Fabrique du film

Famille sort du train avec des valises - Interdit aux chiens et aux italiens

Alors que sort en salle le film d'Alain Ughetto, Interdit aux chiens et aux Italiens, KuB vous donne la possibilité d'enrichir la découverte de cette œuvre au cinéma en regardant son making-of et le premier long métrage du réalisateur : Jasmine.

Avec ce documentaire, nous voilà embarqués aux côtés des artisans du stop motion (marionnettes animées) dans la fabrique de ce film, entre Rennes, Valence (dans la Drôme) et Marseille. Alain Ughetto et le producteur Alexandre Cornu reviennent sur la genèse du film et l'on voit Ariane Ascaride et Gérard Meylan, deux fidèles de la filmographie de Guédiguian, enregistrer les voix des personnages.

Dans Interdit aux chiens et aux Italiens, il est question de l'intégration des migrants en France, celle des grands-parents du réalisateur, qui ont franchi les Alpes pour refaire leur vie en travaillant sur les innombrables chantiers de modernisation de notre beau pays. Une histoire qui n'est pas sans entrer en résonance avec celle des migrants d'aujourd'hui, qui franchissent mers et montagnes pour les mêmes raisons.

Récompenses :
Prix du meilleur film d'animation aux Prix du cinéma européen (2022)
Prix du jury au Festival international du film d'animation d'Annecy (2022)

MAKING-OF

INTERDIT AUX CHIENS ET AUX ITALIENS

de Alain Ughetto (2022 - 20')

Sortie en salle le 25 janvier 2023

Début du XXe siècle, à Ughettera dans le nord de l’Italie, berceau de la famille Ughetto. La vie dans cette région étant devenue très difficile, les Ughetto rêvent de tout recommencer à l’étranger. Selon la légende, Luigi Ughetto traverse les Alpes et entame une nouvelle vie en France, changeant le destin de sa famille tant aimée. Son petit-fils retrace leur histoire et nous livre les secrets du tournage.

>>> un film coproduit par Alexandre Cornu des Films du tambour de soie, Jean-François Le Corre de Vivement Lundi !, Ilan Urroz de Foliascope, Manuel Poutte Lux Fugit Films, Enrica Capra de Graffiti Films, Luis Correia d'Ocidental filmes et Nicolas Burlet de Nadasdy Film


Projections et rencontres avec l'équipe rennaise organisées par Zoom Bretagne

Dimanche 12 février à 10h – Cinéma Le Bretagne - Saint Renan - Accompagnée par Fabien Drouet

Dimanche 12 février à 18h – Cinéma Le Club - Douarnenez - Accompagnée par Fabien Drouet

Lundi 13 février à 18h – Cinéma Des Familles - Groix - Accompagnée par Jean François Le Corre

Mardi 14 février à 20h – Cinéma Arletty - Saint-Quay Portrieux - Accompagnée par Jean François Le Corre

Mardi 14 février à 14h – Cinéma Quai de images - Loudéac - un atelier jeune public mené par Cinéphare

Mercredi 22 février à 19h45 – Cinéroch - Guémené-sur-Scorff - En partenariat avec Ty Films - Intervenant à confirmer

Jeudi 23 février à 14h30 – Cinéma L’Argoat - Callac – En partenariat avec Ty Films - Accompagnée par Fabien Drouet

Jeudi 23 février à 20h30 – Cinéma Le Grand Bleu - Carhaix - Accompagnée par Fabien Drouet

Vendredi 24 février à 14h et à 20h30 – Cinéma La Bobine - Quimperlé - Accompagnée par Fabien Drouet

Vendredi 24 février à 20h30 – Cinéma l’Iris - Questembert - Accompagnée par Maude Gallon

Samedi 25 février à 18h30 – Cinéma Le Club - Locminé - Accompagnée par Maude Gallon

Samedi 25 février à 18h – Cinéma Le Dauphin - Plougonvelin - Accompagnée par Fabien Drouet

En savoir plus sur Zoom Bretagne

INTENTION

Remonter le cours du temps

grand mère mains sur les hanches - Interdit aux chiens et aux italiens

par Alain Ughetto

Mon enquête a commencé il y a neuf ans, quand je me suis rendu à Ughettera, le village familial dont mon père m’avait tant parlé. Dans ce territoire de montagne, le Val Chisone, austère, rude ; terre de châtaigniers majestueux, d'énormes rochers, de cours d'eau généreux. Mais aussi, je l'apprendrai plus tard, territoire pauvre, misérable même, de paysans autrefois affamés, de charbonniers. Et surtout terre qui a subi une véritable hémorragie d'émigration au siècle dernier. Dans le cimetière, je n’ai trouvé ni la tombe de mon grand-père Luigi, ni celle de ma grand-mère Cesira. Que s’est-il passé ?
Les témoins des années 1870 ont disparu, les toits des maisons se sont effondrés sur leur passé de paysans ; les arbres ont repoussé sur leur vie de charbonniers ; d’eux, il ne reste plus rien. Le cadeau de ce film a été la découverte du livre de Nuto Revelli, Le Monde des vaincus. Cet écrivain et partisan italien a enregistré les témoignages de paysans et de paysannes du même âge que mes grands-parents et qui vivaient dans le même endroit du Piémont. Des témoignages poignants sur la faim, la misère, les guerres…


