Traces perdues

famille perper medecin juive et sa femme pharmacienne en bretagne

Ils sont partis comme ça raconte le sort des Juifs de Bretagne pendant la Seconde Guerre mondiale. Le comédien et écrivain Julien Simon a entrepris de son propre chef d’enquêter sur la disparition de la famille Perper, originaire de Roumanie et venue se réfugier à Brasparts dans les Monts d’Arrée. Menant de front des recherches dans les archives et des entretiens avec les témoins de l’époque, il parvient à reconstituer le parcours de cette famille qui s’était installée et intégrée dans le village. La réalisatrice Catherine Bernstein l’aidera à faire de cette immense collecte un récit.
Au fil des entretiens, il s’avère que la présence des Perper et notamment du père qui exerçait la médecine, avait été d’un grand secours pour la population. Ils étaient appréciés, mais cela n’a pas empêché l’implacable mécanique préfectorale de les repérer, la gendarmerie locale de les arrêter, direction Drancy avant la déportation au camp de Sobibor où ils seront gazés en mars 1943.

Une administration sans faille qui fait converger quotidiennement des milliers de personnes vers les camps de la mort, mettant fin à une humanité partagée avec des villageois bretons, des moments passés ensemble à goûter, à boire un thé…
Une histoire incarnée de la Shoah, pour régénérer notre mémoire, contre l’oubli voire le négationnisme.

ILS SONT PARTIS COMME ÇA

de Catherine Bernstein et Julien Simon (2014 - 52’)

Julien Simon regarde inlassablement cette photographie en noir et blanc datée de 1939 : la famille Perper. Un homme, une femme radieuse et leurs deux petites filles sourient à l’objectif.
En octobre 1942, le couple et les trois jeunes enfants sont arrêtés par les gendarmes français de Pleyber-Christ. Ils seront assassinés en mars 1943 dans le camp de Sobibor en Pologne. Depuis 2008, Julien Simon passe son temps sur les routes de Bretagne et d’Europe sur les traces de cette famille juive avec laquelle il n’a aucun lien. Petit à petit, il réussit à travers ses rencontres, les documents qu’il exhume, les lieux et les objets qui croisent sa route, à reconstituer les grandes étapes de cette famille au destin si tragique. Sa quête permet aussi de découvrir l’histoire des Juifs en Bretagne sous l’Occupation.

>>> un film produit par Olivier Bourbeillon Paris Brest Production

INTENTION

Un travail d'archéologue

rapport gendarmerie gestapo

par Catherine Bernstein

Qu’est-ce qui pousse cet écrivain sexagénaire vivant en Bretagne, qui ressemble à un moine jovial, à reconstituer l’histoire et la mémoire de cette famille avec laquelle il n’a aucun lien ? À partir de 2008, il part sur les routes de Bretagne, de France, de Pologne ou de Roumanie à collecter toute trace aussi infime soit-elle pour tenter de reconstituer le parcours de la famille Perper. Julien Simon rencontre des villageois qui se rappellent bien du docteur Perper qui a mis tant de petits du pays au monde, des camarades de classe de la petite Odette, des amies de Sonia Perper la pharmacienne ou le fils du gendarme qui a dû arrêter cette famille en pleine nuit.


Sa quête inlassable va lui permettre de reconstituer ce qui est arrivé à cette famille venue de Bessarabie et installée en Bretagne. Les circonstances de leur arrestation et celle de leur mort permettent aussi de mieux comprendre pourquoi on a préféré oublier. Lorsque Julien fait ses premières découvertes, il ressent une forte émotion. Il décide alors d’engager à ses propres frais une cadreuse pour filmer l’intégralité de ses recherches. Est-ce la crainte d’un nouvel oubli ou la volonté de fixer à tout jamais les preuves de ce drame ? Il fait filmer ceux qui ont croisé la route de la famille Perper, le moindre document administratif, une recette de confiture, un almanach…. son voyage qui s’achève dans un paysage similaire à ceux croisés en Bretagne, dans la campagne d’un pays qui semble imaginaire, la Bessarabie.
Julien Simon place à chaque fois frontalement sa caméra et pose inlassablement ses questions. Il filme sobrement, simplement. Et ça en devient beau. Un travail d’archéologue. Simple. Tout apparaît sous nos yeux. On est saisi. Ces témoins ont, pour la plupart, disparu depuis. Fort de 50 heures de matériel vidéo, le film se propose de montrer l’enquête de Julien Simon et de retracer à travers elle l’histoire d’une famille juive en Bretagne sous l’Occupation.

