Mer

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Mer s’inscrit dans une série initiée et produite par Olivier Bourbeillon sur le thème du combat. La réponse du réalisateur Olivier Broudeur se formule en quelques plans, muets, où il montre son frère, son double, affrontant les remous de l’océan, à mains nues.

Le film sidère par son épure stylistique, la beauté de ses plans. La situation est à la fois simple – un homme nage dans la mer – et anormale : il semble seul, loin de toute plage, face à des rochers hostiles sur lesquels il manque d’être drossé.

Ce récit dépouillé résonne comme une allégorie : le combat d’un individu pour sa survie, face à des forces qui le dépassent.

MER

par Olivier Broudeur (2016 – 13’)

Un homme nage.
Il va être confronté à la nature sous toutes ses formes…

un film produit par >>> Olivier Bourbeillon, Paris-Brest Production

Habiter le silence

INTENTION
nageur tempête mer

par Olivier Broudeur

Nager en mer est pour moi et Claude, mon frère jumeau, une activité qui n’est pas que sportive, mais qui est aussi presque mystique parce qu’elle nous place face à un inconnu radical, le mystère d’un monde incommensurable, et face à la beauté de la nature qui nous submerge par son intangibilité physique et esthétique.

Ensemble ou séparément nous avons parcouru des heures, des jours, les espaces immenses que longent les côtes bretonnes, sous tous les temps, été comme hiver, et dans tous les sens, d’île en île, du continent aux îles, des îles au continent...

Claude a poussé cette pratique de la natation en mer à un niveau assez rare puisqu’à la faveur de ses déplacements professionnels, il a exploré presque toutes les mers du monde.

Nager nous était consubstantiel et ne semblait pouvoir avoir de fin quand Claude est tombé malade, en 2014. Dans le même temps, je me suis blessé. Nous ne nagions plus. Croyant que ce que nous avions aimé par-dessus tout allait nous quitter, j’ai écrit Mer dans l’urgence de vouloir retenir les choses et de tenter de décrire ce qui ne pouvait s’atteindre par les mots ; la grâce d’être entièrement au monde et à sa beauté.


Dans ce récit, j’ai essayé d’être terre à terre et factuel ; le plus exact et ténu possible : un homme nage, loin. Il rejoint une île, s’y endort sous le soleil. Mais le temps change…et c’est la mer qui, finalement, décide.

Pour ce film, j’avais la possibilité de travailler avec un acteur. Mais il fallait passer 4 heures par jour dans une eau entre 12 et 15 degrés, fin septembre. Qui aurait pu faire cela à part Claude ? Je lui ai proposé ce tournage alors qu’il était en rémission. Il a recommencé à s’entraîner doucement, patiemment. Et puis il est revenu à son meilleur niveau. Quand il a été prêt, nous avons tourné.

Pendant le tournage, j’ai pu le pousser assez loin, aller chercher les limites. Je savais parfaitement ce qu’il était capable de faire et il me faisait totalement confiance pour ne pas gâcher son énergie vitale dans des demandes superficielles. Parfois, l’équipe s’inquiétait parce qu’elle n’avait pas la connaissance de la nage en mer et des possibilités physiques de Claude. Mais nous n’avons jamais pris de risque incalculé et tout s’est bien passé. Nous avons été très heureux de vivre cela ensemble dans ces espaces sublimes de la Mer d’Iroise, parmi les phoques et les dauphins.

Quand nous avons fini, il ne restait plus grand-chose de Claude. Il était au bout de ses réserves en graisse. Il s’est livré à moi. Il m’a offert toute sa puissance vitale pour que je puisse faire cela. Nous l’avons fait ensemble. C’est à nous.

Une fois les images faites – le talentueux Aurélien Marra était à la prise de vue - il a fallu post-produire. Le son a été totalement recréé par l’ingénieur du son Pierre-Albert Vivet, le compositeur de musique concrète Ress A Sser et le mixeur Samuel Mittelman. Ils ont fait un travail très fastidieux qui m’a beaucoup impressionné. Ils ont obtenu un prix pour cette composition exceptionnelle.

Ce son offre au film une densité narrative, une dramaturgie. Sans ce travail essentiel, nous n’avions pas de film.

Aujourd’hui, avec du recul, je reste heureux que Mer existe. Il témoigne d’une façon d’exister possible, au cœur de quelque chose qui nous dépassera toujours et nous oblige à l’humilité ; la puissante nature.

Sonoriser le film

Pierre Vivet est l'ingénieur du son et monteur son de Mer, il témoigne de son expérience.

Étant donné la difficulté de mener de front une prise de vue très technique et un enregistrement sonore optimum, nous avions renoncé avec Olivier Broudeur à capter le son sur le tournage. Nous avons donc tout reconstruit en post-production. J’ai réalisé des prises de son spécifiques ainsi que le montage son de l’ensemble du film. Ayant une certaine pratique du film maritime, j’y ai intégré certains enregistrements de ma sonothèque personnelle. Florian Fabre a bruité le film et Samuel Mittelman l’a mixé. Ress Asser a composé à partir de mes sons une partition musicale étonnante, notamment pour le premier plan du film. Pour ce travail dont nous sommes particulièrement fiers, nous avons été récompensés au festival Coté Court à Pantin en 2017 par le Prix Renard pour la meilleure composition sonore.

