corps fin, grand et fragile. L'histoire se déroule à une époque où Grisélidis a déjà une longue expérience de la prostitution et une maturité.

RÔLE

Regards croisés

par G. Kozakiewiez et C. Masiero

bras sur les yeux - je les aime tous

Quand Guillaume parle de Corinne

Comme beaucoup, j'ai découvert Corinne Masiero dans Louise Wimmer. Tout le film laisse voir et se déployer une très belle comédienne sincère, écorchée et tenace. Corinne est une actrice physique, qui mesure 1m80, avec des épaules qui dessinent une belle envergure, une personne vaste. Dans plusieurs de ses rôles, on la voit soumise aux coups durs de la vie, dans une mise à l'épreuve avec des épaules qui tombent parce que le film le demande. Mais lorsqu'elle se redresse, que ce soit par fierté ou par désespoir, Corinne a cette carrure pleine de force, elle semble prête à affronter les vagues et les coups de poings. Et en même temps, sa silhouette devient plus fine. Solide par le haut, fragile par son corps. Il y a de beaux contrastes, des contrariétés qui bâtissent déjà devant moi le personnage de Grisélidis. Je savais déjà qu'il faudrait une comédienne solide, qui puisse s'imposer sur le ring de son appartement et ancrer une fragilité, des points de faiblesses qui craquent sur un corps labouré, meurtri, violenté par les hommes qui se succèdent sans se soucier de la douleur ou de la santé de l'autre. En lecture, elle est surprenante. Sa voix est tout à fait discrète, hésitante, timide. À l'inverse du langage de son corps ou de lorsqu'elle frime ou vilipende. Sa peau intime est sans doute là, au niveau de cette voix insoupçonnée. Le sens des séquences et des dialogues sont connus, mais j'ai laissé une place à l'improvisation. Nous parvenons ainsi à quelque chose de tangible et incertain qui entre en résonance avec ce qu'il se passe quand une prostituée ouvre sa porte. Ce mode de travail m'intéresse et Corinne aime travailler cela au théâtre sur scène ou dans la rue. Et moi je tâche d'être à ma place. C'est-à-dire jamais loin et exigeant.


Quand Corinne parle de Guillaume

J'ai d'abord pas lu le scénario de Guillaume. Moi, un scénar ça me dit pas grand-chose, je préfère les mots en pleine face. Guillaume est documentariste et j'adore bosser avec des documentaristes, j'aime bien les gens qui filment le vrai, ça me cause, et les premiers films (courts ou longs) sont toujours passionnants à faire. Je lui ai demandé de me raconter sa vision des prostitués hommes et femmes, de me raconter aussi certaines scènes, comment il les voyait, comment il s'y prendrait. Ça donnera quoi ? Bonne question. Et des questions, il en faut, sinon je m'emmerde. Guillaume défend les mêmes valeurs que moi et sa vision du tournage m'excite. Alors j'ai embarqué dans l'histoire et je vous invite à nous rejoindre à bord.

BIOGRAPHIES

Corinne Masiero

corinne masiero avec sa cigarette - je les aime tous
© Marie-Clémence David

Corinne Masiero débute le théâtre à 28 ans et joue son premier rôle au cinéma dans Germinal de Claude Berry en 1993. Elle décroche ensuite un rôle dans La vie rêvée des anges d’Erik Zonca en 1998 et se révèle dans Louise Wimmer de Cyril Mennegun, nommée pour le César de la Meilleure actrice en 2012. Elle déploie sa carrière sur le petit écran dans des séries télévisées telles qu’Engrenages, Fais pas ci fais pas ça. À 47 ans, Corinne Masiero est considérée comme une révélation du cinéma français. Si sa carrière démarre sur le tard, elle ne freine pas son succès. Depuis 2015, elle incarne en brute de décoffrage le rôle-titre de la série Capitaine Marleau (France télévisions).

Guillaume Kozakiewiez

Guillaume Kozakiewiez réalisateur

Guillaume Kozakiewiez grandit dans l’est de la France. Ses études le mènent en Bretagne où il vit depuis. Passionné de photographie, il se met à la pratique du montage puis à la prise de vues en autodidacte, pour se former finalement à la pratique documentaire. Réalisateur, voyageur, curieux et un peu solitaire, Guillaume fait de la caméra vidéo, légère à transporter, son outil fétiche pour raconter des histoires de vie dans différents continents. Le portrait est son motif de prédilection, donnant lieu à des longs métrages documentaires. L’acte de création recoupe plusieurs de ses films avec un personnage de funambule, un réalisateur sur France Culture, des musiciens de Boston… Aujourd’hui, la fiction prend place dans son travail, avec toujours la figure du portrait ancrée dans des histoires. Son premier court métrage, Je les aime tous, a été pré-sélectionné aux César 2018 après avoir été sélectionné dans les festivals de Clermont-Ferrand, Thessalonique, Lille, Villeurbanne... Guillaume est aussi chef-opérateur pour des réalisateurs de documentaire et de fiction. Il a réalisé le documentaire Waiting for Gaza à propos de frères jumeaux Gazaouis, eux aussi cinéastes, et se penche sur l'écriture de deux long-métrages Louise et Wave.

REVUE DU WEB

Haute en couleur

BREF >>> Guillaume Kozakiewiez a choisi d’aborder la légende par la petite porte, celle d’un court métrage de fiction.

L’EXPRESS >>> Portrait haut en couleur de Corinne Masiero, actrice et femme hors norme. Celle qui est passée par toutes les galères, drogue, rue ou prostitution avant de se reconstruire par le théâtre puis le métier d'acteur, il y a presque trente ans, ne s'arrête jamais : elle multiplie les tournages et donne des concerts punk féministes.

FRANCE CULTURE >>> Grisélidis Réal, écrivain, peintre et prostituée, portrait d’une femme aux multiples facettes.

COMMENTAIRES

  • 19 Août 2022 15:34 - Delphj

    Très beau film ! Corinne Masiero est juste parfaite !

  • 19 Mai 2022 13:52 - Anne Boissel

    Magnifique !

CRÉDITS

avec Corinne Masiero, Alice Barnolé, Ousmane Konté, Florent Lenice

réalisation Guillaume Kozakiewiez

image Léo Lefèvre

son Corinne Gigon

montage Kamel Maad, Guillaume Kozakiewiez

mixage Fred Hamelin

décors Natalia Grabundzija, Maude Gallon

une coproduction Les 48° rugissants, Tébéo, TVR, TébéSud

avec le soutien de l’ADAMI

avec la participation de la Région Bretagne, de la Région Champagne-Ardenne, France 3 – Libre Court

Artistes cités sur cette page

Guillaume Kozakiewez portrait

Guillaume Kozakiewiez

corinne masiero avec sa cigarette - je les aime tous

Corinne Masiero

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