Danse, poussin.

cover danse poussin Clémence Dirmeikis

Par une nuit d’été, Louise se glisse dans le monde des grandes personnes. Des corps adultes voués à une danse trépidante, à laquelle sa maman prend part. Entre fluidité et scansion, Clémence Dirmeikis a trouvé le juste moyen de saisir le trouble de l’enfant. Car ce qu’entend et voit Louise n’est pas la réalité objective. Danse poussin est ainsi traversé de chuchotements complices et provocants, d’une maman qui oscille entre présence et absence, vraisemblablement ravie par un homme.

Ta mère ne t’aime pas, elle s’en fichera quand tu seras mort. C’est Louise qui parle, s’adressant à un poussin qui vaque dans la grange à foin. Tout cela est finement joué, avec des acteurs bien présents dans leurs rôles, principalement la petite Shaïna Lagadec-Livolant épatante de placidité et de justesse.

DANSE, POUSSIN.

par Clémence Dirmeikis (2016 - 13')

Louise, huit ans, et sa jeune mère Marianne sont fusionnelles. Quoiqu'un peu moins ce soir de fest-noz, éloignées par la danse et un danseur troublant.

un film produit par >>>> Amélie Quéret, Respiro Productions

Intégrer le cercle

INTENTION
Danse, poussin. Shaïna et Clémence ©Christel Garry
©Christel Garry
Danse, poussin. making off - Couple danseur  ©Christel Garry
© Christel Garry

par Clémence Dirmeikis


Je suis bretonne d’adoption. J’ai grandi en Provence et suis arrivée en Côtes d’Armor jeune adolescente. Ignorante de toute tradition et culture bretonnes, j’ai traversé mes premiers festoù noz avec fascination et frustration. Fascination devant ces gens de tous âges, maîtrisant ce large éventail de danses complexes, devant cette bonhommie et cette bienveillance qui poussaient des inconnus à me faire quitter ma chaise et à m’apprendre quelques pas de danse, devant cette simplicité des relations humaines et du plaisir insoupçonné de faire partie de ce tout. Frustration de ne pas saisir les subtilités et de ne pas appartenir véritablement. J’ai intégré un cercle celtique, appris les danses, appris les règles, appris à jouer du biniou kozh pour accompagner les danseurs, pour avoir maintenant le privilège de me promener en terrain familier.

Ce qui m’a toujours fasciné dans le fest noz, c’est sa dimension tribale. C’est primitif, répétitif, les pas, les thèmes musicaux. Les pieds ancrés dans la terre et la tête prise dans une ivresse quasi mystique. C’est joyeux mais à la fois terrifiant. Ce bouillonnement, cette atmosphère moite, ce son sourd des pas qui martèlent le plancher. En un sens, c’est comme un rite, comme une mise à l’épreuve. Littéralement comme symboliquement, il s’agit d’intégrer le cercle.


C’est pour cette raison, avec cette dimension rituelle très forte en tête, que j’avais envie de raconter l’histoire d’une petite fille qui est à un moment frontière de son enfance, à l’orée de la pré-adolescence. Louise est également fascinée, effrayée, elle a envie de trouver sa place dans la ronde mais, lors du rite de passage, certains cordons sont douloureux à couper. J’ai envie de tourner ce film en Scope, pour donner à la danse toute l’ampleur qu’elle mérite. Les danses traditionnelles sont souvent des danses en cercle mais principalement en file dans les festoù noz contemporains. Le Scope permettra à la fois d’apprécier les mouvements et géométries complexes des files de danseurs lors des scènes de danses et permettra également de mettre l’accent sur la solitude de Louise, petite fille décentrée et perdue dans un cadre trop grand pour elle. Ce format laisse également place aux projections de Louise : elle tente d’occuper le vide du cadre en le remplissant de fantasmes.

