Les résidents

les résidents phare wrac'h Mathias Sophie Salleron

Que ce soit sur le littoral ou dans le Kreiz Breizh, la Bretagne accueille de plus en plus d'artistes en résidence.
Nous partons ici à la rencontre du peintre brestois Mathias et d'une conteuse, Sophie Salleron. Le premier s'est isolé dans une maison-phare juchée à la sortie de l'Aber Wrac'h, l'autre s'est installée dans le sémaphore de l'île d'Ouessant.

Quelles ressources les artistes tirent-ils d'une telle expérience ? Et les habitants ? La résidence est une manière de rendre les artistes visibles sur le territoire, à moins que ce ne soit l'occasion de faire ressurgir le territoire dans leurs œuvres. Quoiqu'il en soit, il s'agit là d'une pratique vertueuse.

TEMPUS FUGIT

par Vincent Cadoret (2018 – 14')

Le temps est à la fois créateur et destructeur. Il est précieux, j'ai compris qu'il ne fallait pas essayer de le maîtriser mais l'accompagner et de vivre avec. Le peintre Mathias a été profondément marqué par ce séjour sur l'île de Wrac'h. Il raconte, a posteriori, comment cette résidence a changé sa vie professionnelle et comment le temps influence la nature de ses créations.

Le déclic

INTENTION

par Vincent Cadoret

Lorsque Mathias m'a parlé de son souhait d'être accompagné par un vidéaste pour conserver une trace de sa résidence à l'île Wrac'h, j'ai été emballé. D'abord parce que j'aime son travail, mais aussi parce que les îles m'ont toujours attiré. Mathias, artiste peintre brestois, s'isole dans une maison phare au nord Finistère pour une résidence de recherche et de création, avec comme seul point de départ le thème Tempus fugit (Le temps s'enfuit). Quinze jours seul à observer le temps passer sur une île et à chercher comment le restituer par le dessin, la peinture, la photo.

Les conditions météos sont dures, les idées ne viennent pas, l'artiste tourne en rond, l'île devient une prison à ciel ouvert, une épreuve inattendue. Pourtant le sujet est là, partout, mais l'île et son phare ne se dévoilent qu'à celui qui est prêt à recevoir, à celui qui baisse la garde.
Finalement le déclic se fait, l'inspiration est là et le projet se met en place. Le temps, lui, a filé...
Il faudra revenir.


Mai 2016, un an après jour pour jour, c'est de nouveau sur l'île et avec la caméra de Vincent Cadoret que Mathias reprend son projet. Filmer la phase de production des tableaux, filmer l'instant, le mouvement perpétuel de cet endroit si réel. Filmer pour faire partager la sensation d'être au monde, en suspension dans le rythme des éléments, pour restituer ce qui d'un projet artistique est devenu pour l'artiste une leçon de vie.

MATHIAS

BIOGRAPHIE
Mathias portrait

La passion de Mathias pour le dessin et la peinture remonte à l'enfance, un père dans la photo, un oncle qui lui fait découvrir l'aquarelle et un cousin la musique. De quoi s'occuper.

Après le lycée, direction l’École supérieure d’art de Brest (ESAB), où il découvre le tirage noir et blanc, la gravure. Une ouverture vers les techniques mixtes. Sa première expo a lieu en 2006. Il décide ensuite de se consacrer entièrement à la peinture et à la musique.

Formateur en arts appliqués en enseignement professionnel Pigier Brest entre 2010 et 2012, il continue à donner des cours et animer des ateliers à destination des scolaires, mais aussi des détenus de la Maison d’arrêt de Brest.

En 2015/2016, il est en résidence à Plouguerneau sur l'île Wrac'h, puis en 2017 à St Mathurin sur Loire pour son projet Terrae . Son atelier est ouvert depuis janvier 2017 dans le centre historique de Landerneau et est ouvert au public.

VINCENT CADORET

BIOGRAPHIE
Vincent Cadoret portrait

Son goût pour l'image l'accompagne depuis son plus jeune âge. Après une maîtrise en Arts du spectacle où il questionne la notion du temps dans les films de Wong Kar-wai, il travaille comme régisseur sur des courts et longs métrages de fiction.

Guidé par l'envie de créer ses propres images, il s’est lancé en tant que réalisateur vidéo en 2013. Depuis, il réalise tous types de films. Il accompagne aussi bien des compagnies de théâtre sur leur travail de création, des ateliers artistiques autour de l'art numérique, que des artisans, des musiciens, des entreprises ou des particuliers...

Il a co-réalisé un reportage photographique sur une petite île japonaise (Io-jima) en 2008. Il est également rédacteur pour Jean Marie Magazine, une revue pluridisciplinaire, qui a consacré un de ses numéros aux îles sous toutes leurs formes.


Il a aussi réalisé un (court) documentaire intitulé Mauvais Herbe, qui traitait de la disparition d'un îlot bien connu des Rennais, les Prairies Saint-Martin, et de l'un de ses résidents, résistant à son expropriation, Monsieur Marcel Languille.

