Le dernier continent

Le dernier continent

Retour à la terre

Conçu pendant les Trente glorieuses, au temps du rêve d’expansion illimitée, la gestation de l’aéroport international de Notre Dame des Landes a connu quelques complications… pour finalement échouer. L’État, plutôt que de passer en force, a choisi le rendre la terre aux agriculteurs. Sage mesure, symptôme d’un changement d’époque, point de bascule d’une euphorie progressiste à une gestion plus durable ? Espérons-le.

Depuis le milieu du 20e siècle, en France, l’emprise des aménagements (bâti, zones, réseaux) a été multipliée par dix, au détriment des terres agricoles et naturelles. Il est arithmétiquement impossible de poursuivre sur cette lancée, de même qu’il n’est pas tenable de prolonger les courbes exponentielles de nos empreintes carbone. Ces évidences, c’est la mobilisation citoyenne qui les a brandies, contre vents et marées. Un mouvement qui agrège des militants écologistes, syndicalistes, des élus, des agriculteurs… désintéressés, créatifs, collectivistes, pourvus d’un sens aigu du bien commun. C’est de leur présence sur le site que témoigne Le dernier continent de Vincent Lapize que KuB expose ici dans sa version intégrale.

LE DERNIER CONTINENT

un film de Vincent Lapize (2015 – 77′)

Du printemps 2012 au printemps 2014, Le Dernier Continent construit la fresque d’une expérience politique mouvante : celle mise en place par les opposants au projet d’Aéroport Grand-Ouest à Notre-Dame-des-Landes. Le film est un double portrait. Celui d’un lieu, la ZAD, soit 2000 ha de forêts et de prairies appelés Zone à Défendre par ceux qui y vivent et Zone d’Aménagement Différé pour l’État et les promoteurs. Et celui de quelques militants aux profils divers, anciens habitants, activistes, sympathisants, constructeurs, combattants et paysans, qui partagent au quotidien une expérience politique atypique. De l’opposition immédiate à l’autonomie alimentaire et énergétique, de l’organisation de stratégies de résistance à la mise en place d’alternatives sur le long terme, de quelques dizaines de squatteurs à plusieurs centaines de militants venus de toute la France, le film interroge la lutte.
Tourné entre le printemps 2012 et le printemps 2014, Le Dernier Continent propose un regard subjectif sur l’expérience politique vécue par les opposants au projet de l’Aéroport Grand-Ouest sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes.

ZAD, la question de l’utopie

INTENTION

par Vincent Lapize

Mon intérêt pour la question de l’utopie est plus ancien que mes premiers pas dans le cinéma documentaire. Cette recherche nourrit et inspire mes films. Je pose les questions de la redéfinition de notre rapport à la nature, la place de l’individu dans le collectif, la résistance face à la domination. Le dernier continent est à la croisée de ces questionnements mais je n’en étais pas conscient au début.

Le film s’est créé grâce aux rencontres qui ont jalonné mes séjours à la ZAD pendant une durée de deux ans. En vivant sur place et en partageant des moments avec les opposants, j’ai tenté de percevoir l’articulation entre utopie et réalité dans la vie quotidienne. Comment chacun évolue en fonction des raisons d’agir, des nouveaux choix de vie et de l’émulation collective.
J’ai été particulièrement sensible à la richesse de l’environnement, un écosystème avec une diversité de vie très importante. Mais aussi, peu à peu, la zone est devenue métaphysique : un endroit où surgissent, se rencontrent et s’entrechoquent des pensées sur notre relation à l’existence. Dans le film, elles sont comme des flux se propageant dans l’air, rendant chacun, habitant ou passager sur la
ZAD*, sujet à de profonds questionnements.


Mon Titre - Le dernier continent - évoque la découverte de l’île Utopia dans l’ouvrage de Thomas More, un territoire où se croisent imaginaire et réalité. Il ne doit pas s’entendre comme la dernière alternative historique, mais plutôt comme un lieu où se concentrent certaines attentes de changements de société. Ainsi, le propos du film n’est pas vraiment le non à l’aéroport mais plutôt le refus du monde qui y est rattaché, l’espoir en de nouvelles formes de vie politique, économique et écologique. Pour autant, il ne s’agit pas d’un travail sociologique ni d’une enquête exhaustive, je souhaite plutôt permette au spectateur de vivre un moment aux côtés des zadistes, de comprendre certains enjeux et de ressentir l’énergie propre à cet endroit et à cette expérience.
Le dernier continent est une réalisation documentaire qui restitue l’œuvre humaniste qui a pris place dans la ZAD de Notre-Dame des Landes depuis près de 10 ans. Il permet de comprendre qui sont ces occupants, ce qui les meut, il montre combien la résistance s’est faite sur un mode créatif. La ZAD est une expérience politique non dogmatique, des modes de penser divers y cohabitent. Ce ne sont visiblement ni des fainéants, ni des terroristes qui vivent là, mais des personnes qui étaient parfois socialement insérées et qui ont quitté leur emploi pour trouver ici leur cohérence, ou encore des personnes qui étaient à la dérive et qui ont retrouvé ici un point d’ancrage dans le réel, avec les autres. On ré-apprend tout.

