Légère déprime

Totem Gras douarnenez

Les Gras de Douarnenez, persistance bien vivace d’une fête carnavalesque, moment libérateur où toutes les transgressions sont admises. La Tourbière de Brieuc Schieb nous fait entrer dans ce doux délire en compagnie de trois ados qui picolent, tirent des tafs, glandent jusqu’à la déprime, parlent de filles à baiser, s’assourdissent dans des rave-parties.
Tout cela sonne juste, sans trop qu’on sache si l’on est dans une fiction ou un documentaire, avec le constat qu’il existe un point de jonction entre ces Digital natives et un rite païen, celui d’enfourcher le tigre de la désinhibition pour redonner du sel à l’existence, d’interpeller les morts pour intensifier le rapport à la vie.

FILM

LA TOURBIÈRE

de Brieuc Schieb (2019 - 26')

Uzec, Baptiste et Léo tuent le temps à Douarnenez. Leur ami Jordan s’est noyé déguisé en Bob l’Éponge, au carnaval de l’an dernier. Lorsque les célébrations reprennent, des phénomènes étranges se produisent.

INTENTION

Maudit soit carnaval

3 amis et une table d'orientation

La Tourbière s’inspire d’un fait divers survenu pendant les Gras, un carnaval célébré chaque année à Douarnenez. On raconte qu’en 2005, un jeune homme, alors déguisé en Bob l’Éponge, se serait noyé un soir de festivités. Avec le temps, l’histoire s’est muée en légende urbaine. Un an après, lorsque le carnaval reprend, on suit les errances de trois adolescents dans leur ville natale. Au fil de discussions triviales et de situations vaseuses, des hallucinations se produisent et manifestent la présence du fantôme de Jordan, l'ami absent.


Le projet de ce film était guidé par l’envie de traiter les Gras avec une approche magique. L’idée était de les rapprocher des récits mythiques du Finistère, dont l’usage est de symboliser la mort, la faire accepter comme étape naturelle de la vie. Dans La Tourbière, la logique s’inverse : les croyances deviennent un héritage pesant sur les épaules des jeunes de la région. Là où le Carnaval était une fête libératrice, il devient une messe païenne virant au cauchemar. De jour, marionnettes et chars deviennent monstrueux, la nuit, les névroses cumulées dans l’année se défoulent sur le port dans l’anonymat des costumes, jusqu’à en devenir morbides. C’est comme si nous ne reconnaissions plus le patrimoine du territoire dans lequel nous avons grandi.

Les images des Gras, en prologue et en épilogue, ont été tournées en 2018. Le Den Paolig y est intronisé à l’ouverture puis brûlé à la fin. Cette année-là, le mannequin géant avait accidentellement pris feu dans l’atelier de son concepteur. Fragilisée, la structure s’est écroulée sur la digue pour la première fois depuis 1835. Cette matière documentaire a permis des rappels à la réalité des événements. Le scénario était ouvert afin de conserver la spontanéité des interprètes - dont ce fut la première expérience de jeu devant une caméra - ainsi que l’énergie d’un film auto-produit et collectif. Les souvenirs captés par smartphone proviennent de moments vécus dans la MJC de Douarnenez ou à l’aube d’une free-party. Ces images avaient aussi pour but d’évoquer le début des années 2000 : une période où les réseaux sociaux et la télé-réalité naissants transforment les rites adolescents. À ce titre, les messages introductifs sont extraits de blogs et les costumes inspirés d’anciennes photos de classe. C’est ce désir de reconstitution qui nous a poussé à décrire notre époque.

BIOGRAPHIE

Brieuc Schieb

Brieuc Schieb

Né en 1995, Brieuc Schieb étudie l'esthétique à la Sorbonne avant d'entrer aux Arts décoratifs de Paris (EnsAD).
Son travail, entre films et installations, se construit autour de matériaux préexistants et de situations documentaires. Il s'inspire d’imageries triviales ou archaïques pour évoquer les spectres qui hantent notre présent.

REVUE DU WEB

Une présence d’outre-tombe

LE TÉLÉGRAMME >>> Un film au charme mystique avec ces jeunes qui se demandent s’ils croient aux fantômes avec les signes étranges d’une présence d’outre-tombe.

CULTUROPOING >>> La Tourbière, de Brieuc Schieb, nous invite à zoner dans le Finistère des années 2000 avec un groupe de trois adolescents. C’est l’époque des conversations fleuves sur msn, des soirées tise et des skyblogs. Encastrée entre des vidéos du carnaval où défilent chars et majorettes et un rêve où se rejoue le drame de l'année passée.

RADIO GRENOUILLE >>> Entretien croisé pour le FID Marseille avec Brieuc Schieb et Stephen Loye.

COMMENTAIRES

    CRÉDITS

    avec Baptiste Perusat, Edouard Torres, Léo-Paul Barbaut & Simon Leroux

    réalisation Brieuc Schieb
    image Raphaël Guillet
    son Guilhem Domercq, Mathias Arrignon & Thibault Clerc

    montage Charlotte Cherici
    musique Paysage d'Hiver & Varg Vikernes

    Artistes cités sur cette page

    Brieuc Schieb

    Brieuc Schieb

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