CONTEXTE

Les Juifs en Bretagne

enfants juif Bretagne

Les Juifs étaient peu nombreux en Bretagne. Les diverses listes conservées aux Archives départementales de Quimper par arrondissement permettent de compter : pour Châteaulin : 6 Juifs, Morlaix : 16, Quimper : 40, Brest : 80. Ce qui fait 142. Dans le Finistère, comme partout dans la France occupée, recensements et fichages vont se succéder à partir de l’automne 1940. Ici comme partout, les Juifs vont se soumettre aux règlements et aux décrets, fournissant le plus souvent sans méfiance tous les renseignements concernant leurs états civils et domiciliations. Serge Klarsfeld estime que seule une minorité, à peine 10%, fit preuve de moins de crédulité. Le journal La Bretagne de juillet 1942 avance le chiffre de 151 pour le Finistère, celui des cinq départements bretons (Finistère, Côte-du-Nord, Ille-et-Vilaine, Morbihan et Loire-Inférieure) s’élevant à 1 437.


La famille Perper a été arrêtée dans la nuit du 9 octobre 1942.

Entre les 9 et 10 octobre, huit familles sont arrêtées dans le Finistère, conformément aux directives préfectorales. Le chef d’escadron Pougnand, commandant la compagnie de gendarmerie du Finistère, dans un courrier officiel daté du 10 octobre 1942 destiné au Préfet du département, rend compte de l’exécution de la lettre du Préfet régional du 8 octobre : Les Juifs ci-dessous désignés, faisant l’objet de la lettre citée en référence ont été dirigés aujourd’hui, 10 octobre, sur le centre d’accueil de Rennes.

Suit la liste des personnes embarquées dans les deux convois, l’un parti de Brest via Morlaix et le second de Quimper via Redon :

  • Adolphe et Rosa Menner, anciens commerçants brestois, réfugiés à La Roche-Maurice,
  • La famille Perper,
  • Benjamin et Ella Segaler de Plouénan,
  • David Selinger, ancien propriétaire du magasin de fourrure L’Ours Blanc à Morlaix,
  • Ella Fried, artiste peintre résidant à Beuzec-Conq,
  • Eugénie Krouto, réfugiée russe, arrêtée faute d’avoir trouvé son mari, déjà incarcéré à Rennes,
  • Trois membres de la famille Sternlicht.
BIOGRAPHIE

Julien Simon

Né en 1952, Julien Simon est comédien et écrivain. Il est l'auteur de poèmes et d'une dizaine de pièces de théâtre : Free-Go, La belle du téléphérique, Nous sommes vraiment heureux

En 1989, avec Comme un ange après un temps de misère (Éditions Ubacs), il entame un travail théâtral sur les traces de la mémoire qui nous fonde. Il cherche à exhumer les périodes enfouies et à engager les mots pour les dire. En 2004, il écrit Un drôle de silence ( Lansman Editeur), une polyphonie vocale sur les brûlures laissées dans la mémoire par la Guerre d'Algérie.

La vie comme la vie est le troisième volet de ces actes de mémoire. Une enquête qui l'a mis en mouvement sur les pas de Sonia, Ihil, Rosine, Odette et Paul Perper. Une famille juive originaire de Roumanie, établie dans un bourg du Centre-Bretagne en 1935 et que des gendarmes français arrêtent en 1942.

