ARM & TEPR, La Nuit

Header TPR et ARM La nuit « La Nuit » de Hugo Bernatas

La profonde solitude de la condition humaine, soumise au défilement fatidique du temps.

Le cinéma est à ses origines synonyme d’une irruption dans la ville, d’une pénétration de l’espace urbain. Le clip La Nuit s’écrit dans un mouvement inverse, avec sa représentation d’une ville envahissante, qui prend le pas sur les hommes et menace de tout emporter avec elle. Un pas de plus de la lumière à l’ombre, dans ce dédale nocturne et urbain, dans cette grisaille sacrée qui vient servir d’ampli au morceau net et précis de Arm et Tepr.


Pendant que tu portes la nuit seul, ta vie défilait sans toi… Sur le rythme froid d’un beat de Tepr se découvre une ville en noir et blanc, enveloppée du manteau contrasté de la nuit, dans de lents et calibrés mouvements. Du néant jaillit bientôt une femme, face caméra ; ses traits se font ville, en une troublante surimpression. Une déambulation abstraite s’amorce alors, rythmée par les images lancinantes d’épaisses volutes de fumée. Une ombre qui marche sur les pavés, un métro qui s’éloigne du quai, une grande roue qui transperce la nuit, des bras qui se lient et se délient, autant de mouvements qui convergent vers un même effet de surplace, autant de routes qui reviennent à leur point de départ. Le minimalisme est aussi musical que visuel. Le geste est cinglant, glacial. La poésie brutale de Arm répond en écholalie aux images de Bernatas, le réalisateur du clip. Si déjà avec Psykick Lyrikah « la nuit s’éternise », ici elle englobe tout sur son passage et habille, en un mouvement sacralisant, les détails de la ville d’une aura grisâtre. Le biblique résonne au son de l’orgue, et dans les images d’une vierge à l’enfant. Déréalisée, cette nuit urbaine devient mystique, et ses adeptes sont des noctambules anonymes… une peinture en noir et blanc qui ne vient pas teinter de nostalgie cette image mais en renforcer les contrastes. Cette vie qui s’endort vient révéler un monde à l’envers, parfois en négatif, et les codes s’inversent au royaume des spectres.

Hugo Bernatas dépeint dans ce clip la profonde solitude de la condition humaine, soumise au défilement fatidique du temps. C’est la vanité de l’existence qui part en fumée. La rime extrêmement imagée du rappeur Arm trouve ici son contre-point visuel, et se dessinent, dans cette représentation magnifiquement morose, les thèmes récurrents de Psaumes : le temps qui passe, les anges et les démons qui s’affrontent, les âmes qui s’effritent dans la nuit. Crise de foie et de foi à travers ce clip qui sent la gueule de bois et un certain désenchantement du monde. La perte de repère s’opère notamment à travers des plans aux mouvements circulaires, qui nous rappellent que la vie est un cercle plat et sans issue. La représentation est fragmentée en une multiplication d’aplats : les pavés d’une rue, des flaques sur du bitume, la surface de l’eau d’une fontaine, la mosaïque des feuilles sur le ciel noir de la nuit. Le statisme de ces plans macro-photos déréalise cette ville vivante, alors dépeinte comme une nature morte. La nuit, clip mystique comme un rêve éveillé dont on ne parvient à s’extirper, est construit selon des enchevêtrements incessants où l’extérieur se fait soudain intérieur, et d’où jaillit une beauté moirée. Attendons donc le matin avec cette éprouvante, mais splendide, déambulation nocturne. Un matin morne c’est sûr, mais un matin quand même. Comme la ville est pleine de disputes, la ville est pleine d’ordures, la ville est pleine de blessures, je m’en remets aux paroles de Daniel Darc pour conclure quand même : Mais qu’est ce que ça peut faire, il n’y a que la ville pour me plaire.

Margaux Dory

La nuit

Réalisé par Hugo Bernatas (2016 – 3’41)

Psaumes, vision globale

En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, le rappeur Arm et le producteur Tepr se lancent dans un projet commun. Psaumes : un disque court, écrit, produit, enregistré en peu de prises et mixé dans la foulée. La direction est claire : peu de sons, peu d’effets, chercher la puissance dans le minimalisme. Projet dense et complet, 8 titres portés par un travail commun et une vision partagée, Psaumes s’inscrit dans la lignée des nombreuses collaborations entre les deux artistes bretons, au sein d’Abstrackt Keal Agram ou Psykick Lyrikah.

