A de A à Z et en BD

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Dominique A, qui vit à Nantes quand il n’est pas en tournée, est un artiste multifacette dont la plus visible est d’être chanteur, auteur et compositeur. Il est apparu dans le ciel des musiques actuelles au début des années 90, avec une voix à nulle autre pareille. Son lyrisme vocal associé à des formes musicales minimalistes, entre new-wave et chanson française à texte, ont participé à l’avènement d'une nouvelle image du masculin dans le rock.

Au-delà de son propre répertoire, Dominique A a composé pour Katerine, Bashung, Tiersen, Birkin, Calogero, Daho. Il est également l’auteur de plusieurs récits, essais et romans, et même le personnage de deux bandes dessinées. La première en 2013 : J’aurai ta peau Dominique A de Le Gouëfflec et Olivier Balez, chez Glénat, et la seconde qui vient de paraître : J'aurais voulu faire de la bande dessinée de Philippe Dupuy, chez Futuropolis.

Au même moment sort chez Locus Solus un recueil d’entretiens avec Dominique A : Solide. C'est Grégoire Laville, journaliste et auteur d’ouvrages sur la scène rock bretonne (Quand Rennes s’est révélée Rock, éd Ouest-France, 2018) qui mène ces échanges au long cours. Solide est à la fois un récit de vie et une approche circonstanciée du parcours d’un créateur, un portrait en somme, qui révèle un artiste exigeant, simple et sincère, à la voix fragile, une sensibilité qui touche son public depuis trois décennies.

Une voix d'après l'amour

POINT DE VUE
dominique a solide cover gregoire laville
Photo couverture : Julien Mignot

Préface par Rebecca Manzoni

Dominique A est plus qu’un chanteur, il est un créateur unique dans la culture pop en France depuis 30 ans. Pour la première fois, il se livre longuement sur sa vie, sa musique, ses admirations artistiques.
Rebecca Manzoni, journaliste à France Inter, a chroniqué le livre de Grégoire Laville sur les ondes. En voici le verbatim, avec l’aimable autorisation des éditions
Locus Solus.

En 2009, Dominique A publie un album qui s’intitule La Musique. J’appuie sur play. Le Sens, c’est le premier titre. Et je découvre une voix que je lui connaissais peu jusqu’ici, presque rauque, relâchée. Une voix de l’abandon d’avant ou après le sommeil. D’avant ou après l’amour. Il pose cette voix sur le fracas buté d’une boîte à rythmes et une mélodie en escaliers. Et puis ses phrases simples et courtes pour un sujet immense en quatre minutes et trente secondes.

J’ai pas envie d’sauter, j’ai pas envie d’une balle. / Je préfère exister, même si c’est pour que dalle. / J’aime bien respirer, j’aime bien me sentir sale, / J’aime avoir de la chance, et me faire embrasser / Mais bien sûr si j’y pense, tout ça n’a pas grand sens.

Pas vraiment une chanson d’amour, hein. Mais je l’ai découverte à deux (nous allions être trois à vrai dire). Nous l’avons écoutée la première fois à deux, mon compagnon et moi. Et je sais que ce moment fait partie de ceux qui nous ont définitivement soudés, sans qu’on ait jamais eu besoin d’en parler. Il suffit qu’on mette cette chanson pour que la vibration du moment change pour plus de trouble et de sensualité.

C’est chargés de ce moment parfait que nous nous rendons aux concerts de Dominique A. Je garde en tête ceux qu’il a donnés en solo aux Bouffes du Nord. Je ne sais plus quand c’était mais je me souviens du son compact et de son corps, qui ont pris bien plus de place que ses mots, pour moi ce soir-là. Ses gestes brusques et soudains. Ou sa main qui décrit des volutes rapides dans les airs. Ses pieds, bien arrimés au sol, son crâne blanc, sa silhouette noire, taillée comme une camionnette dodge.

Lorsque Grégoire Laville m’a envoyé le manuscrit de Dominique A, Solide, un titre qui m’a immédiatement paru évident. Solide pour l’œuvre bâtie jusqu’ici. À ce jour, cette œuvre est pourtant balisée par deux chansons où il est essentiellement question de fragilité. Le mot est même devenu le titre d’un morceau, d’un album entier, le dernier paru. Et c’est la fragilité qui, déjà, met en mouvement Le courage des oiseaux. Si seulement nous l’avions...


Solide, fragile, ça fait un homme.

Il y a aussi la solidité de l’exigence jamais relâchée qui parcourt la vie d’artiste de Dominique A. Cette exigence qui consiste à questionner et attiser la nécessité personnelle d’écrire des chansons et de les donner à entendre. C’est une éthique qu’il incarne, entre autres, dans la chanson française d’aujourd’hui. Au fil de ces pages, il dit par exemple faut pas se leurrer, je crois même qu’il répète la phrase à plusieurs occasions ou sous une forme différente.

Faut pas se leurrer, ça fixe le cap de son attitude dans la vie comme de ses réponses aux questions de Grégoire Laville dans ce livre : un mélange de cœur à l’ouvrage et de lucidité. Faut pas se leurrer résume d’un trait la volonté de Dominique A d’être au plus près de la réalité de son art, de son public, de l’homme qu’il est, quand l’exercice de l’interview suppose souvent la construction d’un personnage. Quand l’idée qu’on se fait du métier de chanteur est d’être justement déconnecté des réalités, les siennes comme celles des autres.