Après avoir collecté les traces de cette famille disparue : les mots, les lieux, les choses, il a livré ces matières sous forme de théâtre documentaire. Ce projet a été primé par le Centre national du théâtre en 2010. Julien vit à Bili-Gwen entre Paimpol et Perros-Guirec.

BIOGRAPHIE

Catherine Bernstein

Catherine Bernstein

Catherine Bernstein a grandi à Tours qu'elle quitte après le bac pour venir étudier à Paris où elle suit des études de Lettres modernes. Une fois obtenu son DEUG, elle obtient une licence de cinéma à Paris-III. Après avoir été assistante à la réalisation sur des longs métrages de fiction (d'Eric Rochant, d'Anaud Desplechin...), elle réalise des courts métrages dont Zohra à la plage (1996) et Pour la Vie en 1998. Elle tourne en Allemagne, trois documentaires: Oma (1996), Les Raisons Verts (1998) et Les Absentes (1999). Le Chant de la Baleine, une fiction qu'elle réalise en 2007 est diffusée sur France 2.


En 2008, elle conçoit un documentaire Asylum d'après des images 8mm filmées par le psychiatre Georges Daumezon. En 2009, elle tourne Nue, un court-métrage sur le corps produit et diffusé sur Arte. Un crime français (2012) retrace les circonstances de la disparition de Jean Zay, Ministre de Léon Blum assassiné par la Milice. En 2014, elle réalise T4, un médecin sous le nazisme et l'année suivante Après la guerre, les restitutions. Le Libraire (2015) co-réalisé avec Assen Vladimirov reçoit de nombreux prix: Etoile de la Scam 2016, Prix du Jury, Prix de la Critique, etc. En 2018, elle dresse le portrait de Fritz Baueur. Elle vient d'achever La SNCF sous l'Occupation, Les identités de Mona Ozouf et Sauvons les enfants pour FR3. Elle a écrit en outre deux scénarios de longs métrages, dont L'Homme qui n'existait pas, soutenu par la Fondation Beaumarchais.

REVUE DU WEB

Ramener une famille dans l’humanité

RTBF >>> Une création radiophonique pour la radio et la télévision belge RTBF. La vie comme la vie est d’abord un travail d’enquête sur des traces ténues, un inventaire de lieux portant les empreintes de cette famille juive – cinq parmi six millions – dont le destin tragique incarne la Shoah.

OUEST-FRANCE>>> La vie comme la vie est le troisième volet de la trilogie de Julien Simon sur le déni de mémoire, après Comme un ange après un temps de misère et Un drôle de silence. C’est de la Shoah dont on parle et ce n’est pas simple d’en parler, sans le moindre commentaire ou jugement, conclut Julien Simon. Cette quête a ramené une famille, cinq êtres, dans l’humanité.

LE TÉLÉGRAMME >>> Marie-Noëlle Postic s'est installée voici quelques années à Plounéour-Menez. En 2007, elle découvre, à Brasparts, une plaque dédiée au Docteur Perper. Intriguée par l'histoire de cet homme, disparu en 1943 au camp de Sobibor, elle enquête. Bientôt, elle retrace le destin tragique des Perper dans un ouvrage intitulé : Sur les traces perdues d'une famille juive en Bretagne.

COMMENTAIRES

    CRÉDITS

    auteurs réalisateurs Catherine Bernstein et Julien Simon
    image
    Marie Dault
    son
    Jean-Luc Ceso

    montage image Anne Souriau
    montage son
    Henri Puizillout
    documentaliste
    Véronique Nowak
    directeur de prod Mado Le Fur

    producteur Olivier Bourbeillon, Paris-Brest Productions

    avec le soutien de la Région Bretagne, Départements du Finistère et des Côtes d’Amor, Procirep/Angoa, CNC, Tébéo, TébéSud, TVR et le Mémorial de la Shoah

    Artistes cités sur cette page

    Catherine Bernstein

    Catherine Bernstein

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