L’album s’ouvre sur Totem et ses percussions digitales qui s’entrechoquent et ses synthétiseurs de Trance saccadés.

La production est épique mais brute, le refrain chanté par Arm s’empile sur les couches de vocoder. Le ton est donné. Tu sais déboule et fait bouger la tête, c’est le genre de morceau agressif que l’on écoute planqué sous sa capuche, en compagnie de son gang imaginaire à Neo-Tokyo. L’intensité des refrains tranche avec le minimalisme des couplets et donne une impression permanente d’être sur le fil d’un rasoir.



Sur le ciel porte bien son nom, le morceau est comme une bouffée d’air frais après les deux premiers rouleaux compresseurs de l’album. La rythmique hypnotique et sombre s’illumine sur les refrains chantés, précepte d’un père à son fils, portés par les sons de chœurs synthétiques. La nuit, entre son côté BO de David Fincher et ses samples de Hardcore néerlandais, est clairement l’ovni pop de l’album. Psaumes est le premier titre écrit par Arm et Tepr lors des sessions du disque. Il en est la pierre angulaire, intense, et dont la lenteur écrasante scelle la direction sans compromis du projet.

Certains titres sont aussi des moments de créativité fulgurante. Tepr fait suivre de courtes boucles en chantier à Arm qui en quelques heures, écrit et structure Rallumez-les, vrai morceau de bagarre et de chiens, dans une ambiance à mi-chemin entre le rap de bayou d’un Kevin Gates et des images futuristes qui semblent surgir de Blade Runner… Dernier rouleau compresseur, L’opposé prépare le terrain pour l’émotionnel Chaque soir qui meurt dans son écho sans fin et clôture cette virée nocturne, éprouvant voyage au sein d’une ville imaginaire dont les deux artistes se sont fait, l’espace de huit titres, les témoins.

Fidèles à leur crédo originel malgré les années d’expérience, Arm et Tepr signent un album qui ne triche pas, à leur image : ambitieux, entier et résolument tourné vers le futur.

HUGO BERNATAS

BIOGRAPHIE
ARM TEPR clip de la semaine

Hugo Bernatas, 24 ans, est un jeune auto-entrepreneur lyonnais. Autodidacte, passionné de photographie, il ajoute à ses compétences techniques une vision esthétique dans la réalisation de ses clips musicaux, films publicitaires, portraits… et de nombreux films autour du skateboard.

Excitant : un euphémisme

REVUE DU WEB
ARM TEPR clip de la semaine

LES INROCKS >>> Tepr et Arm, figures immanquables du rap français, se sont associés pour un album créé à quatre mains. Le disque s’intitulera Psaumes et dire que le projet est excitant s’apparenterait à un euphémisme, tant son premier extrait, Tu sais, est puissant et prometteur.

L’IMPRIMERIE NOCTURNE >>> Quand l’un brise la glace, l’autre recolle les morceaux. C’est peut-être ce qui caractérise le mieux Tepr, ex-Abstract Keal Agram et Arm, ex-Psykick Lyrikah. De nouveau réunis après 12 piges et « Et la nuit s’éternise », Arm & Tepr se regardent ensemble dans la glace pour donner Psaumes, un acte sacré et illustré par un orgue immense sur la pochette. Un acte en 8 versets avec « des paumes en feu » pour trouver les notes et les mots qu’il faut. Un acte situé entre le sacré et le profane, entre les combats ordinaires et la grisaille pour ceux qui ont déjà fait « péter les codes ».

CRÉDITS

ARM & TEPR
album     Psaumes
auteur     Loïc Renault
compositeur     Tanguy Destable
éditeur     Yotanka – Universal Music

réalisation     Hugo Bernatas
montage / fx     Benjamin Large
lumière     Amandine Nolin

musique     TEPR
chant     Arm

Artistes cités sur cette page

ARM TEPR clip de la semaine

Hugo Bernatas

ESPACE PARTICIPATIF

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