Se jeter à l'eau

Marion noyade - saison calme

Une piscine à marée présente au ciel sa surface lisse, mais quand arrive la pleine mer, le clapot déborde les rives du bassin et y amène le tourment. Il en va ainsi de Saison calme, le film de Célia Bchir qui s’intéresse à ce qui se passe sous le niveau de la mer. C’est là que se trouve ce calme, à l’abri des remous du monde, quand le corps lévite en état d’apesanteur.

Marion, maîtresse-nageuse, traverse ce miroir aquatique et y rencontre Élise qui elle, ne sait pas nager. Sous les corps impassibles les tourments sont palpables et l’expression se jeter à l’eau n’est pas ici un vain mot.

Saison calme est donc un titre tout en euphémisme, un film au bout duquel se pose la question de savoir si notre héroïne est un ange salvateur ou exterminateur.

FILM

SAISON CALME

de Célia Bchir (2019 - 19’)

C’est l’été. Marion est sauveteuse en mer dans une petite ville balnéaire. Bien que discrète et solitaire, elle fait la connaissance d’Élise. Un jour, elle assiste, fascinée, à la noyade d’une baigneuse qui lui révèle une part enfouie d’elle-même.

>>> un film produit par Pauline & Lionel Massol (Films grand huit)

INTENTION

Aphrodite et Hadès

nageuse reprend son soufle - saison calme

par Célia Bchir

J’ai un jour été saisie par la vision de corps flottants nimbés d’eau sur lesquels le temps n’avait pas de prise. Face à The dreamers de Bill Viola, je me rappelle avoir interrogé la fascination ressentie lorsque j’observais ces visages endormis, guettant inlassablement leur éveil, l’idée qu’ils étaient peut-être morts n’enlevait d’ailleurs rien à la beauté de ce qu’il m’était donné de voir.

J’ai, jusqu’ici, failli perdre la vie par deux fois. La première, au cours d’une leçon de natation où le maître-nageur, convaincu que savoir nager relevait d’un instinct, jetait l’enfant à l’eau et le regardait apprendre seul à se sortir du grand bassin. La seconde, au cours d’un accident sur le chemin du lycée. La voiture me percuta aux jambes, suffisamment fort pour que mon corps projeté éclate le pare-brise avant de se fracasser au sol.
Après l’exposition de Bill Viola, je pris conscience qu’au cours de ces deux incidents, je n’ai pas eu peur un seul instant. La lumière dansante à travers l’eau, le goût du chlore qui brule ma gorge et mon nez, les silhouettes baignées de soleil qui m’observent, la sensation de la carrosserie percutant ma chair, cette impression unique du temps qui se dilate, l’envol, la chute et le bitume qui mange mon visage sont autant de traces imprimées dans mon esprit par ces deux évènements.


Ces incidents devinrent des épisodes primaires qui questionnèrent ma perception des choses. La réaction de mes proches, quant à elle, me fit interroger ma capacité à ressentir correctement les sentiments et les émotions, à commencer par la peur fondamentale de la mort.

Le personnage de Marion incarne ces réflexions qui m’animent et alors qu’elle se révèle à elle-même, elle découvre une facette complexe et insondable de l’être humain, une sorte de part sombre qui sommeille en chacun de nous et que l’on tente pour la plupart de tenir à distance.

L’été est la saison des métamorphoses et au cours de celui-ci le personnage de Marion va prendre une nouvelle dimension. Saison calme est un cycle qui débute à l’aube et s’achève au lever d’un soleil nouveau. Entre les deux, Marion traverse une expérience initiatique et va à la rencontre de sa part féminine. Alors que certains poussent un peu plus en avant la connaissance de soi à travers la découverte de la sexualité et de l’amour, elle le fera, de manière instinctive, à travers la mort.

Saison calme est un film d’atmosphère qui donne à voir et à entendre le rapport de Marion au monde. La temporalité, l’image et le son comme autant d’outils pour figurer le prisme à travers lequel elle perçoit ce qui l’entoure. Marion connaît trois états principaux, déclinés selon qu’elle soit seule, qu’elle doive faire face aux autres ou encore qu’elle se découvre.

