Son havre breton

1000 px Georges Brassens

Début 1969, Brel, Brassens et Ferré, les trois monstres sacrés de la chanson française se réunissent pour la première fois. Un pigiste de Rock & Folk parvient à organiser la rencontre, immortalisée par le photographe Jean-Pierre Leloir, un poster que l’on retrouve encore aujourd’hui dans bien des maisons.

Brel a déjà fait ses adieux à la scène et lorgne vers le grand large, Ferré prépare son départ pour la Toscane et Brassens est tombé amoureux de la Bretagne. En 1971, il achète une maison de capitaine dans le port de Lézardrieux, où il naviguera en père peinard pour ce qui sera la dernière décennie de sa vie.

Quarante ans après sa mort, nous voulons nous souvenir ici de cet homme dont la personnalité reste hors-norme et dont l’œuvre n’a pas vieilli d’une once.

ENTRETIEN

GEORGES BRASSENS EN BRETAGNE

(1972 - 10’)

Pour comprendre la relation qu’entretenait Brassens avec la Bretagne il faut revenir en mars 1943. Georges Brassens, contraint de partir en Allemagne dans le cadre du Service du travail obligatoire profite d’une permission pour se planquer chez Jeanne, une amie de sa tante qui réside dans le quatorzième arrondissement de Paris. Alors qu’il peine à gagner sa vie, Jeanne et son mari Marcel, logent, nourrissent et blanchissent Georges pendant des années. En 1956, Jeanne se casse le col du fémur et décide d’aller se reposer chez son neveu à Paimpol dans les Côtes d’Armor (alors les Côtes-du-Nord). Brassens l’accompagne et tombe amoureux de la Bretagne. En 1971, Brassens est célèbre, il a cinquante ans dont vingt ans de carrière. Ce qu’il ne sait pas c’est qu’il ne lui reste que dix ans à vivre. C’est à ce moment-là qu’il achète sa maison de Lézardrieux, à l’embouchure du Trieux, face à la mer. Loin de l’agitation parisienne, il découvre la tranquillité. Lorsqu’il n’est pas occupé à peaufiner ses chansons, on peut le retrouver sur la plage à promener son chien ou au café de Paimpol, aujourd’hui renommé Les copains d’abord. Certains soirs, avec sa compagne Püpchen, ils reçoivent des amis ou des artistes locaux. À l’activité fourmillante de l’été, Georges préfère la quiétude de l’hiver, propice à la concentration.

PORTRAIT

La mauvaise réputation de Georges Brassens

Au village, sans prétention / J'ai mauvaise réputation / Que je me démène ou je reste coi / Je pass’ pour un je-ne-sais-quoi.

On connaît tous la chanson La mauvaise réputation de Georges Brassens, premier succès et premier scandale, interdite d’antenne en raison des idées libertaires qu’elle défend. Il est légitime de se demander s’il n’y aurait pas une part de vérité dans ses paroles. Comme en témoigne le livre de Bernard Lonjon, J’aurais pu virer malhonnête, La jeunesse tumultueuse de Georges Brassens ou encore le téléfilm Brassens, la mauvaise réputation, réalisé par Gérard Marx, le Grand Georges se fait remarquer dès ses jeunes années pour complicité dans plusieurs cambriolages perpétrés avec ses copains de Sète. Ses démêlés judiciaires lui valent de quitter sa ville natale pour Paris. Quelques années plus tard, alors que ses chansons le font connaître dans les cabarets parisiens, les rumeurs circulent sur son caractère bougon et son air peu avenant. Une réputation que l’artiste explique aisément. Peu habitué au public à ses débuts et stressé par toute cette attention, sa nature réservée a pu alors être interprétée comme une forme de dédain. Dans une interview de 1961 accordé à Jean-Pierre Darras, il avoue lui-même être un peu ours. Cette légende bâtie autour du caractère du chanteur est également démentie par les habitants de Lézardrieux, village dans lequel il résidait une partie de l’année. Ces derniers se souviennent d’une personne humble et chaleureuse, désireux de se fondre dans la foule, inquiet de déranger ses voisins alors qu’il répétait ses chansons. Sa générosité était également appréciée, le chanteur ne manquant jamais de laisser un chèque au club de football local et aux vieux de la commune en partant. Une réputation pas si mauvaise donc…

