En apesanteur

performance Mauricio Bergile et plantes

On était hier à la Galerie Mauricio Bergile, on lit cette phrase à voix haute, on pense. Blanc, minimalisme, sols cirés, plafonds de quatre mètres, monographies sur table, blonde blasée en Yamamoto.

On pense. Maurizio Cattelan, banane, Perrotin, Art Basel Miami.

On ne pense pas à une petite maison d’un quartier d’une ville moyenne de Bretagne. On ne pense pas à une porte grise s’ouvrant sur un tapis de danse blanc à peine effleuré d’une table sur tréteaux et de quelques plantes. La maison d’Inès Mauricio et Mackenzy Bergile est une installation légère et sans attaches, où le couple vit comme en apesanteur, sans toucher terre, juste eux deux. Pas de cadres Ikea, pas de vide poche en céramique, pas de photos de vacances, pas de ticket de concert coincé dans un miroir, pas de miroir.

Dansons Écologie

CHRONIQUE

par Isabelle Nivet

Inès Mauricio et Mackenzy Bergilent dansons écologie
©Thomas Winter

Inès Mauricio et Mackenzy Bergile sont amoureux, à l’évidence. Chacun de leurs gestes se dessine dans l’espace comme le complément de l’autre, dans une chorégraphie inconsciente. Placés dans le volume de leur cuisine-atelier-galerie, ils sont des œuvres inscrites dans l’espace. Inès et Mackenzy sont traversés par la grâce, la pureté et la sincérité, dans une sorte de confiance en ce qu’ils sont et ce qu’ils font. On entre chez eux et on se transforme en catalyseur, avec ce que l’on est. Avec son corps, son énergie ou ses mots. Entrer dans un lieu recouvert d’un tapis de danse n’est pas anodin, entrer dans un lieu saturé de blanc non plus. On n’est pas la même debout sur le bitume ou sur un tapis de danse blanc. On y devient un point, un contrepoint, un départ, une pièce posée et jouée, un ancrage pour des lignes, une racine pour un mouvement, une énergie, une histoire, des possibles.

Mauricio et Bergile parlent d’écologie, demandent si la danse peut interagir avec l’écologie. On pense aussitôt au marcottage et à la merveilleuse multiplication des végétaux, comment les rhizomes s’étendent, comment les graines s’envolent et se déposent, comment la pourriture devient nourriture... Ils demandent ce qu’est l’essentiel. On voit bien que ce que c’est, l’essentiel ce n’est pas la possession mais la gratuité, l’essentiel c’est notre connexion au vivant, l’essentiel c’est l’énergie qui circule entre les êtres, la rencontre. On voit bien ce que c’est l’essentiel, nous, avec eux, là, sur le radeau fragile qu’est cette table à tréteaux blanche posée sur un tapis de danse blanc, comme flottante. On voit bien que l’essentiel, c’est le vide qui est plein, le rien qui est tout. On a compris ce qu’ils font.

Exposition in progress

INTENTION
plante et mains d'Inès Mauricio
©Thomas Winter

par I. Mauricio et M. Bergile

Notre vision de la danse prend sens dans le tirer, le fait d'étendre en longueur, en largeur, en hauteur, en profondeur, en volume, en petitesse. La vigueur de l'homme le fait s'éclore jusqu'à ne faire qu'un avec l'environnement par son interaction, telle est la vision dont nous voulons témoigner par la danse. S'implanter dans la terre par nos pieds, allonger les bras jusqu'au bout des doigts vers le ciel, se déplacer en saisissant et se laissant saisir par le volume de l'espace.

La danse est la manière pour l'homme de se développer, de s'étirer, de se façonner dans toutes les dimensions, d'accompagner les ressources de l'environnement pour les civilisations et une fois de plus, la danse est une activité biologique en totale interaction avec l'écosystème. Elle est une alternative inéluctable à notre mode de développement écologique actuel, ainsi qu'une alternative chorégraphique qui stimule les ressources organiques, corporelles, naturelles alors que se creusent les écarts de richesse et que l'on ampute l'avenir des générations actuelles et futures avec la surconsommation.


Dansons écologie est un cycle d’expositions en trois phases qui s’articule autour d’une quête de relations nouvelles des êtres vivants et leurs milieux. L’intention serait d’abouter ces recherches pour la création d’une forme chorégraphique. Utilisant notre galerie comme lieu d’expérimentation, nous invitons artisans, écologistes, artistes et public à venir s’infuser dans le lieu, dans les installations, mais particulièrement dans notre processus.

Nous revisitons le terme exposition dans le sens d’exposer un processus : un processus de réflexion, d’idées, de corps et d’objets. Dans ce sens, l’exposition est une forme non pas figée mais en constante progression, soit une exposition évolutive. Performances, installations et ateliers mêlant danse et botanique seront les points d’orgue de ces premières phases de recherche.

Inès Mauricio & Mackenzy Bergile

BIOGRAPHIE
Duo Mauricio Bergile portrait
©Thomas Winter

Inès Mauricio, originaire de Lausanne et installée à Lorient, est une artiste chorégraphique, photographe et performeuse. Mackenzy Bergile, originaire de Paris installé à Lorient est un artiste chorégraphique, pianiste, compositeur d’origine haïtienne. Ensemble, ils développent une démarche pluridisciplinaire pour la danse où leurs intérêts entrelacent les pratiques paraissant distinguées. Débutant par les danses hip hop, leurs sensibilités pour le corps les amènent à faire déborder leur rapport au geste, jusqu’à éclore une danse émancipée, communicative. Ils créent la Galerie Mauricio Bergile, un espace où se développent des expositions, ateliers et performances pluridisciplinaires avec la visée d’affranchir le mouvement, voir même le laisser se soustraire jusqu’à l’état d’éminence et de silence. Inspirés par la science de l’environnement, leur travail s’oriente vers un retour au précieux, à l’essentiel.

CRÉDITS

textes Isabelle Nivet

photos Thomas Winter

Artistes cités sur cette page

Inès Mauricio portrait

Inès Mauricio

Mackenzy Bergile portrait

Mackenzy Bergile

ESPACE PARTICIPATIF

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