Les scènes dans lesquelles Marion est mise à l’épreuve de la présence d’autrui se déroulent dans leur durée véritable avec de lents travellings et quelques effets mesurés de montage. Le rythme, la lumière crue d’un soleil au zénith et le traitement sonore, donnant un aspect strident ou percutant aux coups de sifflets, aux rires d’enfants et aux jeux d’adultes, participent à construire une tension palpable, un environnement hostile, un désir d’isolement de la foule et du fracas.

Par leur rupture de ton, les scènes de solitude viennent en contrepoint. L’isolement de Marion est le symptôme de quelque chose de plus profond et de plus sourd qu’ébranle et questionne l’incident de la noyade. Au plus près des corps des personnages et de leurs charges émotionnelles, les plans serrés asphyxient le regard et servent à faire ressentir qu’à cet instant Marion, littéralement troublée par ce qu’elle vit, ne maîtrise que très peu la situation. L’arrivée d’Élise dans la vie de Marion coïncide avec ce moment fondateur. La relation qu’elles tissent va permettre l’apparition d’instants hors du temps comme si Marion découvrait une nouvelle palette de perceptions.

Je suis venue au cinéma alors que les mots ne me permettaient pas de m’exprimer et que je ne me sentais pas à ma place. L’écriture est pour moi un processus douloureux et complexe que j’affronte aujourd’hui dans l’espoir de pouvoir mettre en images mes réflexions et obsessions. Saison calme est né de perceptions subtiles et intimes que j’ai longtemps mûries, déployées et cousues entre elles.

BIOGRAPHIE

Célia Bchir

Célia Bchir réalisatrice

Célia Bchir a vécu au Maroc jusqu’à ses 17 ans avant de partir faire ses études en France. Diplômée d’un BTS montage, d’une licence de cinéma et d’un master d’études cinématographiques et audiovisuelles, elle n’a eu de cesse de multiplier les expériences afin de compléter sa formation. Elle a été tour à tour assistante régisseuse, seconde assistante mise en scène, technicienne d’effets spéciaux, technicienne audiovisuelle dans une université ainsi qu’assistante d’un cinéaste anthropologue. C’est au cours d’une formation au webdocumentaire qu’elle réalise quelques très courts films autoproduits et qu’elle se confronte véritablement à l’écriture de scénario et à la mise-en-scène. Saison calme est son premier film de fiction.

REVUE DU WEB

Sauveteurs en mer : la réalité du terrain

FRANCE 3 BRETAGNE >>> Direction Saint-Coulomb à la rencontre de deux jeunes sauveteurs en mer : Loan Losson et Capucine Martin.

EVAN DE BRETAGNE >>> Evan se prête au jeu et part une journée sur un bateau de la SNSM pour se former et découvrir le métier de sauveteur en mer, une aventure forte en émotion…

OUEST FRANCE >>> Déclenchée de nombreuses fois pendant l’été pour porter assistance à des plaisanciers, baigneurs ou sportifs en difficulté dans la rade de Brest et le long des plages de la presqu’île de Crozon, la station SNSM de Camaret-sur-Mer (Finistère) organise de nombreux et réguliers exercices. Un maintien en conditions que les bénévoles assurent sans rechigner.

SNSM >>> Découvrez le quotidien, les sauvetages et les formations des sauveteurs en mer.

COMMENTAIRES

    CRÉDITS

    avec Céline Berti, Violette Gitton, Mathieu Métral, Mathias Minne, Caroline Dubois, Violette Mallet, Salomé Subtil

    réalisation Célia Bchir

    image Emilie Noblet
    montage Héloïse Pelloquet

    son Pierre Albert Vivet

    musique William Hojeij

    production Films grand huit

    avec le soutien de la Région Bretagne, la contribution financière et l’aide à l’écriture CNC, Adami Sélection workshop pitch du festival de Pantin & au kiosque d’Aubagne, Procirep.

    Artistes cités sur cette page

    Célia Bchir réalisatrice

    Célia Bchir

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