J’aime à penser que les enfants sont poreux, qu’ils se nourrissent sans modération de ce qui les entoure, que les événements les atteignent sans proportions, qu’un souffle de vent peut déclencher leurs machines à fantasme. Cette frontière, qu’on peut parfois presque voir à la limite du fantastique, m’intéresse particulièrement. J’ai envie d’une bande-son aux bruitages denses, où les sons naturels et habituels à nos oreilles seront légèrement modifiés pour gagner en étrangeté. Ils resteront familiers et reconnaissables mais auront une couleur étonnante qui déstabilisera presque imperceptiblement l’oreille du spectateur. Un glissement qui pourrait nous faire aller dans le fantasme ou un indice qui pourrait nous faire faire fausse route. Ce film sera à hauteur d’enfant. J’ai envie qu’on soit au plus proche de Louise, qu’on se laisse embarquer dans ses angoisses, ses rêves éveillés, qu’on doute et qu’on se perde avec elle. J’ai envie d’une caméra mobile et fluide pour les extérieurs et les scènes de danses, et d’une caméra plus appesantie pour les intérieurs de la maison de la grand-mère.

Point de vue et point d'écoute

INTENTION MUSICALE
Danse-poussin-making-off Shaïna et Clémence Dirmeikis
Répétitions danse finale - Danse, poussin. ©Bertrand-Basset
©Bertrand Basset

par Clémence Dirmeikis

La musique de Danse, poussin sera composée et interprétée par le Yann-Fañch Kemener Trio. Yann-Fañch Kemener au chant, Heikki Bourgault à la guitare et Erwann Tobie à l’accordéon. Cette formation, aux instruments a priori ni bretons ni traditionnels (si ce n’est la voix) permet une certaine flexibilité, et variabilité des ambiances sonores, tout en restant dans le répertoire de la musique à danser.

Le film sera à hauteur d’enfant, il adoptera donc, non seulement le point de vue de Louise mais également son point d’écoute. Le film s’ouvre sur Louise qui évolue dans un environnement sombre, impressionnant, voire effrayant. Le bruit des pas secs sur le plancher, le souffle haletant, presque animal des danseurs, évoquent quelque chose d’ancien, de tribal. Le rythme des pas de danse amène les premiers accords musicaux, et l’ombre des musiciens, projetée sur un mur, achève la contextualisation.

Le son doux et mélodieux de la guitare et de l’accordéon rassure Louise, éclaire et agrandit la salle, on respire mieux et on est de nouveau dans la fête. La mélodie des deux instruments accompagne Louise jusqu’à la buvette.


L’accordéon seul prend alors le relais lorsque le couple de la mère et du jeune homme s’extraient de la ronde de danseurs, pour entamer une polka. La connotation un peu musette de l’accordéon permet d’accentuer ce moment en duo et ainsi de faire réagir Louise.

Une nouvelle mélodie accordéon/guitare entame la danse gavotte au retour de Louise et de Marianne dans la salle.

Le timbre de la voix de Yann-Fañch Kemener vient colorer le film par petites touches progressives. On ignore d’où vient cette voix, si Louise l’entend, on ignore si c’est un écho lointain, une mémoire effleurée. Cette voix finit des comptines, murmure du breton, se confond aux craquements de la maison. Le chant arrive lors de la scène finale, sorte de chœur antique racontant la bataille ultime du héros. La danse pourlet se joue sur l’endurance, pour les danseurs comme pour le chanteur, l’effort physique, donc, se verra et s’entendra également à travers la voix vibrante de Yann-Fañch Kemener. L’accordéon et la guitare viendront soutenir la voix à partir du moment où Louise, hors de la danse, voit le cercle s’ouvrir et le jeune homme mener. Les instruments arrivent en renfort, donnant courage à la petite fille. Le trio voix-accordéon-guitare gagne progressivement en ampleur et en force, jusqu’à finir la danse dans une sorte de climax euphorique et libérateur.

