Land art

rouge cubes Mickael-CHAUVEL

Un étang comme une page blanche, un support sur lequel trois artistes construisent leur œuvre. Tel est le concept d’Étangs d’art, une manifestation qui fait d’un plan d’eau un lieu d'exposition, où les variations de lumière et de température provoquent d’infinies variations sur la perception que le spectateur peut avoir depuis la rive.

Ségolène de Maupeou a suivi la mise en place des installations et nous la restitue sous forme d’un photo montage sonore, manière d’entrer dans trois imaginaires différents, pour des œuvres en suspension entre le ciel et son reflet dans l’eau.

ÉTANGS D’ART 2020

PHOTOREPORTAGE SONORE

par Ségolène de Maupeou (2020-5')

Été 2020 sur le lac au Duc à Ploërmel (Morbihan), invités par l'Association Étangs d'art trois artistes s’exposent : Angela Kornie, Michael Chauvel et Joël Thépault. Leur particularité c'est que leurs œuvres ont les pieds dans l’eau, jouent avec les reflets, la brume qui les enveloppe au matin. On ne peut les approcher de trop près, on ne peut les contourner entièrement, il n’empêche, elles attirent le regard et nous laissent rêver le temps d’une balade au bord de l’eau.

Balades virtuelles

INTENTION

par Ségolène de Maupeou

Le grand confinement, avec tous ces questionnements, l’avenir masqué, complètement… Au printemps les balades étaient devenues virtuelles mais en juin place au déconfinement et retour sur le terrain avec Étangs d’art, une manifestation annuelle que je redécouvre des années après ses premières éditions dans les Côtes d'Armor. Les promeneurs peuvent prendre l'air à plus d'un kilomètre de chez eux, enfin ! Ils s’arrêtent, observent, lisent parfois à haute voix les explications. Le pari semble gagné, ils sont intéressés et en discutent fébrilement.

En ces temps de pandémie, mettre l’accent sur la culture est d’autant plus indispensable que les artistes sont coupés de leur public et qu'en temps de crise c'est précisément de culture dont les esprits ont besoin pour inventer un avenir.

Trois artistes, trois installations

L’EAU DU BAIN

Joël Thepault ©Pascal Glais
©Pascal Glais
L'eau du Bain Joel THEPAULT Etangs d'Art 2020 Pascal GLAIS
©Pascal Glais

par Joël Thépault

Qui a jeté les bébés avec l’eau du bain ? Anthropocène, tectonique des plaques, réchauffement climatique, fonte des glaces, montée des eaux, mondes à la dérive, confinement des peuples, faux Eldorados, folie des hommes...
Remonter à la source cachée au pied de la forêt, la nettoyer patiemment, chercher l’eau claire et fraîche, s’y désaltérer dans le creux des mains, écouter le temps s’écouler dans son chant et voir la lumière scintiller dans son sable doré.


Comment ne pas être fasciné par cette eau qui vient d’échapper à l’obscurité et reflète si gaiement la lumière ? Imaginer son long cheminement jusqu’aux rivières, jusqu’aux lacs , jusqu’à la mer, jusqu’aux nuages, jusqu’aux brouillards, jusqu’aux tempêtes, jusqu’aux averses...
L’accompagner le mieux possible pour que son chant reste pur encore longtemps.
Faire partie de l’univers à cet instant de silence.

Biographie

Depuis plusieurs années, Joël Thépault développe une recherche plastique entre la sculpture, la nature et les objets abandonnés par la société de consommation. Il se situe dans la marge et les chocs entre la modernité et le sauvage, entre absurde et mélancolie.

Face aux objets abandonnés, cassés ou usés, je m’interroge tel un ethnographe poète, en les transformant, en les mettant en scène au milieu de sculptures en bois, en calcaire ou en pierre.


Entre mémoire, ironie et dérision certaines sculptures semblent avoir été oubliées sur une grève après un long voyage, d’autres assemblages absurdes intriguent, questionnent.

J’aime les machines archaïques, rudimentaires, je travaille dans le grinçant, le décalé, la dérision. J’aurais voulu être archéologue. Lorsque je refais fonctionner des objets obsolètes, collectés un peu au hasard des décharges, des greniers, ou des plages, c’est comme si je racontais des histoires avec des souvenirs, ce sont des évocations du passé qui parlent de l’histoire singulière de gens ordinaires.