QUI VOIT OUESSANT

par Hervé Portanguen (2018 - 6'42)

KuB est allé à la rencontre de Sophie Salleron, en résidence d’écrivain dans le sémaphore d’Ouessant. Elle y a passé quelques mois dans le but de publier un journal de bord. On y découvre son quotidien dans le sémaphore, sa façon de travailler et ses inspirations.

Voyage insulaire

INTENTION
par la fenêtre du sémaphore

Avec ce journal de bord, j'ai voulu raconter d'une manière poétique mon voyage à Ouessant et son sémaphore. Retranscrire mes promenades dans la lande et les découvertes de l'île, raconter le quotidien des Ouessantins. J'ai collecté des témoignages de gardiens de phare, marins, femmes de marins, sémaphoristes...

Je n'ai pas voulu me restreindre sur la forme du carnet.

On y retrouve des contes, des poèmes et des récits de vie (un spectacle de contes est aussi en gestation).

Cette expérience a été riche et très intense. Tant d'un point de vue humain, que d'un point de vue des paysages de l'île.


Lire quelques extraits :

L’un de me rêves secrets était de devenir gardienne de phare. Aujourd’hui, je ne suis pas gardienne mais j’écris dans la chambre de veille du sémaphore d’Ouessant et c’est tout aussi bien. Le phare, le sémaphore par lui-même invite à la rêverie. Cette vue imprenable sur le large. Pouvoir contempler le passage des bateaux. Vivre au cœur des tempêtes. L’année dernière, j’ai découvert pour la première fois l’île d’Ouessant. Étant moi-même insulaire, j’ai une affection certaine pour les îles, ces bouts du monde. Les plus reculées, les plus inaccessibles, les plus sauvages restent mes favorites. J’avais visité auparavant quelques îles bretonnes mais Ouessant s’est révélé être un véritable coup de cœur. Différente des autres, elle m’a paru d’emblée plus sauvage et plus brute.

C’est comme lorsqu’un nouvel amour vous prend : soudain la beauté vous envahit, la plénitude, la joie, et vous vous sentez bien fragile face à la puissance de ce sentiment. Je me suis promise de revenir pour laisser filer le temps et pour mieux faire connaissance avec Ouessant. Le sémaphore du Créac’h est un bâtiment carré. Doté de plusieurs fenêtres, couronné d’une tour de contrôle et installé sur un rocher. Il se situe à la pointe Nord de l’île, tout près du phare du Créa’ch, ce grand phare noir et blanc.Du haut de la chambre de veille, on entend la rumeur de la mer. (…)

2 septembre

Je suis impressionnée par le silence qui règne au sein du sémaphore. Le silence invite à la rêverie, permet de rentrer en soi, de se rassembler. Je goûte à cette qualité de silence et préfère le roulis des vagues comme bruit de fond au murmure de la radio. Mais je mentirai en disant que le sémaphore est complètement silencieux. Il a une vie bien à lui. Les portes grincent, le bois travaille et il n’est pas rare d’entendre un craquement de temps en temps, qui surprend toujours dans l’opacité du silence. Le vent chante aussi contre ses vitres. Le matin, mon premier plaisir de la journée est d’ouvrir la fenêtre de la cuisine, respirer à plein nez les embruns et boire une tasse de café chaud en contemplant la mer et les bateaux qui passent. Je me dis que c’est bien la paix que j’étais venue chercher que je trouve ici. Nous sommes samedi, il est midi. Le bourg de Lampaul est animé. Je rentre au café à côté de la boulangerie. Quelques locaux, quelques promeneurs. Sur la terrasse, deux promeneurs attablés savourent leurs bières au soleil. Le café est petit et accueillant. Quatre tables et des tabourets hauts en bois au comptoir. Sur le rebord de la fenêtre, une plante et quelques livres empilés. L’ombre de la plante se dessine sur la table. En face de moi, à côté de la carte des pressions, une photo de Yann Tiersen encadrée. Dans un coin du café, un parasol rouge fermé se repose de l’été. Midi 25 à l’horloge, les habitués se retrouvent au comptoir. J’entends des bribes de paroles :- Alors ? De retour sur le caillou ?- un rosé, un blanc, un café ! - à bientôt, à demain peut-être ! pendant que la télé allumée diffuse des clips de musique. Le café se vide. Sur le comptoir, deux verres vides, une tasse et le journal.

3 septembre

Six heures cinquante-six du matin. Je suis réveillée par le vent qui secoue le haut du sémaphore. De drôles de bruits se font entendre. Le vent cogne et s’engouffre. Je me demande ce qu’il doit en être au cœur des tempêtes car manifestement là, c’est un tout petit vent… Les vitres de la chambre de veille sont constellées de petites gouttelettes. J’ai de nouveaux très beaux rideaux : des rideaux de pluie. Je monte sur la terrasse pour écouter siffler le vent. Je comprends vite d’où vient ce bruit tonitruant : ce sont les câbles qui tremblent fort avec le vent. La brume recouvre tout. Il pleut. Aujourd’hui ce sera bonnet, bottes et ciré.

