Erémia - Erèmia

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En 2007, le cinéma est en pleine bascule vers le numérique quand deux jeunes Bretons se lancent dans le métier. Tourné en cinémascope, Erémia - Erèmia se présente comme un film en pellicule sonnante et trébuchante, avec dans l’écriture une sobriété et une éthique tout aussi inspirées par le cinématographe.

Sous-titré Tranquillité – Solitude, le film de Broudeur et Quéré met en scène un héros ancré dans le temps présent, évoluant dans un pays de campagne et de côtes escarpées, se livrant à une succession d’épreuves physiques... un art de vivre tranquille et seul, dans un monde débarrassé de nuisances. Au milieu du film tout bascule. La chair jusque-là glorifiée devient quartiers de viande débités à la scie, l’ordinaire de l’abattoir industriel où notre homme gagne sa vie.

C’est dans l’écart entre le monde tel qu’il pourrait être et le monde tel qu’il est, entre paradis et enfer, que se déploie ce film épuré. Un premier film qui remporta le prestigieux prix du festival du court métrage de Clermont-Ferrand.

FILM

ERÉMIA - ERÈMIA

d’O Broudeur & A Quéré (2007 - 13’)

Un jeune homme se laisse envelopper par les éléments, allant au bout de chaque effort dans une régularité et selon des principes intangibles. Entre trajet quotidien à vélo, natation en eaux-vive et intensité du travail à la chaîne, il n’a pas de contact avec ses semblables et ne joue aucun jeu social.

Prix Spécial du jury, festival de Clermont-Ferrand 2008 et Lauréat du concours ESTRAN 2006

>>> un film produit par Daniel Laclavière, Aber Images

ENTRETIEN

Essentiel de le réaliser ensemble

par Nathalie Marcault

entretien réalisé pour Films en Bretagne.

Comment est né votre désir de faire des films ?

Anthony Quéré : C’est un désir qui m’a toujours habité. J’aurais voulu faire des études de cinéma, mais c’est inconcevable lorsque vous êtes issu d’un milieu modeste comme le mien. Je fais partie de cette première génération qui a grandi avec l’omniprésence de la télévision, qui a eu accès pour la première fois à des moyens de diffusion de masse : les premiers magnétoscopes VHS et l’émergence des vidéo-clubs. J’ai toujours consommé de l’image, que ce soit au cinéma ou à la TV. J’avais également deux cousins passionnés de cinéma qui se débrouillaient pour avoir du matériel vidéo de dernière génération au début des années 80. Ils pirataient les films dans les salles de cinéma avec des caméras vidéo portatives. Ils avaient des magnétoscopes dès la fin des années 70. Toujours un coup d’avance. Ils ont énormément participé à mon apprentissage cinématographique.

Olivier Broudeur : Je n’avais pas le désir de faire des films. C’est Anthony qui l’avait. J’y ai pris goût. Le désir même de faire des films était inaccessible pour moi. Je n’ai pas du tout été élevé avec l’idée qu’on puisse se réaliser dans l’art ni qu’on puisse réaliser un quelconque désir.

Comment a germé l’idée du film Erémia - Erèmia et l’envie de le coréaliser ?

O.B. : Anthony m’avait demandé de lire un scénario qu’il avait écrit. Je l’ai fait et l’ai aidé à l’améliorer, mais ça n’a pas eu de suite. Quelques années ont passé et j’ai écrit une ébauche de scénario. Je l’ai soumise à Anthony qui était d’accord pour que nous tentions d’en faire un film. Moi, tout seul, je n’aurais pas pu. Il a un œil que je n’ai pas. Et puis on est proches. C’est fantastique de construire des choses communes avec des personnes qu’on apprécie.


A.Q. : Puis l’un de nous a eu vent du concours Estran et nous avons décidé de présenter ce scénario en 2005. Il a été sélectionné et nous avons pu suivre une formation à l’écriture, pour Olivier et à la réalisation pour moi. Après quoi, nous avons rencontré le producteur Daniel Laclavière qui a tout de suite cru en notre projet. En 2007, nous réalisions Erémia - Erèmia, projet que nous avons porté à deux durant une période assez compliquée pour nous sur notre lieu de travail. Il semblait essentiel que nous le réalisions ensemble.

O.B. : Cette première expérience a été une révélation. Réaliser un film dont on a écrit le scénario, c’est rendre visible un monde intérieur. C’est comme construire sa maison de ses mains ou planter un arbre. C’est là, on l’a fait, et personne ne nous le reprendra jamais.

