Helvètes underground

3 bretons avec casquette

Depuis sa création en 1978, le Festival de cinéma de Douarnenez propose une rencontre entre l’ici et l’ailleurs. Cette année nous* accueillons les Helvètes. Grâce à quelques archives de la RTS (Radio Télévision Suisse) et du fonds du Centre Simone de Beauvoir, voici trois regards suisses sur la Bretagne maritime.

Que des habitants de la montagne s’intéressent aux gens de mer n’est pas si étonnant. Leur attention ne se porte pas sur les attraits touristiques de la mer mais sur la mer en tant qu’espace de vie. Comme la montagne, elle n’est pas un simple lieu de loisirs mais une ressource et un biotope. Ce sont deux réalisateurs et une réalisatrice que nous vous proposons, trois regards engagés et attentifs à l’humain.

*nous : association Festival de Cinéma de Douarnenez

Une page KuB en partenariat avec le Festival de cinéma de Douarnenez, la RTS et le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir

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44e festival de cinéma de Douarnenez

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Le festival est né en 1978 lors des grands rassemblements qui ont secoué la Bretagne et renforcé son tissu associatif et militant. Ces luttes ont aiguisé l’intérêt envers les combats, les résistances d’autres peuples. Année après année sont invités des groupes de personnes, proches ou lointains, qui ont en commun de lutter pour l’environnement, la diversité des cultures et des langues. Aborigènes, sourd•e•s, Papous, Kanaks, Roms, voyageur•se•s, Maoris, Catalan•e•s, Breton•ne•s, intersexes, Kurdes, Mapuches…

Le festival est une tribune ou un abri pour celles et ceux qui on besoin d’être entendu•e•s, une université internationale et populaire, lieu de débats et de rencontres avec des réalisateur•rice•s, des acteur•rice•s, des auteur•rice•s, universitaires et journalistes, qui apportent autant de visions différentes. La sélection de films témoigne à la fois de la création, mais aussi des revendications particulières du peuple invité.


Depuis plus de 40 ans, le Festival de Douarnenez explore des filmographies parfois rares ou rarement diffusées qui témoignent de la diversité des cultures, des imaginaires, des narrations. Une manière de lutter contre l’uniformisation des modes des êtres, la disparition de la diversité des biotopes culturels et naturels (indissociables).

Chaque année, nous invitons des peuples différents à dialoguer via leur filmographie, leur littérature, leur musique… avec l’ici. La question sous-jacente à ce dialogue étant comment habiter la terre ? Pour ce faire, nous restons à l’écoute des voix minorisées.

Cette année, pour la 44e édition, nous avons choisi d’inviter des Helvètes. La Suisse, pays façonné par des minorités, présente une filmographie rebelle et critique sur la société, qui a retenu notre attention. Un pays multilingue et à l’opposé du modèle centralisateur français qui ne peut que nous interroger. Son rôle au sein de la géopolitique internationale permet d’y aborder toutes les questions qui interrogent l’Europe : l’accueil des réfugiés, le fonctionnement de l’ultra libéralisme, la démocratie…

En matière de cinéma, nous ne nous limitons pas aux films récemment sortis et ne nous appuyons pas sur un genre ou un format mais cherchons une cohérence en dialogue avec nos interlocuteurs suisses.

Outre cette thématique de l’année, nous montrerons des films en lien avec les éditions passées, les thématiques chères au festival ou des réalisateur•trice•s invité•e•s lors de précédentes éditions. Nous ferons aussi dialoguer l’ici et l’ailleurs, via la section Regards d’ici qui met en valeur la création cinématographique de Bretagne et la fait dialoguer avec celles de nos invités.

Les espaces de convivialité permettent les échanges, les débats, de créer du commun dans le divers. D’où l’importance de la place centrale du festival, au cœur de la ville, qui favorise les échanges, les rencontres, et donne un esprit de fête qui caractérise la ville de Douarnenez.

SELECTIONS

TRAVAILLEUSES DE LA MER

de Carole Roussopoulos (1985 - 25’)

Au port de pêche de Lorient, près de 800 femmes travaillent dans des conditions quasiment inchangées depuis 50 ans : dans le froid, l’humidité, la glace, debout, portant de lourdes charges. De nuit, ce sont les trieuses de poisson, de jour, ce sont les fileteuses : employées de marée et de la transformation.

