La fabrique du silence

« Journal breton » d'Inès Léraud

La fabrique du silence est incluse dans le Journal breton (Les pieds sur terre, France Culture).
Durant quatre épisodes, Inès Léraud poursuit ses investigations en Centre Bretagne. Depuis deux ans qu’elle vit dans les Côtes d’Armor, sa capacité d’empathie et sa ténacité fragilisent l’omerta que fait régner l’industrie agroalimentaire bretonne sur les conditions de travail, les risques environnementaux et sanitaires. Les langues se délient, un réseau se met en place pour faire remonter l’information, malgré les menaces, les pressions, et l'autocensure.
En octobre 2017, Inès Léraud a reçu le prix Reporters d'espoirs pour la série de reportages Des citoyens qui changent le monde. La série La fabrique du silence a été sélectionnée en décembre 2017 par Télérama comme « pépite » de l'année radio 2017 en France.

Édito : Serge Steyer

Auteur-réalisateur d’une trentaine de films depuis la fin des années 80, principalement des documentaires pour et avec la télévision publique (France Télévisions, Arte). Auteur d’articles et de dossiers papier pour Films en Bretagne, dont Photographie de l’activité cinématographie et audiovisuelle en Bretagne (2009) et Réinventons l’audiovisuel public (2013). Directeur ...

1. À L'ABATTOIR

journal breton saison 2 episode 5 Dimitri Burdzelian
© Dimitri Burdzelian

Premier épisode dans les abattoirs où Inès Léraud recueille le témoignage d'employés. Ici on parle de tuerie (le local dans lequel les bêtes sont tuées les unes après les autres) et de scier des poitrines à la chaîne… La souffrance physique et psychologique est ici abordée concrètement, elle dépasse toutes les bornes, mais la pression d’une hiérarchie essentiellement masculine, arrogante, permet au système de se maintenir.
En représailles à son entêtement, Olympe, déléguée syndicale, est placée à un poste difficile - le moulage pâté - alors qu’elle est enceinte. Elle se rend compte au fil du temps qu’elle est lâchée, même par la hiérarchie de son propre syndicat ! Trop revendicatrice. Elle pointe du doigt une collusion entre l’abattoir, certains agriculteurs et le syndicat, pour que rien ne bouge. 
Vient ensuite la question des règles sanitaires en vigueur sur la chaîne d’abattage, et des subtils stratagèmes


pour s’y soustraire, toujours dans la même logique : maximiser les profits. Denis, aujourd’hui à la retraite, était l’un de ces inspecteurs vétérinaires qui cèdent peu à peu devant les intimidations, et le manque de soutien de l’administration sanitaire.

2. À GLOMEL

journal breton saison 2 episode 9 Eddy Roy
© Eddy Roy

Glomel, un village du sud des Côtes d’Armor, dans une belle campagne traversée par le canal de Nantes à Brest. L'eau y est polluée, au point qu’il faut interdire la baignade l’été. J’ai fait cinq traitements fongicides se vante un céréalier du coin… Y aurait-il un rapport ? Dans la même commune se trouve un site Seveso 3, de stockage de produits phytosanitaires (engrais, pesticides). Une vingtaine de tonnes de pesticides invendables auraient disparu dans la nature, brulés en plein air ou répandus sur le sol. Des cancers se multiplient alentours… Des citoyens racontent à Inès Léraud les pressions, menaces, et injonctions au silence qu'ils ont rencontrées lorsqu'ils ont voulu parler de ces pollutions.
50% des élus de la majorité municipale de Glomel sont des agriculteurs-éleveurs. L’opposition peut s’exprimer... mais ne sera pas entendue. Morgan essaie par exemple de mettre des analyses du sol du site à l’ordre du jour du conseil municipal, sans suite. Une extension de porcherie -voir aussi la page Nous autres cochons sur KuB (ndlr) - passe haut la main, sans même que le dossier d’étude préalable ne soit examiné. Sébastien, raconte l’histoire d’un cadavre de vache qui s'est lentement décomposé dans un étang proche d’un captage d’eau potable.


Un groupe de citoyens dont il fait partie, part à la recherche de la bête… C’est à ce moment que l’agriculteur et le maire se précipitent pour tenter d’évacuer la charogne, avant l’arrivée des gendarmes. Une affaire regrettable est-il répondu à la presse. 

André, militant de l’association Halte aux marées vertes, a été régulièrement insulté, du fumier déposé ou un renard crevé ont été déposés devant son portail, il a reçu des lettres de menaces, des coups de téléphone anonymes. Le Comité régional du tourisme serait même venu lui demander de lever le pied pendant la belle saison pour ne pas faire fuir les touristes. 

Peur des représailles, intimidations, ceux qui tentent de mettre en question la mécanique de l’agriculture industrielle sont malvenus. Au mieux on ne les écoute pas, au pire on les fait taire par la menace ; tel est l’amer constat de cette Fabrique du silence d’Inès Léraud.

Des années de lutte sans résultat

REVUE DU WEB

Ouest France, Alain Bihel >>> Après avoir tiré le signal d’alarme tant de fois, après avoir été filmé sous toutes les coutures par les télévisions du monde entier dans son fief de La Grandville, à Hillion, André Ollivro, le symbolique représentant de la lutte contre les marées vertes est lassé. Il n’y a plus rien qui me retient ici !  lâche-t-il, un brin agacé, en contemplant la mer depuis son cabanon, sur son terrain de 2500 m2.

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