Un défi logistique permanent que la communauté prend en charge via la concertation, l’entraide, l’échange… L’union fait la force.

S’organiser dans le bordel ambiant.

Pourquoi la poursuite de l’expérience de la ZAD est-elle si importante ?

Elle est un laboratoire d’expérimentation pour des gens qui souhaitent inventer un autre système, qui ne soit pas axé sur le consumérisme et l’individualisme, qui se pose en complémentarité avec les acteurs et les usages du territoire. Symbole de cette utopie, un hangar que les ZADistes ont converti en université populaire, lieu d’accueil, chantier collectif.

Toutes ces actions sont légitimes, il reste aux acteurs à trouver un cadre légal de poursuite de l’expérience, comme ce fut le cas au Larzac avec la création d’un GAEC.

La culture comme moyen de transformation de la société, de diversification de la pensée… dans une concertation systématique et une gestion de l’instabilité.

La résistance commence en 2007, le gouvernement Hollande fixe un ultimatum à fin 2012 pour l’évacuation de la zone. À l’automne, les forces de l’ordre mènent l’opération César, mais les irréductibles zadistes ne cèdent pas.


*ZAD définition : la Zone d’Aménagement Différé devient une Zone À Défendre

Vincent Lapize

BIOGRAPHIE
Vincent_Lapize dernier continent

Après des études en anthropologie, Vincent Lapize intègre le Master de réalisation documentaire de l’Université de Poitiers. Il réalise alors son premier film Vent d’hiver, le portrait d’un paysan expérimentant des pratiques d’agriculture naturelle, sur un territoire où les valeurs partagées par la communauté agricole sont très différentes. Depuis 2010, il vit et travaille à Poitiers.

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Une mobilisation humaine magnifique

REVUE DU WEB

Notre Dame des Luttes ! >>>

un documentaire de 52 minutes de Jean-François Castell : portraits & Chronique de luttes du 17 novembre à mi-décembre 2012 autour des nouvelles cabanes de la ChaTeigne de la ZAD

Je n'étais jamais venue sur la ZAD >>>

Né d’une collaboration entre des habitant•es de la zad, le réalisateur Leo Leibovici et l'actrice Lizzie Brochere, ce petit film nous invite à un voyage intime à travers le territoire libéré de la ZAD, à la recherche d'espoir en ces temps tourmentés. Cet endroit est un étrange miracle, d’une puissance qui brise les sombres tempêtes qui montent aujourd’hui

Télérama, Hervé Kempf >>> L’abandon du projet de l’aéroport est le résultat d’une mobilisation humaine magnifique, et la victoire, au demeurant pacifique, d’une vision du monde, plus écologique, face à celle d’un ancien monde qui ne rêve que croissance et artificialisation.

LIBÉRATION, Coralie Schaub >>> José Bové : «Notre-Dame-des-Landes sera un vrai laboratoire foncier du XXIe siècle»
Confronter les usages permet d’avoir une vision globale de ce territoire. Cela permet aux citoyens de se réapproprier le débat et de le construire eux-mêmes. Quelles sont les priorités, qui les définit ?

France Inter, Thomas Legrand >>> Comme il l'avait prédit, aucun Tupolev, Boeing ou Airbus n’atterrirait à NDDL, zone écologique. Le marais, les champs ne seront jamais bitumés.... Pour la peine, voici un édito en alexandrins.

Deux sites de référence pour les informations militantes, et un suivi de l’histoire de la ZAD depuis les origines par Reporterre et sur le site Zone À Défendre, les thèmes de mobilisations, enjeux des concertations etc.

Artistes cités sur cette page

Vincent_Lapize dernier continent

Vincent Lapize

ESPACE PARTICIPATIF

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