C’est aussi le temps que Dominique et Grégoire ont passé ensemble qui permet d’atteindre cette vérité du moment. Des heures pas comptées qui libèrent la conversation du format de l’interview, permettent les rebonds, les approfondissements, les hésitations et les silences.

Je connais un peu Dominique A et n’ai jamais rencontré Grégoire Laville mais je devine l’admiration du second pour le premier. L’admiration la plus précieuse qui soit : celle qui est dénuée des arrière-pensées de la flagornerie. Celle qui met à l’abri de la familiarité. Celle d’un amoureux d’une œuvre, devenue la bande-son de sa vie. Les échanges entre ces deux-là sont aussi vivants qu’ambitieux : trouver les mots justes, écouter. Beaucoup de ces entretiens ont eu lieu dans des cafés. On s’y retrouve attablés avec eux. Alors à la vôtre !

J'aurais voulu faire de la bande dessinée

de Philippe Dupuy

avec Dominique A et Stéphan Oliva

Cette bédé éditée par Futuropolis se présente comme un travail inachevé, brut, très libre dans la forme, comme s’il s’agissait justement de ne pas figer les réflexions qui le traversent, sur l’inspiration, le statut d’artiste, l’évaluation d’un travail, sa légitimité. Son auteur, Philippe Dupuy, nous fait partager ce qui l’a nourri, stimulé, les découvertes qui l’ont conduit à entrer dans ce métier : faire de la bande dessinée. Il s’est choisi deux comparses avec qui il enquête, deux musiciens : Stéphan Oliva et Dominique A.

Voici donc, au moment où paraît le recueil d’entretiens Solide, une autre manière de comprendre ce qui fait la singularité du chanteur nantais, la singularité de son œuvre et l’empreinte qu’il laisse dans l’imaginaire de ses admirateurs.

Grégoire Laville

BIOGRAPHIE
gregoire laville

Grégoire Laville est journaliste indépendant, il collabore à Ouest-France, au magazine Bretons ou à des médias culturels en ligne. Il est l'auteur de plusieurs livres-entretiens avec des artistes bretons dont : Cali-Miossec, rencontre au fil de l’autre (éd. Le Bord de l’eau, 2006), Il a souvent fait noir avant la nuit avec le chanteur Da Silva (éd. Braquages, 2019) et dernièrement Solide avec Dominique A. Il a aussi pris la plume pour raconter une partie de l'histoire du rock français dans Quand Rennes s’est révélée Rock (éd. Ouest-France, 2018).

Dominique A

BIOGRAPHIE
leatita begou. portrait Dominique A
©Laetitia Bégou

Au début des années 90 s'avance sur la scène indé rock Dominique A. Son premier contact avec le public, Un disque sourd - auto-produit - comporte la chanson qui va étonner une génération et qui annonce déjà toute la singularité du chanteur : Le courage des oiseaux.

Dominique A calque sur ses instrus rock une voix androgyne et des textes épurés. Son style entre la new-wave et la grande tradition française, s'engouffre dans le sillage de Bashung, pour qui il a d'ailleurs écrit Immortels. Son écriture, vraie, authentique, minimaliste en font un des fondateurs de la nouvelle scène française aux côtés de son ami Philippe Katherine, de Miossec qu'il a inspiré, de Thomas Fersen...

Voir sa fiche artiste.

Philippe Dupuy

BIOGRAPHIE
Philippe dupuy

Philippe Dupuy est un dessinateur et scénariste français de bande dessinée. Il commence à produire des albums avec Charles Berberian. Ensemble ils intègrent Fluide Glacial en 1984 et y publient Le Journal dʼHenriette. S'en suivront plus d'une vingtaine d'albums dont la série saluée par le public : Monsieur Jean. Depuis quelques années, Philippe Dupuy travaille en solo avec Hanté (éditions Cornélius, 2005), Une Histoire de l'art (Professeur Cyclope, 2013) et J’aurais voulu faire de la bande dessinée (Futuropolis, mars 2020).

En 2008, Philippe Dupuy obtient avec Charles Berberian le Grand Prix de la Ville d’Angoulême.

Encore lui

REVUE DU WEB

OUEST FRANCE >>> L’ouvrage du journaliste Grégoire Laville, une série d’entretiens avec le chanteur Dominique A, publié aux éditions Locus Solus, est l’une des nouveautés nantaises. Morceaux choisis au fil de pages où l’on (re) découvre cet artiste discret et élégant.

FRANCE INTER >>> L'auteur de BD Philippe Dupuy, entouré d’un chanteur, Dominique A, et d’un musicien, Stéphan Oliva, qui ont tous les deux des affinités avec le 9e art, interroge la création artistique. À travers cette balade dialoguée et dessinée, Philippe Dupuy revisite sa propre démarche, ses dessins d’enfants, ses influences, au premier rang desquelles on trouve Philippe Druillet et son évolution.

LES INROCKS >>> Le talentueux Dominique A réinventé par Arnaud Le Gouëfflec et Olivier Balez dans une mise en abyme à la fois drôle et angoissante. Il ne faut pas souhaiter la mort des gens/ça n'est jamais assez méchant.

ESPACE PARTICIPATIF

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