6 septembre

S'asseoir dans l'herbe moelleuse sur le chemin du retour et traîner encore un peu. Écouter la symphonie jouée par la mer. Se remplir de tout. Et sentir qu'on ne fait plus qu'un la terre et soi.

22 septembre

C’est le premier jour d’automne. Je retourne pour la première fois rencontrer Patrick Richard, l’ancien gardien de phare du Créa’ch. Chez Patrick, il y a des miniatures de phare partout. Il me reçoit dans sa cuisine. Dans la cuisine de Patrick, il y a une photo de lui en noir et blanc en compagnie d’un autre gardien. Patrick me dit qu’à l’époque, ils n’avaient pas d’appareil photos, alors, il n’a pas conservé de photos des phares. Un chaton rentre tout doucement. Patrick me dit que c’est un chat sauvage. Il lui donne à manger et il a réussi à le prendre dans ses bras. Les phares que Patrick a préférés sont les phares de mer. Il a été gardien dans tous les phares de mer du Finistère pendant six ans mais son coup de cœur reste le Phare de la Jument. Le rôle du gardien de phare était l’observation des feux, trois fois par nuit à onze heures, deux heures et cinq heures, et surveiller la brume. Il mettait la corne de brume en route. « Dans le phare de la Jument, il y a une cuisine, trois chambres, une salle d’honneur, une salle des machines et la rotation optique, me dit Patrick. On était deux à la Jument au cas où l’un se blesse. Chacun son tour faisait le quart. Celui qui était de service faisait à manger pour les deux. Il n’y avait pas 2 phares pareil ! Quand il n’était pas de quart, il pêchait, lisait beaucoup et faisait la sieste (...) »

SOPHIE SALLERON

BIOGRAPHIE
Sophie Salleron conteuse

C’est sur les terres sablonneuses d’Afrique que Sophie Salleron a écouté ses premières histoires, par la bouche de sa maman. Une petite enfance passée à l’école maternelle de Libreville au Gabon, où elle grandit près de l’eau, fait la découverte d’une autre culture et d’une lumière éclatante.

Sophie passe son enfance et son adolescence dans l’île d’Oléron, la tête dans les livres ou dans les nuages, les pieds dans l’eau ou sur les sentiers mouillés des forêts de pins. Sur ses bulletins, l’on retrouve souvent : enfant bavarde et étourdie, dissipée


La vie grandit dans un doux rêve. Sophie fait ses études de lettres à Bordeaux. Elle y rencontre Hamadi, conteur berbère. Quelques mois après, elle part vivre à Bruxelles pour suivre les cours de l’école du conte. Une escale d’un an en Corse, à Corte, pour obtenir sa carte de guide-interprète, s’imprégner des odeurs du maquis et rassurer ses parents.

Deux grands voyages : l’Australie et l’Amérique du Sud pour découvrir d’autres horizons, rencontrer de nouveaux amis et histoires de vie.

Un passage au jardin-musée Bourdelle d’Egreville où elle raconte la vie du sculpteur Antoine Bourdelle, et propose au jardin des mercredis contés. Elle fait la rencontre à Paris de Catherine Lamouroux et d’Henri Gougaud chez qui elle suivra des ateliers.

Départ pour le Grand sud où Guillaume lui fera découvrir les enchantements et les sortilèges de la Provence, mais l’océan est trop loin…

Retour au port.

Aujourd’hui Sophie raconte des histoires, encore et encore : des histoires vraies ou rêvées, ici ou là-bas, partout où les esprits sont prêts à s’évader et les âmes à rêver.

CALI

L’ASSOCIATION

L'association CALI (Culture, arts et lettres des îles) organise le Salon du livre insulaire et publie une revue littéraire : L'Archipel des lettres. Elle accueille des écrivains en résidence au Sémaphore du Créac'h, en partenariat avec le Département du Finistère, propriétaire du lieu. La durée de cette résidence va de 2 à 4 mois, un artiste à la fois, une fois par an. Priorité est donnée aux œuvres de fictions, à la francophonie et aux œuvres publiées par un éditeur professionnel. Le projet d’écriture doit être en lien avec l’insularité et l’auteur s’engage à faire des rencontres publiques et scolaires sur l’île pendant son séjour.

Expérience sémaphorique

REVUE DU WEB

OUESSANT MA PASSION, Andréas Guyot >>> À Ouessant, elle écrira un carnet de bord, au jour le jour, où elle décrit son regard sur l'île, sous forme de contes mêlés de poésie : Le fait d'être dans le sémaphore, ça pousse à la création. Cette côte sauvage, l'authenticité, la beauté du site est très inspirante.

LE TÉLÉGRAME >>> Conteuse, elle l'est à l'oral aussi bien qu'à l'écrit, dans les spectacles qu'elle crée comme dans ses livres et même devant Ouessant Presse où elle a bavardé avec chacun, racontant son parcours et ses découvertes, ses passions et ses recherches, créant une véritable file d'attente.

Artistes cités sur cette page

Sophie Salleron conteuse

Sophie Salleron

Mathias portrait

Mathias

Vincent Cadoret

Vincent Cadoret

ESPACE PARTICIPATIF

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