Ce qui m’intéressait, c’était de remonter le cours du temps pour lier mémoire intime et évocation historique. J’ai fouillé dans ma mémoire, puis dans celle de mes cousins, de mes cousines, de mes frères et sœur. Entre guerre et migration, entre naissances et décès, un récit s’est tracé. Au-delà du chagrin que procure l’histoire personnelle, j’ai découvert un parcours étonnant. Luigi, mon grand-père, j’aurais aimé le connaître, mais je ne l’ai pas connu. Mais ma grand-mère Cesira, elle, je l’ai connue… J’avais douze ans quand elle est morte, je l’appelais mémé. Pour moi, mémé était née comme ça, à côté de la gazinière, vêtue de noir, les mains dans la polenta. Elle voulait être plus française que les Françaises, aussi, je ne l’ai jamais entendue parler italien.
Dans les ateliers de Vivement lundi ! à Rennes, nous avons construit les personnages : Luigi, Cesira, Vincent mon père ainsi que les nombreuses poupées qui les accompagnent. Cesira est devenue une figurine de 23 cm de haut. En la questionnant, elle m’a raconté son histoire, sa vie en Italie, sa rencontre avec Luigi, le voyage avorté en Amérique, pourquoi la France ?
Il me fallait maintenant m’intégrer à ce récit… Le thème qui m’a intéressé, c’est la transmission de main en main. Les mains de mon grand-père ont transmis leur savoir aux mains de mon père, les mains de mon père m’ont à leur tour transmis leur savoir et aujourd’hui je m’en souviens ; aussi je me devais de témoigner. La main, ma main, est devenue un personnage, un personnage qui agit sur ce monde et dans l’atelier, la main travaille, questionne et intervient.
Entre confinement, Covid et tempête de neige, le film a été en grande partie tourné dans les studios de Foliascope dans la Drôme, entre janvier 2020 et juillet 2021. En écho avec aujourd’hui, je voulais témoigner de comment, à cette époque, on accueillait tous les étrangers. J'ai travaillé sur ce film pendant neuf ans et j’en aime toutes les images. C’est un film unique où chacun a apporté son savoir, ses connaissances, ses compétences, sa mémoire. Un film témoignage, mais avant tout un film d’amour.

LA NOTE DU PRODUCTEUR

Une histoire de transmission

Photo de famille - Interdit aux chiens et aux italiens

par Alexandre Cornu

Je viens, avec Alain Ughetto, de vivre une aventure incroyable, j’allais dire carrément romanesque. Jasmine, premier long-métrage d’Alain, est sorti en salles en 2013. Il a connu une belle carrière en festivals et un succès critique. Nous avons bâti ensemble une relation solide, fondée d’abord sur la confiance, forgée par l’amitié ensuite, et nous savons désormais comment bien travailler ensemble. Alors que nous étions dans l’accompagnement en festivals de Jasmine, Alain a commencé à me glisser quelques mots... Il travaillait à un nouveau projet. Et puis un texte est arrivé sur ma boîte mail. Un premier jet, mais déjà une ambition affichée. Imaginer une narration qui irait du singulier (l’histoire personnelle et familiale du réalisateur) à l’universel (l’immigration italienne en France au XXe siècle). Et continuer avec l’animation.