Il sculpte le bois, la pierre, les objets, les mots : installations dans la nature témoins de l’élan mémoriel fragile (France, Belgique, Yougoslavie, Danemark, Burkina Faso), livre d’artiste (éditions de la Regondie), habitacles de bois qui ouvrent le rêve, installations-poèmes qui maintiennent vacant l’espace de toute réponse.

Parallèlement, il intervient en milieu scolaire ou social pour initier des groupes d’enfants ou d’adultes aux arts plastiques lors d’ateliers se déroulant souvent en extérieur, autour de thèmes qui croisent ses propres recherches.

299 CUBES

Mickaël Chauvel ©Pascal Glais
©Pascal Glais
399 cubes
©Pascal Glais

par Michael Chauvel

L’idée ici est de modifier l’espace en y apportant l’inutile, de modifier la perspective pour esquisser l’idée que tout peut être différent. D’où viennent ces 299 cubes ? Sont-ils tombés du ciel ou ont-ils été rejetés par la terre avant d’émerger au-dessus de l’eau ? Pourquoi sont-ils rouges ? Autant de questions qui ne manqueront pas d’interpeller le spectateur.

Biographie

Michael Chauvel a forgé son expérience en Guyane où il a pu apprendre pendant dix ans diverses techniques de sculpture auprès d’artistes aux univers variés. Sept ans de vie chez les Amérindiens lui ont également donné une vision différente du dialogue avec la nature et du nécessaire lien qu’il faut conserver avec elle. Depuis son retour en Bretagne, il entend développer son travail dans une recherche artistique interactive avec la nature. Il assure depuis 2012 la direction artistique de l'association L’art est dans les bois et du festival Art in Situ.


Proches du land art et de l’art environnemental, ses œuvres naissent dans l’espace propre de chaque lieu. Des pièces au langage visuel sans cesse renouvelé, témoignent du dialogue qu’elles cherchent à établir avec le site rencontré. Cette conversation élémentaire peut se lire dans le paysage au travers de couleurs, géométries, éléments spatialisés d’une étonnante légèreté.

DE DEUX CHOSES LUNE...

2 choses lune Angela-KORNIE
©Pascal Glais
travail Angela KORNIE
©Ségolène Maupeou

par Angela Kornie

Pouvons-nous nous fier aux apparences alors que sous nos yeux tout change, bouge, vibre et palpite ? En nous promenant le long de la berge, nos perceptions se modifient. Selon les points de vue que nous adoptons, ce qui pouvait nous paraître long nous semble court, ce qui avait l’air dense s’avère aéré et ce qui passait pour continu se révèle discontinu. Selon que le vent se lève ou se calme, les formes se montrent stables ou chaotiques, géométriques ou aléatoires.


Selon le temps qu’il fait et le moment de la journée, nos sensations colorées varient avec la lumière, pour passer du jaune à l’orange, du clair à l’obscur ou du visible à l’invisible.
Ce projet invite le promeneur à faire une expérience visuelle sensible et vivante. De la contemplation à la rêverie, il n’y a qu’un pas. Entre la réalité observable et l’imaginaire, la frontière est ténue. Il suffit parfois de peu pour glisser d’une forme abstraite à un astre et transformer ainsi la mathématique en poésie.

Biographie

Angela Kornie est née à Sydney, Australie, en 1980. Après une formation aux arts appliqués à l’école Duperré à Paris, elle a suivi des études d’arts plastiques à l’université de Rennes. Elle développe, au fil des ans, une pratique artistique qui associe le dessin à la sculpture et ses œuvres tendent progressivement à interagir avec l’environnement qui les accueille. Elle vit aujourd’hui à La Roche-sur-Yon et expose un peu partout en France où ses installations d’art in-situ sont devenues une façon de sculpter l’espace impalpable, une manière de dessiner, directement, à même le paysage.

Éveiller la sensibilité

REVUE DU WEB

LE PLOËRMELAIS >>> Le lac au Duc de Ploërmel accueille des photographies et structures dans l'eau pour la deuxième année consécutive.

FRANCE 3 BRETAGNE >>> L’art est dans les bois à Pleslin-Trigavou, dans les Côtes d'Armor, depuis six ans, d’étranges structures et créatures apparaissent dans les bois.

VIVANT >>> L’association intervient auprès des écoles, elle y dispense des formations afin d’éveiller la sensibilité artistique des enfants. Au fil des années plusieurs artistes ont rejoint le projet, ils ont à cœur de présenter des œuvres d’exception alliant nature et art contemporain.

CRÉDITS

remerciement à

Philippe Lerestif président d'Etangs d'art

et

Pascal Glais Photographe officiel

ESPACE PARTICIPATIF

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