MOI

MOI cover

Simulacre sur le web

Se faire passer pour quelqu’un d’autre, se construire un personnage dans le but de séduire ou d’impressionner, cela commence dès la cour de récréation. Les faux-semblants sont vieux comme le monde. Ils sont constitutifs de l’art du spectacle. Ils rudoient l’authenticité, et questionnent ce que nous considérons un peu rapidement comme véridique. Pauline Goasmat et Gaël Bernard a qui l’on doit Gast !, ont commis un microfilm délectable et cinglant : Moi. Une histoire édifiante sur la vanité contemporaine, celle du travestissement des égos à la manœuvre sur les réseaux sociaux. Belle entrée en matière pour une réflexion vertigineuse sur nos identités à l’heure de l’Internet.

MOI

un court métrage de Pauline Goasmat et Gaël Bernard (2013 - 2')

MOI, / C'est l'histoire de LUI, / Qui voulait devenir VOUS, / Qui voulait devenir TOI, / Et qui finit par faire comme EUX…

REGARDEZ-MOI !

NOTE D'INTENTION
MOI

par Gaël Bernard

Nous étions membres d'un collectif de scénaristes et auteurs, Pauline et moi. Elle m'a dit qu'elle aimait ma sensibilité, ma façon de voir les choses. Elle m'a proposé d'écrire un très court métrage pour un concours de films très courts avec cette idée : quelqu'un qui referait la photo de profil Facebook des gens. C’était un beau défi pour moi, surtout une opportunité de créer quelque chose à partir de cette belle rencontre avec Pauline.
J’ai pris du recul par rapport à mon écran, et je me suis vu sur les réseaux sociaux d’Internet, essayant de renvoyer mon image, mes opinions, mes envies et mes goûts sur mon profil Facebook - Narcisse tombant amoureux de son reflet pour mieux s’y noyer. Le plaisir de voir, le besoin d’être vu. 
Regardez ! Regardez-moi ! 
J’avais trouvé la voix du personnage.
Son désir d’être remarqué étant tombé à l'eau, il abandonne son profil, un véritable suicide numérique. Il se réapproprie l'image de l'Autre, celui qui réussit, il lui vole sa représentation virtuelle, et devient lui-même un reflet. Ça fonctionne pour lui - tant pis pour Narcisse.


Depuis la réalisation de MOI, Pauline et moi avons pu remarquer que la technique marche, puisqu’on peut trouver des voleurs d’image - le plus fameux reprend à l’identique les poses de Kim Kardashian sur Instagram, il est suivi et reconnu pour son travail.
Notre personnage voit son ego enfin rassasié, mais le web oublie vite, et pour ne pas tomber dans l’oubli, il doit évoluer. Puisque le mimétisme a fonctionné pour lui, il va copier celui qui règnera en maître sur cet univers jusqu’à la fin des temps numériques : le chat, roi d’Internet. Notre personnage pense avoir réussit à les surpasser, encore une raison d’être triste pour lui.
En mettant cette voix en image, Pauline n'a montré que ce qui se passe sur l’écran, et c’est formidable, parce qu’on reste dans les eaux dans lesquelles il nage. De l’autre côté de cet écran, on imagine un pauvre jeune homme terriblement seul, dans une pièce mal éclairée, les yeux perdus dans le vague.
Ce tout petit film, simple et léger, m’a donné envie de parler de ce qu’on abandonne quand on est derrière un clavier et un écran mais aussi de ce qu’on y trouve. J’écris actuellement les suites de MOI, ce sera TOI, LUI et tout le reste bien évidemment. Pauline et moi avons depuis réalisé un autre court-métrage, nous avons encore d’autres projets ensemble. C’est à mon sens la plus belle réussite de ce court-métrage - avec l’espoir de vous avoir également quelque peu diverti.

FICTIONS DE SOI

REVUE DU WEB

France Culture >>> L’identité à l’heure du numérique
conférence  (120’ - 2017)
Entre autobiographie et fiction, les réseaux sociaux déplacent les frontières entre vie privée et vie publique, jouant en permanence de l'ambivalence entre le plaisir de partager son histoire personnelle et la volonté de préserver son intimité et ses données.
Que montre-t-on de soi-même sur Facebook, Twitter, LinkedIn, Périscope, Instagram ou Tinder ? Qu'elle soit parfaitement contrôlée (e-réputation, profils fictionnels) ou non, que révèle notre image sur nous ? La question de l'identité sur les réseaux sociaux numériques et la manière dont ceux-ci sont devenus des supports d'écriture et d'affirmation d'une certaine image de soi.

Courrier International >>> Comment les réseaux sociaux ont fait de nous des touristes de nos propres vies
Les réseaux sociaux ont pris une place telle que certains d’entre nous sont passés maîtres dans l’art de détecter un parfait moment Facebook : trouver la situation, la phrase ou la scène qui fera le meilleur post Facebook, celui qui récoltera le plus de likes.

Slate >>> De fait, l’ère numérique permet d’assouvir le besoin compulsif de diffuser quasiment en temps réel ce que l’on est en train de vivre. Bien sûr, il y a des avantages à pouvoir partager de plus en plus d’images avec un large public. Mais la pulsion qui consiste à documenter sa vie et à en faire la publicité en permanence semble avoir pris le pas sur la concentration et sur la connexion directe avec nos congénères.

CRÉDITS

MOI
avec     Sébastien Dégut
réalisation     Pauline Goasmat et Gaël Bernard

Fictions de soi : l'identité à l'heure du numérique
Un débat enregistré en janvier 2017
avec     Virginie Julliard, ‎maître de conférences à l'Université de Technologie de Compiègne
Boulet, auteur de bande dessinée

Fanny Georges, maître de conférences à l'Université Sorbonne Nouvelle Paris 3
Louise Merzeau, enseignante, médiologue et photographe
lieu de tournage     Bibliothèque publique d'information, Centre Pompidou

Artistes cités sur cette page

Pauline Goasmat - Gast - c'est quoi cette histoire

Pauline Goasmat

Gaël Bernard Gast - c'est quoi cette histoire

Gaël Bernard

ESPACE PARTICIPATIF

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