Des mots contre le chaos

Boualem Sansal - des mots contre le chaos

Quand nous avons appris que l’écrivain algérien Boualem Sansal allait passer sous nos fenêtres nous avons demandé à son ami Yvon Le Men de nous le présenter. Ces deux orfèvres de la langue partagent un ardent questionnement sur le « vivre ensemble ».

AU COMMENCEMENT

Dès que nous avons parlé de Boualem Sansal à Yvon Le Men, il a exprimé le désir de nous en lire quelques pages. Pour le poète breton, tout est là, dans la langue inventée pour dire l’indicible. À distance, les agendas n’ayant pu s’ajuster pour une rencontre physique, il nous fait lecture d’un texte de Sansal qui le bouleverse. Il explique pourquoi.

Le texte se situe à la fin de Le village de l’Allemand. Les narrateurs sont deux frères, nés de mère algérienne et de père allemand. Ils ont été élevés par un vieil oncle immigré dans une cité de la banlieue parisienne, tandis que leurs parents restaient dans leur village près de Sétif.

En 1994, le GIA massacre une partie de la population du bourg. Pour les deux fils, le deuil va se doubler d’une douleur bien plus atroce : la révélation de ce que fut leur père, cet Allemand qui jouissait du titre prestigieux de « moudjahid »… (Boualem Sansal, Gallimard, 2008)

BOUALEM SANSAL

Un jour d’avril 2016, Boualem Sansal vient à la rencontre de ses lecteurs à L’archipel des mots à Vannes. Quelques mots échangés : anecdotes, confessions, dédicaces et sourires… cette après-midi-là, la librairie vannetaise ne désemplit pas.

Boualem Sansal a rencontré le succès dès son premier roman, le Serment des barbares, paru en 1999. Édité chez Gallimard, ce militant de la francophonie cisèle ses ouvrages dans une langue riche et précise. Ancien haut fonctionnaire de l’État algérien, limogé en 2003 de son poste de directeur général de l’Industrie sur la demande du président Bouteflika (son épouse est elle aussi chassée de son emploi de professeur), Sansal n’a jamais quitté son pays alors que tant d’autres intellectuels le fuyaient. En 2012, il brise un tabou en acceptant d’être l’invité d’honneur du Festival international des écrivains à Jérusalem, audace qui lui vaut une fatwa. Censurés en Algérie, ses romans sont récompensés partout dans le monde. 2084, son dernier roman, a reçu le Grand Prix de l’Académie française en 2015.

YVON LE MEN

Le combat pour la laïcité est-il encore celui de la séparation de l’Église et de l’État ? Ne s’agit-il pas plutôt d’un combat contre la tyrannie et l’aliénation véhiculés par des paroles et des actes qui s’opposent à toute forme d’émancipation au nom de la fidélité à une communauté et sa religion ?
C’est sur ce terrain qu’Yvon Le Men questionne Boualem Sansal : comment interpréter le concept de laïcité quand on est musulman traditionaliste, aujourd’hui, en France ? Quelles sont les clés du mieux vivre ensemble ?

Depuis son premier livre Vie (1974), écrire et dire sont les seuls métiers d’Yvon Le Men.

Il est l’auteur d’une œuvre poétique importante et de quelques récits, traduits dans une douzaine de langues [Prix Théophile Gauthier de l’Académie Française en 2012 pour « À louer chambre vide pour personne seule » (Rougerie)].
À Lannion où il vit, il crée en 1992, les rencontres intitulées « Il fait un temps de poème ». Étonnant voyageur, il se fait le passeur des poètes et des écrivains de Saint-Malo à Bamako, de Sarajevo à São Paulo.
Tout récemment, à l’initiative de la Ville de Rennes, Yvon Le Men a été en résidence à Maurepas, un quartier de Rennes comptant plus de quarante nationalités. En général, j’écris chez moi, seul et dans le calme. Immergé dans un environnement dont il ignorait tout, le poète fait de la parole des habitants sa principale source d’inspiration. Le soir, dans un appartement mis à disposition par Archipel Habitat, il s’enferme pour écrire.

CRÉDITS

avec
Boualem Sensal et Yvon Le Men

équipe KuB Hervé Portanguen, Mélodie Centurion, Sylvain Rio

Joss, la libraire de l’Archipel des mots

ESPACE PARTICIPATIF

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