Il y a deux thèmes musicaux. Le premier est pour la scène d’ouverture, la danse plinn, lorsque Louise est seule et en proie au trouble. Le second sera pour la gavotte des montagnes de la première séquence et pour la gavotte pourlet finale. Ce thème évoluera donc au fil de l’histoire, plus rond et lié pour la première gavotte seulement instrumentale, plus piquée et rythmée pour la pourlet, seulement voix au départ mais rejointe progressivement et crescendo par l’accordéon et la guitare. Le premier thème fusionne avec l’élément déclencheur et le second accompagne le parcours émotionnel de Louise et fluctue au diapason du personnage. La durée de la musique est estimée à approximativement six minutes, sachant que le film en fera le double.

Je souhaite que la bande sonore entière, et pas seulement musicale, soit dans une sorte d’entre-deux, faite de sons troubles qui nous laissent dans le doute. Est-ce bien la mer que l’on a entendu ou seulement la respiration de Louise ? Est-ce le souffle du vent ou quelques mots de bretons murmurés ? Les musiciens n’apparaîtront pas à l’écran, afin que la provenance de la musique reste indéterminée : est-ce une musique intra ou extra diégétique, peut-être est-ce la musique intérieure de Louise ? L’ombre projetée des musiciens lors du fest-noz et l’ambiance festive seront les indices d’un live, mais la musique aura la clarté et la perfection d’un enregistrement studio.

CLÉMENCE DIRMEIKIS

BIOGRAPHIE
Clémence Dirmeikis
© Bertrand

Clémence Dirmeikis, sort de l’université en 2014 avec un master Recherche en études cinématographiques en poche et animée par une expérience inédite d’étudiante associée sur le film Suite Armoricaine de Pascale Breton. Depuis, elle travaille régulièrement sur des courts et longs métrages en tant que seconde assistante mise en scène. Lauréate du concours Estran 6 de Films en Bretagne, elle réalise alors son premier court métrage Danse, Poussin.


Je suis sortie de Rennes 2 en juillet 2014, diplômée d’un master. J’ai travaillé pendant deux ans sur la question de la mise en scène du genre dans le cinéma de Céline Sciamma. En parallèle, j’ai participé au tournage d’un long métrage professionnel en résidence sur le campus. Entre stagiaire et étudiante associée, j’ai eu la chance de travailler à la mise en scène dans un premier temps et d’avoir une expérience de plateau ensuite en m’occupant des accessoires.
J’ai ensuite réalisé un court métrage documentaire et participé à une fiction courte, cette fois en tant qu’assistante mise en scène.

Une façon onirique de traiter l’histoire

REVUE DU WEB

FILMS EN BRETAGNE >>> De sa voix menue, Clémence nous raconte le parcours de son film. Il a fallu attendre un peu pour une première sélection mais aujourd’hui, il tourne pas mal. Un point décisif pour ce court, il a fait partie de la sélection de la Maison du Film court au Short Film Corner à Cannes. Maintenant, le film circule beaucoup à l’international et peu en France. Plus remarquable encore : il est beaucoup demandé en Amérique du Sud. Ça me réjouit que ça parle à des Mexicains, des Chiliens. C’est une question de ton peut-être. La façon presque onirique ou fantastique avec laquelle est traitée l’histoire.

CRÉDITS

avec Shaïna Lagadec-Livolant, Lucie Germon, Jonathan Le Guennec

scénario et réalisation Clémence Dirmeikis
chef opérateur Brice Pancot
son Pierre-Albert Vivet
scripte Christel Garry
décors Natalia Grabunzija
costumes Clémence Gillard

monteuse image Naïla Nkhili
monteur son Raphaël Bigaud
mixeur Frédéric Hamelin
étalonnage La Ruche Studios
musique originale Yann Fanch Kemener, Morgane Labbe et Heikki Bourgault

directrice de production Amélie Quéret
production Films en Bretagne, Tébéo, TVR, Tébésud
avec la participation de France Télévisions et du CNC
avec le soutien de la Région Bretagne et du Breizh Film Fund

distribution Respiro Productions

Artistes cités sur cette page

Clémence Dirmeikis

Clémence Dirmeikis

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