L’animation, c’est le moyen d’expression d’Alain, il a commencé par là au tout début des années 1980. En 1985, son troisième court-métrage, La Boule, a remporté le César du meilleur court-métrage d’animation. À partir de là, tout le monde attendait son premier long… qui n’est jamais venu ! Black-out, silence total, il a travaillé comme réalisateur de documentaires à France 3 Marseille pour faire bouillir la marmite comme il dit… avant de renouer avec ses premières amours et la sortie de Jasmine, un film d’animation sur son histoire d’amour avec une Iranienne, prise dans les tumultes de la révolution de 1979 en Iran.
L’animation fait partie de sa vie, mais elle fait également sens dans le récit de ce nouveau projet. Dans cette histoire de transmission entre un grand-père, un père et un fils, le travail manuel est au cœur de la narration. D’ailleurs, le premier titre d’Interdit aux chiens et aux Italiens était Mano d’opera, qui signifie main d’œuvre en français. Luigi, le grand père, construisait des routes, des ponts, des barrages. Vincent, le père, bâtissait ses maisons les unes après les autres et faisait surgir comme par magie des oiseaux sculptés dans la croûte du Babybel. Quant à lui, Alain, il a résisté à la pression familiale qui le voyait réussir une carrière de fonctionnaire aux PTT pour manier la pâte à modeler et animer ses personnages.
La technique que nous avons utilisée devait garder un côté fait main, car il est toujours question de mains dans ce film, notamment celles de Luigi, qui étaient si belles selon Cesira. Nous voulions une approche artisanale, puisque sa matière première est celle que l’on pouvait trouver dans le Piémont natal de la famille Ughetto. Du charbon pour figurer les montagnes, des morceaux de sucre qui deviennent les briques d’un mur, les châtaignes de la polenta comme les pierres qui balisent les chemins et les brocolis qui deviennent des arbres.

BIOGRAPHIE

Alain Ughetto

Ughetto Alain dans les studios

Alain Ughetto a hérité de son père et de son grand-père un goût prononcé pour le bricolage, qu'il infuse dans son cinéma par l’animation, un vecteur pour explorer l'intime. En 1985, Alain Resnais lui décerne le César du meilleur court-métrage d'animation pour La Boule. Il devient ensuite journaliste et documentaliste pour de nombreuses chaînes de télévision. Puis, en 2013, il renoue avec sa passion du cinéma d’animation et réalise Jasmine, où se joue son histoire d’amour dans le tumulte de Téhéran à la fin des années 1970. Son dernier film d’animation, Interdit aux chiens et aux Italiens, retrace l'histoire de son grand-père et, à travers elle, celle de nombreux immigrés italiens.

REVUE DU WEB

L’immigration Italienne

FRANCE CULTURE >>> Retour sur l’odyssée de l’immigration transalpine en France depuis le XIXe siècle jusqu’aux années 1980 : ses différentes vagues, ses drames et ses apports culturels et musicaux.

YOUTUBE >>> Le réalisateur Alain Ughetto revient sur la création de son film Interdit aux chiens et aux Italiens lors du Festival du film d'animation d'Annecy, où il a reçu le prix du Jury.

TV5 MONDE >>> Le musée de l’Immigration a dédié, en 2017, une exposition sur la diaspora italienne en France durant le XXe siècle. Jouant des clichés et préjugés de l’époque et rappelant la xénophobie dont ils étaient victimes, l’exposition s’attache à retracer le parcours des immigrés italiens en France.

RADIO FRANCE >>> L’auteur de BD Baru est au micro de Tewfik Hakem pour parler de sa série Bella Ciao, qui retrace en trois tomes l’histoire d’une famille italienne qui vient s’installer en France.

OUEST FRANCE >>> Les coulisses du film. Tout commence dans le petit village du Piémont où la terre fait vivre les paysans, mais la nourriture manque. Et chaque année avant la neige, la moitié des habitants part en France pour travailler, comme saisonniers ou sur les chantiers.

COMMENTAIRES

  • 23 Décembre 2022 14:50 - annick Madouas

    Magnifique, touchant, je trouve les bouilles et les costumes très beaux, même avec des racomadages...
    Et le thème résonne avec l'actualité : les migrants d'aujourd'hui qui peuvent faire peur, dont on va se méfier . Bravo

CRÉDITS

réalisation Alain Ughetto
scénario Alain Ughetto, Alexis Galmot, Anne Paschetta
conception des personnages Alain Ughetto, David Roussel
décors Jean-Marc Ogier

photographie Fabien Drouet, Sara Sponga
voix Alain Ughetto, Ariane Ascaride
montage Denis Leborgne
musique Nicola Piovani

coproduction Les Films du tambour de soie – Alexandre Cornu, Vivement Lundi ! – Jean-François Le Corre, Foliascope - Ilan Urroz, Lux Fugit Films - Manuel Poutte, Graffiti Films - Enrica Capra, Ocidental filmes - Luis Correia, Nadasdy Film - Nicolas Burlet
avec la participation de la Région Bruxelles-Capitale, la RTS, Cinéforom
avec le soutien du CNC, de la Région Bretagne, de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur, de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, de la PROCIREP, du Centre du cinéma et de l’audiovisuel de la fédération Wallonie-Bruxelles, du Piemonte doc film Fund, du ministeria della Cultura

Artistes cités sur cette page

Ughetto Alain dans les studios

Alain Ughetto

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