Monstres !

Ganesha illustration

Le réalisateur amateur Donovan Potin s’est lancé dans une intrépide reconstitution de l’atmosphère londonienne de la fin du 19è siècle, avec un récit qui fait immanquablement penser à Elephant man, le film tourné par David Lynch en 1979, à partir des mémoires du médecin qui prit en charge un homme aux nombreuses difformités, jusqu’alors exploité en tant que monstre de foire.

Un défi énorme et un résultat assez impressionnant !

Le verbe tient une place centrale dans Ganesha, voix off de l’homme-éléphant qui nous dévoile ses considérations sur la nature humaine, telle qu’elle se révèle face à sa monstruosité. Faisant tomber le quatrième mur entre le spectacle et son public, le film dévoile les gens ordinaires, avides de sensations, se contorsionnant dans leur malaise ou leurs bons sentiments.

Donovan Potin fait un usage astucieux de ses espaces scéniques qui s'ouvrent les uns sur les autres, créant ainsi une fluidité, comme celle de la parole du héros dont la beauté de la langue supplante son hideuse apparence.

GANESHA

de Donovan Potin (2016 - 21’)

John Merrick, alias l'homme-éléphant, a été recueilli dans un hôpital londonien par le Dr Treves. Il trône sur son vieux fauteuil et dispense aux spectateurs ses pensées, ses souvenirs, ses observations, sa philosophie au gré de rencontres et de révélations toujours plus étonnantes. Il offre un auto-portrait de lui-même ambigu. John Merrick prétend être le dieu Ganesh.
Est-ce un homme que la difformité aurait rendu fou ou un être divin, aux pouvoirs sans limites ?

>>> un film produit par financement participatif

Brigands du film fauché

INTENTION

par Donovan Potin

Ganesha illustration

Je suis Ganesha, le dieu à tête d’éléphant, dieu de prospérité et d’abondance. Les hommes s’inquiètent de mon sommeil car si je dors mal, l’univers entier risque de s’effondrer. Je suis un monstre. Les hommes ont peur, et c’est pourquoi ils rient de moi. Ces quelques mots m'ont longtemps trotté dans la tête, cet après-midi-là.
Nous étions à Nantes, samedi 1er novembre. Je finissais de déjeuner avec Xavier Mauméjean, avec qui j’avais la chance d’échanger depuis quelques mois. Nous parlions de nos projets quand il m’a fait part de son envie de voir un jour le prologue de son roman Ganesha - Les Mémoires de l'homme-éléphant, adapté en court métrage. Il aurait pu trouver pire sujet. Mystérieux, empreint de symboles, riche de sens et visuellement terrible, ce texte de quelques pages a des allures de partition pour orchestre de chambre, tout droit sorti du roman de Victor Hugo : L’homme qui rit. Lui rendre justice - ou du moins hommage - représentait pour moi le projet le plus déroutant et le plus jubilatoire. Je lui ai répondu que c’était une chouette idée, tout en me disant que la tâche n’aurait rien de simple pour celui qui s’y collerait. Et c’est là qu’il m’a proposé de m’y coller.


Dans le roman de Xavier, Joseph Merrick, l'homme-éléphant, prétend être le dieu Ganesh dès les premières lignes. Le personnage principal n'est pas juste un humain, mais un dieu. Un être divin masqué sous une cagoule en toile de jute, regardé parfois avec pitié, parfois avec dédain, parfois avec crainte, par des visiteurs, illustres ou non, venus le dévisager pour tenter de percer son mystère.
La manière de mettre ce prologue en images est née dès la quatrième cigarette du quatrième soir après le 1er novembre. L’idée était d’une simplicité…
Dans un film classique, l’univers tourne autour du personnage. Mais si ce personnage est un dieu, l’univers devrait tourner autour de lui. À notre tour, il nous a fallu la mettre en musiques. Écrire des lignes et des lignes, sans penser un instant à la faisabilité de l'entreprise.
Les choses sérieuses ont commencé quand Xavier Mauméjean nous a donné son enthousiaste feu vert (ajoutant au passage de très bonnes idées de son cru). Décors, costumes, musique, comédiens, techniciens... La réalité s'est rappelée à notre bon souvenir. Le plan séquence, l’imaginaire du théâtre de foire victorien… nous savions ce que nous voulions. Restait à déterminer comment l'obtenir.
Un dieu a ses fidèles. Ganesha a son équipe. Acteurs du pays de Vannes, bénévoles et techniciens tout horizon l'ont rejointe. Chacun a un rôle précis et déterminant à jouer. De son temps, comme de son talent, il laissera un bout de lui-même dans ce petit film. Ce court-métrage a également été entièrement tourné selon les principes du développement durable. Quoi de plus logique quand notre sujet concerne un dieu du savoir et de l'éducation.
Avec l'association Carpeta, nous tournons des films depuis 2007, avec toujours au cœur cette volonté de faire participer les talents locaux au service d'un même projet. Des jouets qui nous ont rapprochés au fil du temps et ont fait pour beaucoup d'entre nous des brigands du film fauché.