BIOGRAPHIE

Le poète de la chanson française

Brassens portrait
© André Cros

Originaire de Sète, Brassens nait d’un père anticlérical et d’une mère fervente catholique, tous deux réunis par leur passion pour la musique. Élevé dans la religion par sa mère, Georges est pour autant loin d’être un enfant de chœur. En 1940, ses parents l’envoient à Paris chez sa tante Antoinette, afin de l’éloigner de ses mauvaises fréquentations. Il y découvre le piano et passe son temps à composer. Contraint de partir pour le STO en 1943, Brassens profite d’une permission pour se cacher chez Jeanne, la voisine de sa tante, jusqu’à la fin de la guerre.


Jeanne occupe une place importante dans la vie de Brassens qui lui consacre deux chansons : La cane de Jeanne et Chez Jeanne. Au début des années 50, il commence à interpréter ses chansons dans les cabarets et fait la rencontre de la célèbre chanteuse Patachou qui va l’aider à se lancer. Il est alors repéré par Jacques Canetti, patron des Trois baudets, qui l’embauche dans son cabaret. Très vite, il signe sur le label Polydor qui produit ses premiers disques comme Le gorille, La mauvaise réputation ou encore Le petit cheval. Dès 1952, il part en tournée avec les Frères Jacques et Patachou et en 1953, sa carrière est lancée, il passe en tête d’affiche à Bobino. À mesure que les albums sortent, les tournées en France et à l’étranger s’enchaînent. En 1954, il publie son second roman La tour des miracles. Mais les années passant, la santé de Georges se dégrade et il subit plusieurs opérations des reins. En 1973, il accomplit une dernière tournée en France et en Belgique. Son dernier et quatorzième album, Trompe la mort sortira en 1976 et en mars de l’année suivante, le chansonnier fait ses adieux à la scène à Bobino. Il décède le 29 octobre 1981 d’un cancer de l’intestin.

REVUE DU WEB

Chansonnier libre penseur


FRANCE INTER >>> Il aurait eu 100 ans cette année et pourtant : mariage, place de la femme, migrants… par les thématiques abordées dans ses chansons, l'œuvre de Georges Brassens reste d’actualité.

LE POINT >>> Il était chez nous pour être tranquille. Loin de l'agitation de Sète, sa ville natale, Georges Brassens aimait se ressourcer dans sa maison bretonne, à Lézardrieux, où on cultive discrètement le souvenir du chanteur mort le 29 octobre 1981.
FRANCE INTER >>> Le petit cheval blanc, La mauvaise réputation, Le gorille, Les copains d'abord… comptent parmi les tubes les plus diffusés de Brassens. Mais d'autres chansons moins célèbres du chanteur disparu il y a 40 ans méritent tout autant notre écoute. Sélection de cinq titres.
FRANCE TV >>> Il n'aimait pas être en avant. Quand il arrivait sur scène, il transpirait, il ne saluait pas, il mettait juste sa jambe sur une chaise et il partait. Se voir comme ça si grand, cela l'aurait intimidé. Mais au fond de lui, il aurait été heureux de voir que le gamin de Sète soit devenu cette légende confie le journaliste Éric Fottorino.
LE MONDE >>> Avec sa pipe au bec, sa moustache, son air rieur, on le voit, on le croit sûr de lui. Brassens est un homme qui doute, mal à l’aise avec le succès, qui revient sans cesse sur son ouvrage pour trouver le mot juste, la mélodie adéquate.

FRANCE CULTURE >>> Des chansons aux poèmes, en passant par les romans et la correspondance, l’œuvre de Brassens est traversée par une nécessité : celle de la pensée libre, à rebours du dualisme et du collectif.

COMMENTAIRES

  • 29 Octobre 2021 10:15 - Davy Louis-Marie

    L'Interview de 1972 est du regretté Philippe Poiraud.

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