Sous les pavés, la plage

promeneur penché plage Sables SCAM
À voir jusqu'au
17/11/2021

Une plage est un biotope dans lequel l’homme a fait une entrée remarquée depuis un siècle.

La réalisatrice Nelly Girardeau nous convie en Camargue, sur une langue de sable qui chaque année se transforme en village de bric et de broc, secoué par les bourrasques de mistral, menacé par la montée des eaux, où une population vit une saison de liberté frugale, échappant aux habituels tracas du quotidien.

Il y a de la grandeur dans la fragilité de cette communauté improvisée, où l’oisiveté et la fantaisie sont de mise et où chacun vit à sa manière l’élargissement du champ des possibles. Le film brosse des portraits successifs de ces citoyens du vent qui écument les marges de notre société et prennent ici du bon temps. Parmi eux, Paco le gitan qui vit solitaire avec son RSA, et dont les confessions ponctuent le récit poignant de ces destinées singulières.
Excentrics, une collection en partenariat avec la

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FILM

SABLES

de Nelly Girardeau (2017 - 49’)

En bordure du delta de Camargue, la plage de Piémanson s’étend à perte de vue entre les bras du Rhône. Elle est la dernière plage sauvage non réglementée d’Europe. De mai à septembre, des centaines de personnes s’y installent et cohabitent dans un désordre apparent.

Sables trace les contours d’une géographie en mouvement ; une mosaïque dissonante de fragments dispersés, de réalités et de désirs contradictoires.

>>> un film produit par Antonio Magliano et Loïc Legrand, Prima Luce

INTENTION

Piémanson : un dernier espace de liberté

par Nelly Girardeau

Couple observant avec des jumelles

La plage de Piémanson apparaît comme un mirage au bout d’une petite route qui serpente entre les étangs. Ici, à l’embouchure du Rhône, les eaux du fleuve et de la mer se rejoignent. Cette situation géographique particulière rend ce territoire instable et capricieux. Sur ce sol mouvant, variant en fonction des vents et des températures, rien n’est certain. La lumière, la couleur du ciel et des eaux, la nature du sable, tout est changeant et imprévisible.


Chaque année la même histoire se répète. À partir du 1er mai, les pouvoirs publics autorisent la population à prendre possession des lieux, bien que ce soit en infraction avec la loi littoral qui interdit l’installation et le camping sauvage. Des centaines de personnes arrivent alors de tous horizons et transforment cette bande de sable cachée derrière les carrières de sel et les marais en un chantier permanent. Chacun s’approprie un morceau de terrain et s’y installe pour l’été. Sur le sable, un village bancal et désordonné voit le jour. Cette tradition d’occupation clandestine du rivage existe depuis des générations. Au fil du temps, l’endroit est devenu un mythe, un bout du monde imprenable, un lieu légendaire où la terre appartient à celui qui s’en empare. Ici les règles habituelles de la société sont renversées, rien n’est légal mais tout est possible. Sur la plage, pas d’eau, pas d’électricité, pas de commerce non plus, l’argent n’existe pas car rien ici n’est à vendre. Dans la région l’endroit a mauvaise réputation, c’est un non-lieu, une anomalie, son caractère anarchique et libre dérange, on surnomme parfois la plage Soweto, la plage des pauvres.

J’ai eu tout de suite envie de filmer cet endroit qui m’est apparu comme un observatoire, un immense théâtre en plein air où il est possible d’interroger notre manière d’habiter le monde de manière individuelle et collective. Piémanson est une enclave, un dernier espace de liberté, un refuge à l’abri du regard d’une société devenue souvent trop pesante qui va jusqu’à normaliser les corps et les désirs. Beaucoup de ceux qui séjournent ici ont le sentiment d’être en marge, parce qu’ils ne sont pas comme il faut, parce qu’ils n’ont pas les moyens, parce qu’ils se sentent oubliés où qu’ils ne se reconnaissent pas dans ce que la société peut offrir. Piémanson les accueille, cette plage est leur patrie, comme un pays d’origine où ils reviennent chaque année. Ici ils retrouvent ce qui leur manque partout ailleurs ; le goût de la liberté, l’enfance retrouvée, le sentiment d’exister peut être…

Le film saisit une géographie en mouvement et procède par touches, par assemblage de fragments. Plus qu’un simple décor, la plage est le lien entre tous les personnages, la plage et sa nature trouble et imprévisible porte en elle les contradictions et les multiples visages de ses habitants.

J'ai souhaité faire apparaître ce qui est latent. Ici beaucoup de choses se font et se racontent dans les creux du paysage, dans les espaces intimes, dans la pénombre de la nuit. Au fil des heures l’obscurité se fait plus profonde et des vies se dévoilent petit à petit. Le film s’aventure, s’attarde, s’égare.

BIOGRAPHIE

Nelly Girardeau

Nelly Girardeau

Diplômée des Beaux-arts de Clermont-Ferrand, elle étudie par la suite le cinéma avec le Master 2 de Documentaire de création à l’École documentaire de Lussas en partenariat avec l’université Stendhal de Grenoble. Les mécanismes de représentation et de perception du monde, le rapport à l’imaginaire et à la mise en récit sont au cœur de ses recherches.
Pour la réalisation de son premier film L’eau salée, elle reçoit le soutien du Groupe de recherches et d’essais cinématographiques.
Elle intervient régulièrement dans des ateliers d’éducation à l’image, avec la Jetée et l’université Blaise Pascal. Depuis 2012, elle est membre du comité de sélection du festival Traces de Vies et s’investit dans des associations pour la création audiovisuelle.

COMMENTAIRES

  • 16 Novembre 2020 20:41 - vaB

    Merci pour ce film, et merci aussi aux "habitants éphémères - oiseaux migrateurs" de ce lieu. vaB

CRÉDITS

image et réalisation Nelly Girardeau
montage Laureline Delom
son Julian Sanchez Moreno et Vina Hiridjee
assistant de prod Tristan Leyri

musique originale Geoffrey Veyrines et François Cys
mixage Bertrand Wolff
étalonnage Matthieu Weil

production Prima Luce & Appel d’Air Films
avec le soutien de la Région Auvergne Rhône-Alpes, de la Région Nouvelle-Aquitaine, du Centre National de Cinématographie et de l’image animée, de la SACEM, de la Procirep et de l’Angoa
avec la participation de l’agence ECLA

Artistes cités sur cette page

Nelly Girardeau

Nelly Girardeau

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