Le mot de Xavier Mauméjean

Joseph Carey Merrick souffrait de son image. Il était un monstre, littéralement celui que l’on montre, sans cesse sous observation. D’abord dans les Freakshows où les gens, en le voyant, se rassuraient de leur propre normalité. Puis dans une autre forme de spectacle, dans des amphithéâtres de médecine et des salons, sous l’œil de scientifiques et des puissants. Son corps, lacéré par les regards, renfermait une authentique intelligence, et surtout une belle âme.
Joseph a eu la chance que Donovan Potin s’intéresse à lui, via le prologue de mon roman Ganesha, Mémoires de l’homme-éléphant. Aux images littéraires ont suivi les images filmiques. Le réalisateur en a fait une adaptation, comme pourrait le dire Darwin, en vue de survivre. Homme d’images, Donovan a, je pense, réconcilié Joseph avec la sienne.

DONOVAN POTIN

BIOGRAPHIE
Donovan Potin
©Mélanie Bécognée

Journaliste vannetais le reste du temps, Donovan Potin troque le stylo pour la casquette de réalisateur amateur au sein de l’association Carpeta. Né dans les années 80, il a commis plusieurs courts métrages et web-séries, dont le serial Charles Jude (2009 & 2012) ou l’adaptation du prologue de Ganesha en 2016. Sa marotte ? Puiser dans les arcanes de la culture pop, française, et interroger ses figures, ses symboles.
En 2014, il s’amuse avec le personnage de proto-super-héros du Nyctalope. En 2019, il travaille avec son équipe sur un court métrage du nom de Raquel, entre western, SF et steampunk.

XAVIER MAUMÉJEAN

BIOGRAPHIE
Xavier Mauméjean
©Yves Tennevin

Né en 1963, Xavier Mauméjean est diplômé en philosophie et sciences des religions. Membre du club des Mendiants Amateurs de Madrid qui réunit des critiques littéraires, il est auteur de romans policiers, science-fiction et fantasy qui ont été plusieurs fois primés.
Traduit à l’étranger, il écrit aussi pour la jeunesse, la télévision et la radio (France Culture).
Co-créateur de la Bibliothèque rouge, il dirige la collection de Fantasy jeunesse Royaumes Perdus chez Mango.
Xavier vit dans le nord de la France avec son épouse et leur fille, Zelda.

elephant man

REVUE DU WEB

FRANCE 3 >>> Les promoteurs du projet l’affirment, leur court métrage, Ganesha, sera le premier film tourné en France labellisé 100 % développement durable.

LE TÉLÉGRAMME >>> Un nouveau projet de film amateur prend corps en pays de Vannes. Un corps étrange, puisque le film parle du célèbre Elephant man. Un corps innovant aussi qui sera 100 % durable.

LE FIGARO >>> Son squelette est conservé au Royal London Hospital mais le lieu de sa sépulture où ont été enterrés les restes de sa dépouille (ses tissus mous notamment) était jusqu’alors inconnu.

CRÉDITS

avec
Yves Hutter, Hervé Richardot, Stéphane Lanson

réalisateur Donovan Potin
scénario Xavier Mauméjan & Donovan Potin
musique originale Anthony Dieumegard
mixage Mastertool studio
image Julien Zickgraf

lumière Noémie Mancia
décor François Cattant & Jacky Kerneur
costumes Chantal Desprey, Catherine Cattant, Mélanie Bécognée
régie Mélanie Bécognée et Catherine Cattant

Artistes cités sur cette page

Donovan Potin

Donovan Potin

ESPACE PARTICIPATIF

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