Nous autres, cochons 2

Mona Lisier « Mona Lisier » de Clode Hingant

J’habite dans la région de Brest. J’ai presque toujours vécu à la campagne. Je connais les effluves de fumier, de champignons, voire de charognes ou de végétaux en décomposition, aussi entêtantes soient elles. Au pire, on peut toujours s’en s’éloigner. Mais les campagnes ont bien changé, la production de merde s’est industrialisée sous mes narines. La plupart de mes voisins font dans l’élevage de porcs ou de volailles hors sol.
Clode Hingant

MONA LISIER

BANDE-ANNONCE

un film de Clode Hingant (2004 - 10’)

Les droits d’exposition de cette œuvre sur KuB sont arrivés à échéance. Retrouvez ici sa bande annonce de présentation..

produit par Anne Luart, Spirale Production avec Canal +

Un éleveur de porcs est bien décidé à agrandir son élevage mais tente de dissimuler son excédent de lisier en le déversant de manière illégale dans un grand trou… C’est l’histoire malodorante que raconte Clode Hingant dans une fiction courte qui suscite la polémique avant même d’avoir été tourné !

Natif de Douarnenez, Clode Hingant a été peintre au milieu des années 70, dessinateur humoristique, pratiquant la BD et l’affiche, aujourd’hui encore, il se passionne pour la création graphique et les jeux vidéos. Engagé dans le cinéma dix ans plus tard, il a embrassé successivement tous les genres : comédie fantastique et animalière, fiction, animation en pâte à modeler, science-fiction, documentaire et webdoc…

UNE URGENCE ABSOLUE

INTENTION
Mona Lisier Clode Hingant

Clode Hingant : Autour de chez moi, les activités industrielles agricoles sont confinées dans des hangars aveugles à l’intérieur desquels chaque centimètre est compté ; le spectacle d’une exploitation de l’animal que personne ne se réjouit de voir. Il y a ces cris sourds s’en échappent parfois et ces camions qui passent au petit matin avec leur cargaison de damnés. Et puis il y a le lisier, une quantité invraisemblable de merde générée.
C’est l’odeur qui m’a poussé à faire ce film. L’odeur qui pénètre ma maison. Le nez est en rapport direct avec le cerveau. Tout comme on peut se griser de parfum, je crois qu’on doit pouvoir mourir aussi d’écœurement à cause d’une odeur infecte.

Pendant longtemps, j’ai eu l’impression que les choses étaient connues des principaux responsables et que donc quelqu’un s’en occupait. Je pensais qu’on allait vers une amélioration. Mais je ne peux plus me contenter de penser que la prise de conscience est générale et que quelqu’un d’autre agit ailleurs. Mon voisin, en faillite, a dû vendre ses vaches et loue les champs qui lui restent pour l’épandage de lisier. Loin de faire vivre les campagnes, ce système concentre la richesse entre quelques mains.

Le paysan transformant la merde en or par l’épandage du fumier est une image d’Épinal à présent. C’est de métaux lourds dont il faut parler aujourd’hui. Voilà ce qui abonde dans le lisier et qui se trouve réintroduit dans la chaîne alimentaire et l’eau du robinet. Une eau que je paye de plus en plus cher, mais que j’évite de boire. J’avais envie de longue date de faire un film sur l’eau, pour l’eau, ce sera un film sur la merde, pour l’eau.


Personnage

Mon personnage d’éleveur se bat contre les obstacles au point qu’on finit par partager son problème, le nôtre: comment se débarrasser de cette merde sans polluer les sols, l’eau, l’air, sans rendre malade les bêtes et les gens ? Il s’est agrandi pour durer. La faillite le guette et il devra vendre son exploitation s’il échoue. Il finira en bouc émissaire.

J’ai conscience que la situation complexe de ces nouveaux paysans est impossible à résumer en dix minutes, mais c’est cependant un court-métrage que je désire tourner. Un film d’une urgence absolue pour moi.

Le trou est pure invention, mais je connais un lieu où une langue noire de lisier coule directement à l’air libre, venant d’une ferme et s’étalant sur la prairie en contrebas de laquelle il y a un ruisseau. Je n’en suis pas persuadé qu’il s’agisse là d’une exception.

AU FOND DU TROU

MAKING-OF

Mise en place de la scène du trou avec l’équipe de technique, le réalisateur Clode Hingant et le comédien Bernard Farcy.

Images de Nicolas Hervoches et Clode Hingant.

Un film qui fait grimacer le monde agricole.

REVUE DU WEB
cochon qui s'en dédit Jean Louis Le Tacon

Telerama, Bernard Génin >>> Un film fort, et sobre aussi… C’est net, bien joué, et quelque part, assez effrayant.     

Le FILM FRANCAIS >>> REMUGLES DE CENSURE EN BRETAGNE.
Présenté au conseil régional de Bretagne pour obtenir un financement, le scénario reçoit un avis favorable du comité de lecture. Mais à la suite de la parution d’un article du Télégramme, un certain lobby agricole s’estime diffamé par sa thématique. Et la semaine suivante la commission permanente ajourne le projet.

LA CROIX, Jean-Luc Poussier >>> En Bretagne, un court métrage sur les démêlés d’un producteur de porcs suscite la polémique. « Mona Lisier » fait grimacer le monde agricole. L’adage selon lequel on peut rire de tout mais pas avec n’importe qui semble se vérifier une fois de plus.

CRÉDITS

scénario et réalisation     Clode Hingant

production     Anne Luart, Spirale Production avec Canal +

Artistes cités sur cette page

Mona Lisier Clode Hingant

Clode Hingant

ESPACE PARTICIPATIF

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