Into The Wall

Into the wall Marion Mayer clip damien stein

Un selfie qui échappe ici à la vulgarité, au trivial, à l’égocentrisme… 

Entrée par la petite porte d’une chambre d’hôtel dans l’univers de la chanteuse Marion Mayer, avec le clip de son tout nouveau morceau Into the wall. L’occasion de l’accompagner pour une courte traversée nocturne au ralenti, où la délicatesse du morceau se voit subjuguée par la mise en scène de Damien Stein, et orchestrée selon le principe du plan séquence. 

Le clip s’ouvre avec la caméra nonchalamment posée sur le lit d’une chambre d’hôtel. Marion, assise au bord, se tourne vers elle et commence à chanter. Elle s’en empare et nous emmène au bout de son bras hors de cette chambre immaculée, pour parer son visage du sfumato rosé des néons des couloirs du Magic Hall de Rennes. Marion abandonne parfois l’appareil de prise de vue, qui lui emboîte alors le pas, de son propre chef. Un rapport de confiance s’installe, et le spectateur se transforme en compagnon invisible, comme une présence qui veille sur Marion. La caméra jamais ne coupe, l’accompagnant jusqu’au bout du morceau et une session live dans le studio de l’hôtel. Une manière aussi douce qu’originale de palier à l’insomnie, au rythme d’une pop basée sur l’honnêteté, vaporeusement cadrée dans un décor coloré et minimaliste, où le spectateur se fait le principal, presque unique, complice de cette virée en douce, hypnotisé par le regard caméra de la chanteuse. 


Le choix d’un plan-séquence (aucune coupe tout au long du clip) vient marquer le track mélancolique de Marion Mayer. La mise à nu de l’artiste est agréablement délivrée à travers ce flux pastel, le long des murs de cette déambulation assurée et brute, qu’aucune coupe ne vient entacher et qui assure un rapport tacite et honnête entre Marion et son spectateur-confident. Une proximité également travaillée et renforcée via la manière dont elle porte à bout de bras et à plusieurs reprises la caméra pour se filmer elle-même. Un selfie, plan signature de notre époque, qui échappe ici à la vulgarité, au trivial, à l’égocentrisme, et qui invite à la confidence, la proximité, et permet la confession d’une artiste à son public. Marion, par cet autoportrait, entraîne son spectateur dans ces lieux empreints de solitude : les dédales d’un couloir, l’anonymat d’une chambre d’hôtel, la solitude d’une cage d’ascenseur. Elle lui tend également littéralement les bras pour lui faire découvrir son univers musical. Au bout de cette errance dont nous nous faisons les témoins, heureux et forcés, c’est bien la musique qui reste et qui résonne lorsque Fédé, le batteur de la chanteuse, vient enfin partager l’écran avec elle et briser sa solitude. L’unité est revenue, une certaine plénitude également, là où le doute semblait installé, et la caméra peut donc s’éloigner et laisser Marion faire sonner cette folk captivante avec une assurance renouvelée. Une renaissance musicale qui s’est construite le temps d’une nuit où l’on n’a, heureusement, pas trouvé le sommeil. Mais où l’on a trouvé une voix, une artiste, une manière de ne pas aller dans le mur.

INTO THE WALL de Marion Mayer

réalisé par Damien Stein (2017 - 3'24)

Raconter une insomnie

INTENTION

Into the wall est un clip pour lequel nous avons voulu simplifier le procédé au maximum : lieu unique, plan unique. Et si quelques variations interviennent, le dispositif reste simple : Marion qui s’inscrit dans un cadre feutré, légèrement onirique, portant parfois la caméra à bout de bras comme on se prend en main. La caméra sert ici de relais entre elle et moi, comme une évidence de réflexion commune, sans coupe, sans emphase. 

Il y a une forme de plaisir propre à la pyrotechnie du plan séquence. Et un peu comme dans un jeu de chute de dominos, la mise en place est longue et le résultat terriblement court, souvent périlleux car la moindre erreur impose de repartir de zéro. 

Nous avons ici investi un lieu très esthétique, le Magic Hall à Rennes, et avons tâché de nous y fondre avec une lumière franche pour raconter une insomnie. Marion y évolue face caméra, chantant comme on se confie à son journal intime.

Damien Stein

MARION MAYER

BIOGRAPHIE
Marion Mayer chanteuse Rennes Into the wall clip damien stein

Entre intimité et lyrisme maîtrisé, Marion Mayer trouve l’intensité avec simplicité. Sur scène où seul un batteur l’accompagne, elle tricote avec aisance et naturel des mélopées électriques, colorées par l’imaginaire d’une Americana fantasmée. 

Sur ses deux premiers EP (Leave en 2014 et Together Alone l’année suivante), Marion Mayer épousait avec délicatesse les contours du folk Américain. D’une voix assurée et avec un grand sens mélodique, elle orchestrait des plans-séquences dans lesquels les fantômes de Nick Drake, Ricky Lee Jones ou Fleetwood Mac jouaient les figurants. 


Cousine des romans de Jim Harrison ou des photos de Robert Adams, sa musique continue aujourd’hui de dépayser à la première écoute. Sans se départir de cette teinte West Coast qui marque sa singularité au sein d’une scène Indie-Folk française saturée d’élèves appliqués, elle emprunte aujourd’hui de nouvelles routes. 

Comme elle, ses morceaux ont le cœur nomade et luttent contre toute forme de confort. Ainsi certaines ballades éthérées s’envolent progressivement et deviennent incantations psychédéliques sans jamais retoucher terre. Des titres qui se foutent de leur destination, jouissant des bourrasques comme des cassures harmoniques et qui montrent que pour Marion, seule compte la traversée. 

Vincent Roux

Un univers folk inspiré par Neil Young

REVUE DU WEB

indiemusic >>> Rarement, la compositrice aura été aussi confidente et câline ; mais, surtout, la chanson demeure à chaque instant portée, lors de cette errance dans des couloirs anonymes et des chambres immaculées, d’une pureté cristalline splendide et caressante, faisant naître entre l’auditeur et la musicienne un instant privilégié, ralenti et suspendu dans le temps. Trois minutes de face-à-face sensuel et mélancolique, où la proximité n’a jamais été aussi attractive.

L'aire d'u >>> Marion Mayer construit son univers folk inspirée par Neil Young, Bon Iver ou Nick Drake. Elle offre des mélodies chaleureuses qui pourraient être la bande son d’une fin de journée au bord de l’océan. 

CRÉDITS

musique     Marion Mayer
enregistrement, production et mixage     Marion Mayer, Romain Baousson, Baï
mastering     Julien Courtois, Master Plus

réalisation     Damien Stein assisté de François Le Gouic
avec     Marion Mayer et Federico Climovich

équipe du film     Aubin Nicoleau, Mael Lanoe, Anthony Norvez
lieu de tournage     Le Magic Hall, Rennes

Artistes cités sur cette page

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Damien Stein

ESPACE PARTICIPATIF

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