A.Q. : Cela dit, le tournage n’a pas été de tout repos. Réaliser un film reste une expérience intense. Avant de coréaliser ce premier film, j’avais eu quelques expériences comme régisseur et assistant réalisateur sur des courts métrages qui m’avaient heureusement permis de connaître un plateau de tournage. Nous avons bien préparé le tournage et j’avais une vision plus technique qu’Olivier. J’ai notamment travaillé avec Julien Lamanda, un dessinateur brestois, sur un story-board détaillé. Après un repérage précis de lieux où nous souhaitions tourner, nous avons constitué notre équipe avec de nombreux techniciens locaux qui ont su être disponibles et attentifs à nos demandes.

LE HÉROS

Une puissance destructrice

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par Philippe Cloarec

C’est d’abord parce qu’il a les bons réflexes, qu’il fait les gestes qu’il faut, que le jeune homme d'Erémia-Erèmia parait héroïque. Son attitude est manifestement déterminée par des valeurs, un humanisme. Ce personnage est, au vu de ses actes, porteur de tout le bien, de toute la justesse qu’on peut espérer d’un être humain, d’une créature civilisée. À ces qualités morales s’ajoute la manière d’être : ce jeune homme brille par sa force physique, par l’impulsion farouche, animale, qui le porte, par un charisme indubitable que son corps et sa musculature instaurent. Il est indépassable. L’étrangeté, l’aspect hors norme de ce personnage modulent la définition du héros ordinaire et l’enrichissent de qualités spécifiques.

Ensuite, au-delà de la pulsion, de la véhémence intimidante et maitrisée, ce jeune homme extra-ordinaire laisse transparaitre une expression qui n’a rien d’agressif, de martial, de hargneux : un fugitif sourire redessine ses lèvres, une joie douce et lumineuse emplit son regard, comme si l’enfance et sa dimension foncièrement innocente étaient là, elles aussi, venant apporter à la personnalité du jeune adulte une dimension neuve et particulière, qui intrigue, qui introduit du mystère, et qui, parce qu’elle vient de loin invite à requalifier l’identité de ce héros décidément pas banal.


Un dernier aspect achève le portrait du personnage : cette ultime dimension met en cause, ou en péril, tout ce qui avait trait à la puissance, à la force, à l’énergie physique, à la tranquillité vaillante, à la dimension victorieuse de ce dernier. Nous assistons, à la fin, à un instant de découragement, de doute désespérant, de solitude grave. Le héros porte en lui son contraire. Le négatif est là, tout aussi présent et puissant que le positif. L’individu triomphant est aussi un homme perdu, un paumé en quête de repères, de certitudes rassurantes, de consolation. Une part de désastre, de ténèbres, de sentiment de découragement et d’impasse côtoie, menace le rayonnement magnifique du personnage, prête à le supplanter. Cet aspect-là apporte une dimension souffrante, pathétique et tragique, au héros d’Erémia - Erèmia : la plénitude que son apparence physique et son mutisme souverain pouvaient laisser supposer cède devant un désarroi, une puissance destructrice, un vide qui menacent le personnage.

Source : clairobscur.info

BIOGRAPHIES

Olivier Broudeur et Anthony Quéré

Originaires du Finistère, c’est en 2005 qu'Anthony Quéré et Olivier Broudeur débutent leur collaboration alors qu’ils travaillent tous les deux dans un centre de formation à Brest. Leur sélection au Concours Estran en 2006, leur permet de tourner Erémia - Erèmia et leur met le pied à l’étrier de la création audiovisuelle grâce des formations professionnelles. Le film reçoit le prix spécial du jury lors du Festival International du Court Métrage de Clermont-Ferrand en 2008.

Leur deuxième court-métrage, Dounouïa la vie, tournée entre Brest et Bamako, a également été primé dans de nombreux festivals (Festival Silhouette, Festival de Vaulx-en-Velin, Festival International du Court-Métrage de Clermont-Ferrand, etc.).

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COMMENTAIRES

  • 22 Novembre 2022 16:54 - Tixier

    Sacree santé , une volonté de faire , un corps a la hauteur , façonner pour l'exploit , on ne peut que contempler et admirer, c'est tout .

CRÉDITS

avec Vincent Deniard

réalisation Olivier Broudeur et Anthony Quéré

son Pablo Salaün

montage Julien Cadilhac

mixage Christian Fontaine

musique Johann Lagadec

une production Aber Images

Artistes cités sur cette page

Olivier Broudeur & Anthony Queré

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