La nature humaine

PRODUCTION
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par Olivier Bourbeillon

Mer est muet de toute parole humaine, mais plein des sons de nature. Il y a toujours la notion de force dans les films d’Olivier Broudeur. Il en faut pour être cinéaste.
Là il s’est agit de faire un film largement métaphysique où l’homme est confronté à la nature. Sa nature ? Un film symphonique avec un homme, la mer, les oiseaux, les poissons. Tout fait corps, et le risque de rupture est permanent, c’est la seule dramaturgie du film.
Comment lutter contre les éléments. Comment vivre ?

Son frère, jumeau de surcroît, est le personnage principal du film. Un défi tout autant qu’une preuve d’amitié.
Un film difficile à faire, la mer étant un acteur indomptable. La notion de dépassement y est constante. Il a fallu un grand chef opérateur, des effets numériques, un spécialiste de la prise de vue sous-marine. C’est un film court mais nécessitant d’assez gros moyens. Comme on dit parfois : voici du cinéma bigger than the life.
Tel a été l’enjeu du film.

OLIVIER BROUDEUR

BIOGRAPHIE
broudeur Olivier réalisateur MER

Olivier Broudeur est diplômé en philosophie et en ethnologie. En 2007, avec son co-scénariste et co-réalisateur Anthony Quéré, il est l'un des lauréats du concours Estran et réalise son premier film Erémia-Erèmia qui a remporté le prix spécial du jury au festival de Clermont-Ferrand. Suivront cinq autres courts métrages ; les derniers écrits et réalisés en solo. Mer est sa quatrième réalisation. Il vient d'achever Pamela hag Alice, film en breton et anglais, et le pilote d'une série co-écrite avec Thierry Bourcy, Les Portes du Vent. Il travaille en ce moment sur une suite de Mer, sur un autre film en breton, anglais et français La Chasse au Sanglier et sur un projet de long métrage.

Maison Mer

REVUE DU WEB

LE TÉLÉGRAMME >>> Podcast, Claude Broudeur ne va pas dans l'eau pour se baigner. Il y va pour nager, longtemps, souvent seul, en Bretagne ou dans d'autres océans. La nage en eau libre est pour lui bien plus qu'un sport, c'est une façon d'être au monde.

LE TÉLÉGRAMME >>> 2003, le cagnard assomme les touristes et la température de l'eau avoisine les 21 voire 22º. Sur la cale, ils sont une poignée à les applaudir. Pierre Monfort et Claude Broudeur viennent de réussir la traversée les Glénan-Trévignon à la nage et sans palme en 3 h 47. Soit 13 à 14 km à jouer avec les courants et à maîtriser un petit clapot toujours gênant pour le nageur.

CRÉDITS

réalisation Olivier Broudeur
acteur Claude Broudeur
assistant réalisateur Thierry Salvert
chef opérateur Aurélien Marra
régie générale Stéphane Philippe
machinistes Fabrice Pussel et Philippe Mourier

partition sonore Ress Asser
son et montage son Pierre Albert Vivet
acteur bruitage Laurent Papot
bruiteur Florian Fabre
mix Samuel Mittelman
montage Nico Peltier
étalonnage Pascal Nowak- cosmodigital
effets spéciaux numériques Romain Charoy

production Paris-Brest Productions

avec le soutien de Tébéo, Tébésud, TVR, de la Région Bretagne et du CNC

Artistes cités sur cette page

broudeur Olivier réalisateur MER

Olivier Broudeur

ESPACE PARTICIPATIF

  • 13 Juillet 2019 09:06 - Xavier Rocquefelte

    Merci à vous pour ce témoignage et ce film. J'en ai les larmes aux yeux et cela pour les raisons suivantes. Je suis nageur, comme mon frère jumeau et mon élément premier est la mer. Comme vous deux j'aime partir au loin et j'ai le souhait de faire une traversée en papillon (ma spécialité). Je suis très touché par ce film qui me parle au-delà des mots que je pourrais poser ici. Je viens d'être opéré du genou et je vais devoir patienter avant de reprendre la mer. Ce film me transperce littéralement ! Merci à vous deux !!!

  • 27 Avril 2019 00:12 - Florent

    Un bonheur ! Ce film montre parfaitement le bonheur de nager en mer et d'être en harmonie avec soit. Je nage avec des palmes et tuba. Je ressens la zénitude que procure de film quand je fais mes parcours sur les côtes du nord Finistère (http://nageenmer.com).
    Bravo et merci !!!

  • 16 Avril 2019 16:03 - brochard anne

    bonjour,
    je fais moi aussi de la longue distance en mer et surtout en Bretagne en Finistère Sud, votre film m'a beaucoup touchée je souhaiterais en recevoir une copie pour montrer à mes amis ce que représente ma passion. Cela serait-il possible?
    Merci de votre réponse;
    Cordialement
    anne

  • 15 Avril 2019 02:07 - Katarin Quelennec-Lorzil

    Superbe film. Plongée (et c'est peu de le dire!) dans cette ambiance froide autant physiquement que par l'absence de dialogues, j'ai été tenue en haleine jusqu'au dernier instant.Bravo et vivement la suite !

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