>>> un film distribué par le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir

FEMME DE MARIN

de Claude Goretta (1968 - 60’)

Claude Goretta tourne en 1968 le portrait du quotidien d'Herveline, femme de marin-pêcheur en Bretagne. Le réalisateur filme l'attente, l'inquiétude aussi, le cafard, parfois. Alors je pleure un bon coup et ça me soulage…

>>> un film diffusé par la RTS

L’ILE DE SEIN

de André Gazut (1975 - 31’)

En 1975, l'équipe de l'émission Temps présent de la RTS se rend sur cette petite langue de terre sauvage perdue en mer au large de la pointe du Raz. 400 âmes habitent encore sur l'île de Sein. En hiver, en l'absence du bateau quotidien qui fait le lien avec le continent, c'est la radio ou l'hélicoptère qui apporte le courrier. Et le dimanche, tous se retrouvent à l'église pour honorer les marins qui ont péri en mer.
>>> un film diffusé par la RTS

BIOGRAPHIES

Carole Roussopoulos

Carole Roussopoulos
©Arch Familles Seyrig et Roussopoulos (photo recadrée)

Née en 1945, Carole Roussopoulos étudie à Lausanne avant de quitter la Suisse pour Paris. En 1967, elle y rencontre son futur mari, Paul Roussopoulos, avec lequel elle fonde le collectif militant Video out. En 1970, sur les conseils de son ami Jean Genet, elle investit dans la première caméra portative, la fameuse Portapak lancée par Sony, et réalise son premier film Genet parle d’Angela Davis. C’est le début d’une importante production de films.
Militante féministe, Carole Roussopoulos filme les femmes en action dans ces années de luttes : les prostituées de Lyon, les manifestations pour l’avortement, les débats autour du viol, etc. Elle est de tous les combats et accompagne les nouveaux mouvements sociaux qui émergent dans la foulée de Mai 68. En 1982, elle fonde le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir avec Delphine Seyrig et Ioana Wieder, premier centre d’archives audiovisuelles féministe, mais n’abandonne pas pour autant la vidéo. Toujours soucieuse de donner la parole aux opprimé•e•s et aux oublié•e•s, elle défriche des sujets jusqu’alors ignorés : viol conjugal, excision, handicap, exclusion.

Elle meurt en 2009, laissant derrière elle plus de 100 films.

Claude Goretta


Claude Goretta est né à Genève en 1929. Après l'obtention d'une licence de droit, il fonde le ciné-club universitaire et signe une série de critiques dans le Journal de Genève et la Tribune de Genève. En 1957, alors qu’il vit à Londres, il réalise Nice time avec Alain Tanner.

De retour en Suisse, il débute une carrière de réalisateur à la Télévision Suisse Romande où il réalise des reportages, avec une vingtaine d'émissions pour le magazine Continents sans visa qui deviendra par la suite Temps présent ; des documentaires et des fictions.

Il fonde en 1968 la société de production Groupe 5 avec quatre autres cinéastes suisses (Tanner, Soutter, Lagrange et Roy), puis réalise Le fou en 1970. Il signe en 1973 L'invitation qui obtient le prix spécial du jury à Cannes, puis Pas si méchant que ça en 1974 et La dentelière en 1977. Il est décédé en 2019.

André Gazut

Né en 1938 dans la Loire, André Gazut est diplômé des Arts et métiers de Vevey en Suisse. Il devient le benjamin des reporters au mensuel Réalités à Paris. En 1961, il entre comme cameraman à la TSR puis travaille pour les émissions Continents sans visa à la TSR et Cinq colonnes à la une à la RTF. Dès 1970, il devient réalisateur et travaille exclusivement pour Temps présent qu'il coproduit de 1975 à 1978 et de 1989 à 1994. Parmi les films auxquels il a collaboré : La dernière campagne de Robert Kennedy (1968) ou Le chagrin et la pitié (1970). Plusieurs de ses réalisations sont primées, notamment Klaus Barbie, un procès pour quoi faire ? (1984) ou La Croix-Rouge prise au piège (1992).

COMMENTAIRES

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